Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– Je ne sais.
– Pour moi je n’y rentre plus, dit Augustine… vous m’avez fait éprouver des choses… du désagrément… je vais me coucher.
– A la bonne heure.
– Mais voyez s’il sera seulement assez honnête pour me donner le bras jusque chez moi, je demeure à deux pas, je n’ai pas mon carrosse, il va me laisser là.
– Non, je vous accompagnerai volontiers, dit Franville, nos goûts ne nous empêchent pas d’être polis… voulez-vous ma main?… la voilà.
– Je n’en profite que parce que je ne trouve pas mieux, au moins.
– Soyez bien assurée que pour moi, je ne vous l’offre que par honnêteté.
On arrive à la porte de la maison d’Augustine et Franville se prépare à prendre congé.
– En vérité vous êtes délicieux, dit Mlle de Villeblanche, eh quoi, vous me laissez dans la rue.
– Mille pardons, dit Franville… je n’osais pas.
– Ah comme ils sont bourrus ces hommes qui n’aiment pas les femmes!
– C’est que voyez-vous, dit Franville, en donnant pourtant le bras à Mlle de Villeblanche jusqu’à son appartement, voyez-vous, mademoiselle, je voudrais rentrer bien vite au bal et tâcher d’y réparer ma sottise.
– Votre sottise, vous êtes donc bien fâché de m’avoir trouvée
– Je ne dis pas cela, mais n’est-il pas vrai que nous pouvions l’un et l’autre trouver infiniment mieux?
– Oui, vous avez raison, dit Augustine en entrant enfin chez elle, vous avez raison, monsieur, moi surtout… car je crains bien que cette funeste rencontre ne me coûte le bonheur de ma vie.
– Comment, vous n’êtes donc pas bien sûre de vos sentiments?
– Je l’étais hier.
– Ah! vous ne tenez pas à vos maximes.
– Je ne tiens à rien, vous m’impatientez.
– Eh bien, je sors, mademoiselle, je sors… Dieu me garde de vous gêner plus longtemps.
– Non, restez, je vous l’ordonne, pourrez-vous prendre sur vous d’obéir une fois dans votre vie à une femme?
– Moi, dit Franville en s’asseyant par complaisance, il n’y a rien que je ne fasse, je vous l’ai dit, je suis honnête.
– Savez-vous qu’il est affreux à votre âge d’avoir des goûts aussi pervers?
– Croyez-vous qu’il soit très décent au vôtre d’en avoir de si singuliers?
– Oh, c’est bien différent, nous, c’est retenue, c’est pudeur… c’est orgueil même si vous le voulez, c’est crainte de se livrer à un sexe qui ne nous séduit jamais que pour nous maîtriser… Cependant les sens parlent, et nous nous dédommageons entre nous; parvenons-nous à nous bien cacher, il en résulte un vernis de sagesse qui en impose souvent, ainsi la nature est contente, la décence s’observe et les masure ne s’outragent point.
– Voilà ce qu’on appelle de beaux et bons sophismes, en s’y prenant ainsi on justifierait tout; et que dites-vous là que nous ne puissions de même alléguer en notre faveur?
– Pas du tout, avec des préjugés très différents vous ne devez pas avoir les mêmes frayeurs, votre triomphe est dans notre défaite… plus vous multipliez vos conquêtes, plus vous ajoutez à votre gloire, et vous ne pouvez vous refuser aux sentiments que nous faisons naître en vous, que par vice ou dépravation.
– En vérité, je crois que vous allez me convertir.
– Je le voudrais.
– Qu’y gagneriez-vous, tant que vous serez vous-même dans l’erreur?
– C’est une obligation que m’aura mon sexe, et comme j’aime les femmes, je suis bien aise de travailler pour elles.
– Si le miracle s’opérait, ses effets ne seraient pas aussi généraux que vous avez l’air de le croire, je ne voudrais me convertir que pour une seule femme tout au plus… afin d’essayer.
– Le principe est honnête.
– C’est qu’il est bien certain qu’il y a un peu de prévention, je le sens, à prendre un parti sans avoir tout goûté.
– Comment, vous n’avez jamais vu de femme?
– Jamais, et vous… posséderiez-vous par hasard des prémices aussi sûrs?
– Oh, des prémices, non… les femmes que nous voyons sont si adroites et si jalouses qu’elles ne nous laissent rien… mais je n’ai connu d’homme de ma vie.
– Et c’est un serment fait?
– Oui, je n’en veux jamais voir, ou n’en veux connaître qu’un aussi singulier que moi.
– Je suis désolé de n’avoir pas fait le même vœu.
– Je ne crois pas qu’il soit possible d’être plus impertinent…
Et en disant ces mots, Mlle de Villeblanche se lève et dit à Franville qu’il est le maître de se retirer. Notre jeune amant toujours de sang-froid fait une profonde révérence et s’apprête à sortir.
– Vous retournez au bal, lui dit sèchement Mlle de Villeblanche en le regardant avec un dépit mêlé du plus ardent amour.
– Mais oui, je vous l’ai dit, ce me semble.
– Ainsi vous n’êtes pas capable du sacrifice que je vous fais.
– Quoi, vous m’avez fait quelque sacrifice?
– Je ne suis rentrée que pour ne plus rien voir après avoir eu le malheur de vous connaître.
– Le malheur?
– C’est vous qui me forcez à me servir de cette expression, il ne tiendrait qu’à vous que j’en employasse une bien différente.
– Et comment arrangeriez-vous cela avec vos goûts?
– Que n’abandonne-t-on pas quand on aime?
– Eh bien oui, mais il vous serait impossible de m’aimer.
– J’en conviens, si vous conserviez des habitudes aussi affreuses que celles que j’ai découvertes en vous.
– Et si j’y renonçais?
– J’immolerais à l’instant les miennes sur les autels de l’amour… Ah! perfide créature, que cet aveu coûte à ma gloire, et que viens-tu de m’arracher, dit Augustine en larmes, en se laissant tomber sur un fauteuil.
– J’ai obtenu de la plus belle bouche de l’univers l’aveu le plus flatteur qu’il me fût possible d’entendre, dit Franville en se précipitant aux genoux d’Augustine… Ah! cher objet de mon plus tendre amour, reconnaissez ma feinte et daignez ne la point punir, c’est à vos genoux que j’en implore la grâce, j’y resterai jusqu’à mon pardon. Vous voyez près de vous, mademoiselle, l’amant le plus constant et le plus passionné; j’ai cru cette ruse nécessaire pour vaincre un cœur dont je connaissais la résistance. Ai-je réussi, belle Augustine, refuserez-vous à l’amour sans vices ce que vous avez daigné faire entendre à l’amant coupable… coupable, moi… coupable de ce que vous avez cru… ah! pouviez-vous supposer qu’une passion impure pût exister dans l’âme de celui qui ne fut jamais enflammé que pour vous.
– Traître, tu m’as trompée… mais je te le pardonne… cependant tu n’auras rien à me sacrifier, perfide, et mon orgueil en sera moins flatté, eh bien, n’importe, pour moi je te sacrifie tout… Va, je renonce avec joie pour te plaire à des erreurs où la vanité nous entraîne presque aussi souvent que nos goûts. Je le sens, la nature l’emporte, je l’étouffais par des travers que j’abhorre à présent de toute mon âme; on ne résiste point à son empire, elle ne nous a créées que pour vous, elle ne vous forma que pour nous; suivons ses lois, c’est par l’organe de l’amour même qu’elle me les inspire aujourd’hui, elles ne m’en deviendront que plus sacrées. Voilà ma main, monsieur, je vous crois homme d’honneur, et fait pour prétendre à moi. Si j’ai pu mériter de perdre un instant votre estime, à force de soins et de tendresse peut-être réparerai-je mes torts, et je vous forcerai de reconnaître que ceux de l’imagination ne dégradent pas toujours une âme bien née.