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Les Essais - Livre I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les Essais - Livre I

Электронная книга - «Les Essais - Livre I». Краткое содержание книги:

Lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre: c'est ce surprenant aveu de subjectivité qui ouvre l'un des textes les plus modernes de la littérature française, quoique l'un des plus anciens. À la mort de son ami La Boétie, Montaigne décide en effet de prendre la plume pour perpétuer leurs discussions si fécondes. Sur ce mode autobiographique, tous les sujets seront abordés, de l'amitié à l'éducation, de la philosophie à la lecture, de la religion à la mort des hommes. En s'observant lui-même, Montaigne fait ainsi le tour de l'homme, proposant une réflexion essentielle sur sa place dans le monde et sur le champ d'action de la pensée humaine.
Au siècle de Rabelais, des poètes de la Pléiade et de l'humanisme européen, l'oeuvre de Montaigne reste une météorite inclassable, entre écriture personnelle et monument philosophique. Oeuvre d'un homme engagé dans son temps, les Essais allaient fonder toute une tradition d'écriture à la française, de Pascal à Malraux, de Rousseau à Camus.
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Qui possit vivus tibi te lugere peremptum,

Stansque jacentem.

Ny ne desirerez la vie que vous plaignez tant.

Nec sibi enim quisquam tum se vitamque requirit,

Nec desiderium nostri nos afficit ullum.

La mort est moins à craindre que rien, s'il y avoit quelque chose de moins, que rien.

multo mortem minus ad nos esse putandum,

Si minus esse potest quam quod nihil esse videmus.

Elle ne vous concerne ny mort ny vif. Vif, par ce que vous estes: Mort, par ce que vous n'estes plus.

D'avantage nul ne meurt avant son heure. Ce que vous laissez de temps, n'estoit non plus vostre, que celuy qui s'est passé avant vostre naissance: et ne vous touche non plus.

Respice enim quam nil ad nos ante acta vetustas

Temporis æterni fuerit.

Où que vostre vie finisse, elle y est toute. L'utilité du vivre n'est pas en l'espace: elle est en l'usage. Tel a vescu long temps, qui a peu vescu. Attendez vous y pendant que vous y estes. Il gist en vostre volonté, non au nombre des ans, que vous ayez assez vescu. Pensiez vous jamais n'arriver l'à, où vous alliez sans cesse? encore n'y a il chemin qui n'aye son issuë.

Et si la compagnie vous peut soulager, le monde ne va-il pas mesme train que vous allez?

omnia te vita perfuncta sequentur.

Tout ne branle-il pas vostre branle? y a-il chose qui ne vieillisse quant et vous? Mille hommes, mille animaux et mille autres creatures meurent en ce mesme instant que vous mourez.

Nam nox nulla diem, neque noctem aurora sequuta est,

Quæ non audierit mistos vagitibus ægris

Ploratus mortis comites et funeris atri.

A quoy faire y reculez vous, si vous ne pouvez tirer arriere? Vous en avez assez veu qui se sont bien trouvés de mourir, eschevant par là des grandes miseres. Mais quelqu'un qui s'en soit mal trouvé, en avez vous veu? Si est-ce grande simplesse, de condamner chose que vous n'avez esprouvée ny par vous ny par autre. Pourquoy te pleins-tu de moy et de la destinée? Te faisons nous tort? Est-ce à toy de nous gouverner, ou à nous toy? Encore que ton aage ne soit pas achevé, ta vie l'est. Un petit homme est homme entier comme un grand.

Ny les hommes ny leurs vies ne se mesurent à l'aune. Chiron refusa l'immortalité, informé des conditions d'icelle, par le Dieu mesme du temps, et de la durée, Saturne son pere: Imaginez de vray, combien seroit une vie perdurable, moins supportable à l'homme, et plus penible, que n'est la vie que je luy ay donnée. Si vous n'aviez la mort, vous me maudiriez sans cesse de vous en avoir privé. J'y ay à escient meslé quelque peu d'amertume, pour vous empescher; voyant la commodité de son usage, de l'embrasser trop avidement et indiscretement: Pour vous loger en ceste moderation, ny de fuir la vie, ny de refuir à la mort, que je demande de vous; j'ay temperé l'une et l'autre entre la douceur et l'aigreur.

J'apprins à Thales le premier de voz sages, que le vivre et le mourir estoit indifferent: par où, à celuy qui luy demanda, pourquoy donc il ne mouroit: il respondit tressagement, Pour ce qu'il est indifferent.

L'eau, la terre, l'air et le feu, et autres membres de ce mien bastiment, ne sont non plus instruments de ta vie, qu'instruments de ta mort. Pourquoy crains-tu ton dernier jour? Il ne confere non plus à ta mort que chascun des autres. Le dernier pas ne faict pas la lassitude: il la declaire. Tous les jours vont à la mort: le dernier y arrive.

Voila les bons advertissemens de nostre mere Nature. Or j'ay pensé souvent d'où venoit celà, qu'aux guerres le visage de la mort, soit que nous la voyons en nous ou en autruy, nous semble sans comparaison moins effroyable qu'en nos maisons: autrement ce seroit une armée de medecins et de pleurars: et elle estant tousjours une, qu'il y ait toutes-fois beaucoup plus d'asseurance parmy les gens de village et de basse condition qu'és autres. Je croy à la verité que ce sont ces mines et appareils effroyables, dequoy nous l'entournons, qui nous font plus de peur qu'elle: une toute nouvelle forme de vivre: les cris des meres, des femmes, et des enfans: la visitation de personnes estonnees, et transies: l'assistance d'un nombre de valets pasles et éplorés: une chambre sans jour: des cierges allumez: nostre chevet assiegé de medecins et de prescheurs: somme tout horreur et tout effroy autour de nous. Nous voyla des-ja ensevelis et enterrez. Les enfans ont peur de leurs amis mesmes quand ils les voyent masquez; aussi avons nous. Il faut oster le masque aussi bien des choses, que des personnes. Osté qu'il sera, nous ne trouverons au dessoubs, que cette mesme mort, qu'un valet ou simple chambriere passerent dernierement sans peur. Heureuse la mort qui oste le loisir aux apprests de tel equipage!

CHAPITRE XX De la force de l'imagination

Fortis imaginatio generat casum, disent les clercs.

Je suis de ceux qui sentent tres-grand effort de l'imagination. Chacun en est heurté, mais aucuns en sont renversez. Son impression me perse; et mon art est de luy eschapper, par faute de force à luy resister. Je vivroye de la seule assistance de personnes saines et gaies. La veuë des angoisses d'autruy m'angoisse materiellement: et a mon sentiment souvent usurpé le sentiment d'un tiers. Un tousseur continuel irrite mon poulmon et mon gosier. Je visite plus mal volontiers les malades, ausquels le devoir m'interesse, que ceux ausquels je m'attens moins, et que je considere moins. Je saisis le mal, que j'estudie, et le couche en moy. Je ne trouve pas estrange qu'elle donne et les fievres, et la mort, à ceux qui la laissent faire, et qui luy applaudissent. Simon Thomas estoit un grand medecin de son temps. Il me souvient que me rencontrant un jour à Thoulouse chez un riche vieillard pulmonique, et traittant avec luy des moyens de sa guarison, il luy dist, que c'en estoit l'un, de me donner occasion de me plaire en sa compagnie: et que fichant ses yeux sur la frescheur de mon visage, et sa pensée sur cette allegresse et vigueur, qui regorgeoit de mon adolescence: et remplissant tous ses sens de cet estat florissant en quoy j'estoy lors, son habitude s'en pourroit amender: Mais il oublioit à dire, que la mienne s'en pourroit empirer aussi.

Gallus Vibius banda si bien son ame, à comprendre l'essence et les mouvemens de la folie, qu'il emporta son jugement hors de son siege, si qu'onques puis il ne l'y peut remettre: et se pouvoit vanter d'estre devenu fol par sagesse. Il y en a, qui de frayeur anticipent la main du bourreau; et celuy qu'on debandoit pour luy lire sa grace, se trouva roide mort sur l'eschaffaut du seul coup de son imagination. Nous tressuons, nous tremblons, nous pallissons, et rougissons aux secousses de nos imaginations; et renversez dans la plume sentons nostre corps agité à leur bransle, quelques-fois jusques à en expirer. Et la jeunesse bouillante s'eschauffe si avant en son harnois toute endormie, qu'elle assouvit en songe ses amoureux desirs.

Ut quasi transactis sæpe omnibus rebus profundant

Fluminis ingentes fluctus, vestémque cruentent.

Et encore qu'il ne soit pas nouveau de voir croistre la nuict des cornes à tel, qui ne les avoit pas en se couchant: toutesfois l'evenement de Cyppus Roy d'Italie est memorable, lequel pour avoir assisté le jour avec grande affection au combat des taureaux, et avoir eu en songe toute la nuict des cornes en la teste, les produisit en son front par la force de l'imagination. La passion donna au fils de Croesus la voix, que nature luy avoit refusée. Et Antiochus print la fievre, par la beauté de Stratonicé trop vivement empreinte en son ame. Pline dit avoir veu Lucius Cossitius, de femme changé en homme le jour de ses nopces. Pontanus et d'autres racontent pareilles metamorphoses advenuës en Italie ces siecles passez: Et par vehement desir de luy et de sa mere,

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