La Vallée De La Peur
- Автор: Doyle Arthur Conan
- Язык: французский
- Жанр: Классические детективы
Электронная книга - «La Vallée De La Peur». Краткое содержание книги:
Аннотация
La Vallée De La Peur– Vous aviez bien raisonné, déclara M. Douglas. Je croyais pouvoir esquiver votre loi anglaise, car je n'étais pas sûr de ne pas avoir de démêlés avec elle; d'autre part, je tenais là une chance de me débarrasser une fois pour toutes des chiens lancés à mes trousses. Remarquez bien que du début jusqu'à la fin je n'ai rien fait dont je doive rougir, rien que je ne recommencerais si c'était à refaire. Vous jugerez par vous-mêmes en écoutant mon histoire. Inutile de m'avertir, inspecteur! Je suis prêt à dire toute la vérité.
» Je ne commencerai pas par le commencement, qui est là…
Il montra les papiers que je n'avais pas lâchés.
– … Vous y découvrirez une histoire peu banale, je vous le jure! Je résume: il existe quelques hommes qui ont de bonnes raisons pour me haïr, et qui donneraient leur dernier dollar pour avoir ma peau. Tant que je serai vivant, tant qu'ils seront vivants, il n'y aura dans ce monde aucune sécurité pour moi. Ils m'ont pisté de Chicago en Californie; puis ils m'ont obligé à quitter l'Amérique. Mais quand je me suis marié et que je me suis installé dans ce petit coin tranquille, je croyais que mes dernières années seraient sans histoire. Je n'ai jamais expliqué à ma femme ce qu'il en était. Pourquoi l'aurais je mêlée à cela? Elle n'aurait plus eu dès lors un instant de repos, constamment elle aurait vécu dans la terreur. Je suppose qu'elle a deviné quelque chose, car il m'est arrivé de laisser échapper une parole de temps à autre; mais jusqu'à hier, après que vous, messieurs, l'aviez interrogée, elle ne savait rien du fond de l’histoire. Elle vous a dit tout ce qu'elle connaissait. Et Barker également. La nuit où s'est produit le drame, nous n'avions guère le temps de nous expliquer. Elle sait tout maintenant, et j'aurais été plus avisé de le lui dire plus tôt. Mais c'était difficile, ma chérie…
Il emprisonna sa main quelques secondes entre les siennes.
– Et j'ai agi pour le mieux.
» Eh bien! messieurs, la veille de ces événements, j'étais allé à Tunbridge Wells, et j'avais aperçu quelqu'un dans la rue. Je ne l’avais aperçu que le temps d'un éclair, mais j'ai l'œil vif, et j'étais sûr de ne m'être pas trompé. C'était mon pire ennemi: celui qui m'avait pourchassé pendant toutes ces années, comme un loup affamé pourchasse un caribou. J'ai compris que des tracas m'attendaient. Je suis rentré chez moi et j'ai pris mes dispositions. Je pensais que je m'en tirerais très bien tout seul. Il fut un temps où ma chance était proverbiale aux États-Unis. Je ne doutais pas qu'il en serait de même encore une fois.
» Je me suis tenu sur mes gardes tout le lendemain et je ne suis pas sorti une seule fois dans le parc. Cela valait mieux, car il aurait pu décharger sur moi son fusil de chasse sans que j'eusse pu l'en empêcher. Une fois le pont relevé (j'étais toujours plus tranquille quand le pont était levé le soir), je n'ai plus voulu penser à l'affaire. Je n'avais pas envisagé une seconde qu'il pénétrerait dans le manoir et qu'il m'y attendrait. Mais quand j'ai fait ma ronde en robe de chambre comme j'en avais l'habitude, je n'ai pas plus tôt posé le pied dans mon bureau que j'ai flairé un danger. Je crois que lorsqu'un homme a mené une vie dangereuse, il possède une sorte de sixième sens qui agite le drapeau rouge. J'ai vu le signal, et pourtant je ne saurais pas vous dire comment. Tout de suite j'ai aperçu un soulier qui dépassait sous le rideau de la fenêtre. Dans la seconde qui a suivi, j'ai vu l'homme en entier.
» Je n'avais pour m'éclairer que la bougie que je tenais à la main, mais une bonne lumière provenant de la lampe du vestibule passait par la porte ouverte. J'ai posé la bougie et j'ai bondi pour m'emparer du marteau que j'avais laissé sur la cheminée. Au même moment il a sauté sur moi. J'ai vu briller la lame d'un couteau et je l'ai frappé d'un revers de marteau. Je l'ai atteint sûrement quelque part, car le couteau est tombé sur le plancher. Leste comme un daim, il a fait le tour de la table et il a tiré son fusil, qu'il avait dissimulé sous son pardessus. J'ai entendu qu'il l'armait, mais avant qu'il ait pu tirer, j'ai empoigné le fusil. Je le tenais par le canon, et nous avons durement lutté pour savoir qui s'en rendrait maître. Cette bagarre a duré une ou deux minutes. Nous savions que celui qui le lâcherait était un homme mort. Il ne l'a jamais lâché, mais il l'a tenu crosse en bas une seconde de trop. C'est peut-être moi qui ai appuyé sur la gâchette. C'est peut-être lui en se débattant. C'est peut-être nous deux en même temps. Toujours est-il qu'il a reçu la double décharge dans la figure, et je suis resté là, stupide, à contempler ce qui restait de Ted Baldwin. Je l'avais reconnu à Tunbridge Wells. Je l'avais bien reconnu aussi quand il avait bondi sur moi. Mais sa propre mère ne l'aurait pas reconnu si elle l'avait vu après le coup de feu. J'ai pourtant l'habitude de spectacles pas trop ragoûtants, mais j'ai failli me trouver mal.
» J'étais cramponné au rebord de la table quand Barker est accouru. J'ai entendu aussi ma femme qui arrivait; je me suis précipité à la porte et je l'ai arrêtée. Ce n'était pas quelque chose à montrer à une femme. Je lui ai promis que je la reverrais bientôt. J'ai dit deux mots à Barker; il avait tout compris au premier coup d'œil; et nous avons attendu les gens du manoir. Mais personne n'est venu. Alors nous avons compris que personne n'avait entendu la détonation, et que ce qui était arrivé n'était connu que de nous.
» C'est à ce moment-là que j'ai eu une idée. Je l'ai trouvée formidable! La manche de Baldwin s'était relevée et la marque de la loge s'étalait sur son bras. Regardez!…
Douglas releva sa propre veste et sa manche de chemise pour nous montrer un triangle brun à l'intérieur d'un cercle, semblable à celui que nous avions vu sur le cadavre.
– … C'est quand je l'ai vu que j'ai échafaudé mon plan. Il avait la même taille, les mêmes cheveux, la même silhouette que moi. Pour la figure, personne ne ferait de différence, pauvre diable! Je suis remonté dans ma chambre pour aller chercher un costume; un quart d'heure plus tard, Barker et moi lui avions passé ma robe de chambre, et nous l'avons disposé comme vous l'avez trouvé. Nous avons fait un paquet de toutes ses hardes, et je l'ai lesté avec le seul poids que j'avais sous la main avant de le jeter par la fenêtre. Le carton qu'il avait eu l'intention de déposer sur mon cadavre, nous l’avons installé auprès du sien. Nous avons mis mes bagues à ses doigts, mais quand est venu le tour de mon alliance…
Il tendit sa main musclée.
– … J'avais atteint mes limites. Je ne l'ai pas retirée depuis le jour de mon mariage et il m'aurait fallu une lime pour l'ôter. Je ne crois pas, d'ailleurs, que je me serais décidé à m'en séparer; mais en admettant que je l'eusse voulu, j'en aurais été incapable. Nous avons donc laissé au hasard le soin de régler ce détail. Par contre je me suis débarrassé d'un bout de taffetas que j'avais sur le menton et je l'ai posé au même endroit sur ce qui restait de la tête de mon ennemi. Là, monsieur Holmes, vous avez commis une négligence, tout malin que vous êtes: car si par hasard vous aviez soulevé le taffetas, vous auriez découvert qu'il n'y avait pas de coupure au-dessous.
» Voilà quelle était la situation. Si je pouvais me cacher quelque temps, puis partir pour un endroit où ma femme me rejoindrait, nous aurions enfin la chance de vivre en paix le reste de nos jours. Ces démons ne me laisseraient pas tranquille tant qu'ils me sauraient vivant, mais s'ils lisaient dans les journaux que Baldwin avait abattu son homme, mes ennuis se trouveraient terminés. Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour tout expliquer à Barker et à ma femme; ils en ont compris suffisamment pour m'aider. Je connaissais cette cachette; Ames aussi; mais il n'a jamais eu l'idée d’établir un rapport entre elle et l'affaire. Je me suis enfermé dedans, et j'ai laissé à Barker le soin de faire le reste.
» Je suppose que vous pouvez deviner ce qu'il a fait. Il a ouvert la fenêtre et a marqué l'empreinte sur l'appui afin de suggérer le mode de fuite utilisé par l'assassin. C'était sans doute un peu gros; mais le pont était levé: il n'y avait pas d'autre issue. Quand tout a été prêt, il a tiré de toutes ses forces sur le cordon de sonnette. Vous savez la suite. Maintenant, messieurs, vous pouvez agir comme vous voudrez, mais je vous ai dit la vérité, toute la vérité: que Dieu m'aide à présent! J'ai quelque chose à vous demander: quelle est ma situation par rapport à la loi anglaise?
Il y eut un silence, que rompit Sherlock Holmes.
– La loi anglaise est, à tout prendre, une loi juste. Elle se montrera équitable envers vous. Mais je voudrais que vous me disiez comment cet homme a su que vous habitiez ici, et comment pénétrer chez vous, puis s'y cacher.
– Je n'en ai pas la moindre idée.
Holmes était très pâle, très grave.
– L'histoire n'est pas terminée, je le crains! murmura-t-il. Vous risquez d'affronter encore des dangers pires que la loi anglaise, ou même que vos ennemis d'Amérique. Je vois de gros ennuis devant vous, monsieur Douglas. Suivez mon conseiclass="underline" tenez-vous sur vos gardes!