Les Mille Et Une Nuits Tome I
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome I». Краткое содержание книги:
L’espérance de se tirer de la pauvreté désarma le pêcheur: «Je pourrais t’écouter, dit-il, s’il y avait quelque fonds à faire sur ta parole. Jure-moi par le grand nom de Dieu que tu feras de bonne foi ce que tu dis, et je vais t’ouvrir le vase; je ne crois pas que tu sois assez hardi pour violer un pareil serment.» Le génie le fit, et le pêcheur ôta aussitôt le couvercle du vase. Il en sortit à l’instant de la fumée, et le génie ayant repris sa forme de la même manière qu’auparavant, la première chose qu’il fit fut de jeter, d’un coup de pied, le vase dans la mer. Cette action effraya le pêcheur: «Génie, dit-il, qu’est-ce que cela signifie? Ne voulez-vous pas garder le serment que vous venez de faire? Et dois-je vous dire ce que le médecin Douban disait au roi grec: «Laissez-moi vivre, et Dieu prolongera vos jours?»
La crainte du pêcheur fit rire le génie, qui lui répondit: «Non, pêcheur, rassure-toi; je n’ai jeté le vase que pour me divertir et voir si tu en serais alarmé; et pour te persuader que je te veux tenir parole, prends tes filets et me suis.» En prononçant ces mots, il se mit à marcher devant le pêcheur, qui, chargé de ses filets, le suivit avec quelque sorte de défiance. Ils passèrent devant la ville, et montèrent au haut d’une montagne, d’où ils descendirent dans une vaste plaine qui les conduisit à un grand étang situé entre quatre collines.
Lorsqu’ils furent arrivés au bord de l’étang, le génie dit au pêcheur: «Jette tes filets, et prends du poisson.» Le pêcheur ne douta pas qu’il n’en prît: car il en vit une grande quantité dans l’étang; mais ce qui le surprit extrêmement, c’est qu’il remarqua qu’il y en avait de quatre couleurs différentes, c’est-à-dire, de blancs, de rouges, de bleus et de jaunes. Il jeta ses filets, et en amena quatre, dont chacun était d’une de ces couleurs. Comme il n’en avait jamais vu de pareils, il ne pouvait se lasser de les admirer; et jugeant qu’il en pourrait tirer une somme assez considérable, il en avait beaucoup de joie: «Emporte ces poissons, lui dit le génie, et va les présenter à ton sultan; il t’en donnera plus d’argent que tu n’en as manié en toute ta vie. Tu pourras venir tous les jours pêcher en cet étang; mais je t’avertis de ne jeter tes filets qu’une fois chaque jour; autrement il t’en arrivera du mal, prends-y garde; c’est l’avis que je te donne: si tu le suis exactement, tu t’en trouveras bien.» En disant cela, il frappa du pied la terre, qui s’ouvrit, et se referma après l’avoir englouti.
Le pêcheur, résolu de suivre de point en point les conseils du génie, se garda bien de jeter une seconde fois ses filets. Il reprit le chemin de la ville, fort content de sa pêche et faisant mille réflexions sur son aventure. Il alla droit au palais du sultan pour lui présenter ses poissons…
Mais, sire, dit Scheherazade, j’aperçois le jour; il faut que je m’arrête en cet endroit: – Ma sœur, dit alors Dinarzade, que les derniers événements que vous venez de raconter sont surprenants! J’ai de la peine à croire que vous puissiez désormais nous en apprendre d’autres qui le soient davantage. – Ma chère sœur, répondit la sultane, si le sultan mon maître me laisse vivre jusqu’à demain, je suis persuadée que vous trouverez la suite de l’histoire du pêcheur encore plus merveilleuse que le commencement, et incomparablement plus agréable. Schahriar, curieux de voir si le reste de l’histoire du pêcheur était tel que la sultane le promettait, différa encore l’exécution de la loi cruelle qu’il s’était faite.
XIX NUIT.
Vers la fin de la dix-neuvième nuit, Dinarzade appela la sultane, et lui dit: Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui va paraître bientôt, de me raconter l’histoire du pêcheur; je suis dans une extrême impatience de l’entendre. Scheherazade, avec la permission du sultan, la reprit aussitôt de cette sorte:
Sire, je laisse à penser à votre majesté quelle fut la surprise du sultan lorsqu’il vit les quatre poissons que le pêcheur lui présenta. Il les prit l’un après l’autre pour les considérer avec attention, et après les avoir admirés assez longtemps: «Prenez ces poissons, dit-il à son premier vizir, et les portez à l’habile cuisinière que l’empereur des Grecs m’a envoyée; je m’imagine qu’ils ne seront pas moins bons qu’ils sont beaux.» Le vizir les porta lui-même à la cuisinière, et les lui remettant entre les mains: «Voilà, lui dit-il, quatre poissons qu’on vient d’apporter au sultan, il vous ordonne de les lui apprêter.» Après s’être acquitté de sa commission, il retourna vers le sultan son maître, qui le chargea de donner au pêcheur quatre cents pièces d’or de sa monnaie; ce qu’il exécuta très-fidèlement. Le pêcheur, qui n’avait jamais possédé une si grosse somme à la fois, concevait à peine son bonheur, et le regardait comme un songe. Mais il connut dans la suite qu’il était réel, par le bon usage qu’il en fit en l’employant aux besoins de sa famille.
Mais, sire, poursuivit Scheherazade, après vous avoir parlé du pêcheur, il faut vous parler aussi de la cuisinière du sultan, que nous allons trouver dans un grand embarras. D’abord qu’elle eut nettoyé les poissons que le vizir lui avait donnés, elle les mit sur le feu dans une casserole, avec de l’huile pour les frire; lorsqu’elle les crut assez cuits d’un côté, elle les tourna de l’autre. Mais, ô prodige inouï! à peine furent-ils tournés, que le mur de la cuisine s’entr’ouvrit. Il en sortit une jeune dame d’une beauté admirable, et d’une taille avantageuse; elle était habillée d’une étoffe de satin à fleurs, façon d’Égypte, avec des pendants d’oreille, un collier de grosses perles, et des bracelets d’or garnis de rubis; et elle tenait une baguette de myrte à la main. Elle s’approcha de la casserole, au grand étonnement de la cuisinière, qui demeura immobile à cette vue; et, frappant un des poissons du bout de sa baguette: «Poisson, poisson, lui dit-elle, es-tu dans ton devoir?» Le poisson n’ayant rien répondu, elle répéta les mêmes paroles, et alors les quatre poissons levèrent la tête tous ensemble, et lui dirent très-distinctement: «Oui, oui, si vous comptez, nous comptons; si vous payez vos dettes, nous payons les nôtres; si vous fuyez, nous vainquons et nous sommes contents.» Dès qu’ils eurent achevé ces mots, la jeune dame renversa la casserole, et rentra dans l’ouverture du mur, qui se referma aussitôt et se remit dans le même état où il était auparavant.
La cuisinière, que toutes ces merveilles avaient épouvantée, étant revenue de sa frayeur, alla relever les poissons qui étaient tombés sur la braise; mais elle les trouva plus noirs que du charbon, et hors d’état d’être servis au sultan. Elle en eut une vive douleur, et se mettant à pleurer de toute sa force: «Hélas! disait-elle, que vais-je devenir? Quand je conterai au sultan ce que j’ai vu, je suis assurée qu’il ne me croira point; dans quelle colère ne sera-t-il pas contre moi?»
Pendant qu’elle s’affligeait ainsi, le grand vizir entra, et lui demanda si les poissons étaient prêts. Elle lui raconta tout ce qui lui était arrivé, et ce récit, comme on le peut penser, l’étonna fort; mais, sans en parler au sultan, il inventa une fable qui le contenta. Cependant il envoya chercher le pêcheur à l’heure même, et quand il fut arrivé: «Pêcheur, lui dit-il, apporte-moi quatre autres poissons qui soient semblables à ceux que tu as déjà apportés: car il est survenu certain malheur qui a empêché qu’on ne les ait servis au sultan.» Le pêcheur ne lui dit pas ce que le génie lui avait recommandé; mais, pour se dispenser de fournir ce jour-là les poissons qu’on lui demandait, il s’excusa sur la longueur du chemin, et promit de les apporter le lendemain matin.