Ensemble, c’est tout
- Автор: Гавальда Анна
- Год: 2004
- Язык: французский
- ISBN: 2842630858
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Ensemble, c’est tout». Краткое содержание книги:
histoire de torchons et de serviettes... Ce qui empêche les gens de vivre
ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences... Camille dessine.
Dessinais plutôt, maintenant elle fait des ménages, la nuit. Philibert, aristo
pur jus, héberge Franck, cuisinier de son état, dont l'existence tourne autour
des filles, de la moto et de Paulette, sa grand-mère. Paulette vit seule, tombe
beaucoup et cache ses bleus, paniquée à l'idée de mourir loin de son jardin. Ces
quatre là n'auraient jamais dû se rencontrer. Trop perdus, trop seuls, trop
cabossés... Et pourtant, le destin, ou bien la vie, le hasard, l'amour -appelez
ça comme vous voulez -, va se charger de les bousculer un peu. Leur histoire,
c'est la théorie des dominos, mais à l'envers. Au lieu de se faire tomber, ils
s'aident à se relever.
� trois heures cinquante-quatre, il chercha ses chaussettes dans le noir.
Le rai de lumi�re qui filtrait sous sa porte lui redonna du courage.
� Mademoiselle Camille ? Puis, � peine plus fort :
� Camille ? Camille ? C'est Philibert... Pas de r�ponse. Il essaya une derni�re fois avant de rebrousser chemin. Il �tait d�j� au bout du couloir quand il entendit un son �touff�.
� Camille, vous �tes l� ? Je me faisais du souci pour vous et je... Je...
� ... porte... ouverte... g�mit-elle.
La soupente �tait glac�e. Il eut du mal � entrer � cause du matelas et buta contre un tas de chiffons. Il s'agenouilla. Souleva une couverture, puis une autre, puis une couette et tomba enfin sur son visage. Elle �tait tremp�e.
Il posa sa main sur son front :
� Mais vous avez une fi�vre de cheval ! Vous ne pouvez pas rester comme �a... Pas ici... Pas toute seule... Et votre chemin�e ?
� ... pas eu le courage de la d�placer...
� Vous permettez que je vous emm�ne avec moi ?
� O�?
� Chez moi.
� Pas envie de bouger...
� Je vais vous prendre dans mes bras.
� Comme un prince charmant ?
Il lui sourit :
� Allons bon, vous �tes si fi�vreuse que vous d�lirez � pr�sent...
Il tira le matelas au milieu de la pi�ce, lui d�fit ses grosses chaussures et la souleva aussi peu d�licatement que possible.
� H�las, je ne suis pas aussi fort qu'un vrai prince... Euh... Vous pouvez essayer de passer vos bras autour de mon cou, s'il vous pla�t ?
Elle laissa tomber sa t�te sur son �paule et il fut d�rout� par l'odeur aigre qui �manait de sa nuque.
L'enl�vement fut d�sastreux. Il cognait sa belle dans les tournants et manquait de tomber � chaque marche. Heureusement, il avait pens� � prendre la clef de la porte de service et n'eut que trois �tages � descendre. Il traversa l'office, la cuisine, faillit la faire tomber dix fois dans le corridor et la d�posa enfin sur le lit de sa tante Edm�e.
� �coutez-moi, je dois vous d�couvrir un peu, j'imagine... Je... Enfin, vous... Enfin, c'est tr�s embarrassant, quoi...
Elle avait ferm� les yeux.
Bon.
Philibert Marquet de la Durbelli�re se trouvait l� dans une situation fort critique.
Il songea aux exploits de ses anc�tres mais la Convention de 1793, la prise de Cholet, le courage de Cathelineau et la vaillance de La Rochejaquelein lui sembl�rent bien peu de chose tout � coup...
L'ange courrouc� �tait maintenant perch� sur son �paule avec son guide de la Baronne Staffe sous le bras. Il s'en donnait � c�ur joie : � Eh bien, mon ami, vous �tes content de vous, n'est-ce pas ? Ah ! Il est bien, l�, notre preux chevalier ! Mes f�licitations, vraiment... Et maintenant ? Qu'est-ce qu'on fait, � pr�sent ? � Philibert �tait totalement d�sorient�. Camille murmura :
� ... soif...
Son sauveur se pr�cipita dans la cuisine, mais l'autre rabat-joie l'attendait au bord de l'�vier : � Mais, oui ! Mais continuez... Et le dragon alors ? Vous n'y allez pas, combattre le dragon ? �, � Oh, toi, ta gueule ! � lui r�pondit Philibert. Il n'en revenait pas et repartit au chevet de sa malade le c�ur plus l�ger. Finalement ce n'�tait pas si compliqu�. C'est Franck qui avait raison : quelquefois un bon juron valait mieux qu'un long discours. Ainsi ragaillardi, il la fit boire et prit son courage � deux mains : il la d�shabilla.
Ce ne fut pas facile car elle �tait plus couverte qu'un oignon. Il lui �ta d'abord son manteau, puis sa veste en jean. Vint ensuite un pull, un deuxi�me, un col roul� et enfin, une esp�ce de liquette � manches longues. Bon, se dit-il, je ne peux pas la lui laisser, on pourrait presque l'essorer... Bon, tant pis, je verrai son... Enfin son soutien... Horreur ! Par tous les saints du ciel ! Elle n'en portait pas ! Vite, il rabattit le drap sur sa poitrine. Bien... Le bas maintenant... Il �tait plus � l'aise car il pouvait man�uvrer � t�tons en passant par-dessous la couverture. Il tira de toutes ses forces sur les jambes de son pantalon. Dieu soit lou�, la petite culotte n'�tait pas venue avec...
� Camille ? Vous avez le courage de prendre une douche ?
Pas de r�ponse.
Il secoua la t�te de d�sapprobation, alla dans la salle de bains, remplit un broc d'eau chaude dans lequel il versa un peu d'eau de Cologne et s'arma d'un gant de toilette.
Courage, soldat !
Il d�fit le drap et la rafra�chit du bout du gant d'abord, puis plus vaillamment.
Il lui frotta la t�te, le cou, le visage, le dos, les aisselles, les seins puisqu'il le fallait, et pouvait-on appeler cela des seins, d'ailleurs ? Le ventre et les jambes. Pour le reste, ma foi, elle verrait... Il essora le gant et le posa sur son front.
Il lui fallait de l'aspirine � pr�sent... Il empoigna si fort le tiroir de la cuisine qu'il en renversa tout le contenu sur le sol. Fichtre. De l'aspirine, de l'aspirine...
Franck se tenait sur le pas de la porte, le bras pass� sous son tee-shirt en train de se gratter le bas-ventre :
� Hou���, fit-il en b�illant, qu'est-ce qui se passe ici ? C'est quoi tout ce merdier ?
� Je cherche de l'aspirine...
� Dans le placard...
� Merci.
� T'as mal au cr�ne ?
� Non, c'est pour une amie...
� Ta copine du septi�me ?
� Oui. Franck ricana :
� Attends, t'�tais avec elle, l� ? T'�tais l�-haut ?
� Oui. Pousse-toi, s'il te pla�t...
� Arr�te, j'y crois pas... Ben t'es plus puceau alors !
Ses sarcasmes le poursuivaient dans le couloir :
� H� ? Elle te fait le coup de la migraine d�s le premier soir, c'est �a ? Putain, ben t'es mal barr�, mon gars...
Philibert referma la porte derri�re lui, se retourna et murmura distinctement : � Ta gueule � toi aussi... �
Il attendit que le comprim� ait rendu toutes ses bulles puis la d�rangea une derni�re fois. Il crut l'entendre chuchoter � papa... �. � moins que ce ne f�t � pas... pas... � car elle n'avait probablement plus soif. Il ne savait pas.
Il remouilla le gant, tira les draps et resta l� un moment.
Interdit, effray� et fier de lui.
Oui, fier de lui.
21
Camille fut r�veill�e par la musique de U2. Elle crut d'abord �tre chez les Kessler et s'assoupit de nouveau. Non, s'embrouillait-elle, non, ce n'�tait pas possible �a... Ni Pierre, ni Mathilde, ni leur bonne ne pouvaient balancer Bono � plein volume de cette mani�re. Il y avait un truc qui ne collait pas, l�... Elle ouvrit lentement les yeux, g�mit � cause de son cr�ne et attendit dans la p�nombre de pouvoir reconna�tre quelque chose.
Mais o� �tait-elle ? Qu'est-ce que... ?
Elle tourna la t�te. Tout son corps regimbait. Ses muscles, ses articulations et son peu de chair lui refusaient le moindre mouvement. Elle serra les dents et se releva de quelques centim�tres. Elle frissonnait et �tait de nouveau couverte de transpiration.
Son sang lui battait les tempes. Elle attendit un moment, immobile et les yeux clos, que la douleur s'apaise.
Elle rouvrit d�licatement les paupi�res et constata qu'elle se trouvait dans un lit �trange. Le jour passait � peine entre les interstices des volets int�rieurs et d'�normes rideaux en velours, � moiti� d�croch�s de leur tringle, pendaient mis�rablement de chaque c�t�. Une chemin�e en marbre lui faisait face, surplomb�e d'un miroir tout piquet�. La pi�ce �tait tendue d'un tissu � fleurs dont elle ne distinguait pas tr�s bien les couleurs. Il y avait des tableaux partout. Des portraits d'homme et de femmes v�tus de noir qui semblaient aussi �tonn�s qu'elle de la trouver l�. Elle se tourna ensuite vers la table de nuit et aper�ut une tr�s jolie carafe grav�e � c�t� d'un verre � moutarde Scoubidou. Elle mourait de soif et la carafe �tait remplie d'eau, mais elle n'osa pas y toucher : � quel si�cle l'avait-on remplie ?