Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Историческая проза » Les consultations du docteur Noir
Les consultations du docteur Noir - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les consultations du docteur Noir

Электронная книга - «Les consultations du docteur Noir». Краткое содержание книги:

C'est un entretien entre le poète Stello et le docteur Noir, qui lui enseigne que le poète est condamné par la société.
1 ... 13 14 15 16 17 18 19 20 21 ... 72
Перейти на страницу:

Oui, noir et trop véridique Docteur! oui, ils sont ainsi. – Ce qu'il faut au Poète, dit l'un, c'est trois cents francs et un grenier! – La misère est leur Muse, dit un autre. – Bravo! – Courage! – Ce rossignol a une belle voix! crevez-lui les yeux, il chantera mieux encore! l'expérience en a été faite. Ils ont raison, vive Dieu!

"Triple divinité du ciel! que t'ont-ils donc fait, ces Poètes que tu créas les premiers des hommes, pour que les derniers des hommes les renient et les repoussent ainsi?»

Stello parlait à peu près de la sorte en marchant. Le Docteur tournait la pomme de sa canne sous son menton et souriait.

"Où se sont envolés vos diables bleus?» dit-il.

Le malade s'arrêta. Il ferma les yeux et sourit aussi, mais ne répondit pas, comme s'il n'eût pas voulu donner au Docteur le plaisir d'avouer sa maladie vaincue.

Paris était plongé dans le silence du sommeil, et l'on n'entendait au-dehors que la voix rouillée d'une horloge sonnant lourdement les trois quarts d'une heure très avancée au-delà de minuit. Stello s'arrêta tout à coup au milieu de l'appartement, écoutant le marteau dont le bruit parut lui plaire; il passa ses doigts dans ses cheveux comme pour s'imposer les mains à lui-même et calmer sa tête. On aurait pu dire, en l'examinant bien, qu'il ressaisissait intérieurement les rênes de son âme, et que sa volonté redevenait assez forte pour contenir la violence de ses sentiments désespérés. – Ses yeux se rouvrirent, s'arrêtèrent fixement sur les yeux du Docteur, et il se mit à parler avec tristesse, mais avec fermeté:

"Les heures de la nuit, quand elles sonnent, sont pour moi comme les voix douces de quelques tendres amies qui m'appellent et me disent, l'une après l'autre: Qu'as-tu?

Jamais je ne les entends avec indifférence quand je me trouve seul à cette place où vous êtes, dans ce dur fauteuil où vous voilà. – Ce sont les heures des Esprits, des Esprits légers qui soutiennent nos idées sur leurs ailes transparentes et les font étinceler de clartés plus vives. Je sens que je porte la vie librement durant l'espace de temps qu'elles mesurent; elles me disent que tout ce que j'aime est endormi, qu'à présent il ne peut arriver malheur à qui m'inquiète. Il me semble alors que je suis seul chargé de veiller, et qu'il m'est permis de prendre sur ma vie ce que je voudrai du sommeil. – Certes, cette part m'appartient, je la dévore avec joie, et je n'en dois pas compte à des yeux fermés. – Ces heures m'ont fait du bien. Il est rare que ces chères compagnes ne m'apportent pas, comme un bienfait, quelque sentiment ou quelque pensée du ciel. Peut-être que le temps, invisible comme l'air, et qui se pèse et se mesure comme lui, comme lui aussi apporte aux hommes des influences inévitables. Il y a des heures néfastes. Telle est pour moi celle de l'aube humide, tant célébrée, qui m'amène que l'affliction et l'ennui, parce qu'elle éveille tous les cris de la foule pour toute la démesurée longueur du jour, dont le terme me semble inespéré. Dans ce moment, si vous voyez revenir la vie dans mes regards, elle y revient par des larmes. Mais c'est la vie enfin, et c'est le calme adoré des heures noires qui me la rend.

Ah! je sens en mon âme une ineffable pitié pour ces glorieux pauvres dont vous avez vu l'agonie, et rien ne m'arrête dans ma tendresse pour ces morts bien-aimés.

J'en vois, hélas! d'aussi malheureux qui prennent de diverses sortes leur destinée amère. Il y en a chez qui le chagrin devient bouffonnerie et grosse gaieté; ce sont les plus tristes à mes yeux. Il y en a d'autres à qui le désespoir tourne sur le coeur. Il les rend méchants. Eh! sont-ils bien coupables de l'être?

En vérité, je vous le dis: l'homme a rarement tort, et l'ordre social toujours. – Quiconque y est traité comme Gilbert et Chatterton, qu'il frappe, qu'il frappe partout! – Je sens pour lui (s'attaquerait-il à moi-même) l'attendrissement d'une mère pour son fils atteint injustement dans son berceau d'une maladie douloureuse et incurable.

Frappe-moi, mon fils, dit-elle, mords-moi, pauvre innocent! tu n'as rien fait de mal pour mériter de tant souffrir! – Mords mon sein, cela te soulagera! – Mords, enfant, cela fait du bien!»

Le Docteur sourit dans un calme profond; mais ses yeux devenaient plus sombres et plus sévères de moment en moment, et, avec on inflexibilité de marbre, il répondit:

"Que m'importe, s'il vous plaît, de voir à découvert que votre coeur a d'inépuisables sources de miséricorde et d'indulgence, et que votre esprit, venant à son aide, jette incessamment sur toute sorte de criminels autant d'intérêt que Godwin en répandit sur l'assassin Falkland? – Que m'importe cet instinct de tendresse angélique auquel vous vous livrez tout d'abord, à tout sujet? Suis-je une femme en qui l'émotion puisse dérouter la pensée? – Remettez-vous, monsieur, les larmes troublent la vue."

Stello revint s'asseoir brusquement, baissa les yeux, puis les releva pour regarder son homme de travers.

"Suivez à présent, reprit le Docteur, le cours de l'idée qui nous a conduits jusqu'où nous sommes arrivés. Suivez-la, s'il vous plaît, comme on suit un fleuve à travers ses sinuosités. Vous verrez que nous n'avons fait encore qu'un chemin très court. Nous avons trouvé sur les bords une monarchie et un gouvernement représentatif, chacun avec leur Poète historiquement maltraité et dédaigneusement livré à misère et à mort, et il ne m'a point échappé que vous espériez, en vous voyant transporté à la seconde forme du Pouvoir, y trouver les Grands du moment plus intelligents et comprenant mieux les Grands de l'avenir. Votre espoir a été déçu, mais pas assez complètement pour vous empêcher, en ce moment même, de concevoir une vague espérance qu'une forme de Pouvoir plus populaire encore serait tout naturellement, par ses exemples, le correctif des deux autres. Je vois rouler dans vos yeux toute l'histoire des Républiques, avec ses magnanimités de collège. Epargnez-m'en les citations, je vous en supplie, car à mes yeux l'Antiquité tout entière est hors la loi philosophique à cause de l'Esclavage qu'elle aimait tant; et puisque je me suis fait conteur aujourd'hui, contre ma coutume, laissez-moi dire paisiblement une troisième et dernière aventure que j'ai toujours eue sur le coeur depuis le jour où j'en fus témoin. Ne soupirez pas si profondément, comme si votre poitrine voulait repousser l'air même que frappe ma voix. – Vous savez bien que cette voix est inévitable pour vous. N'êtes-vous pas fait à ses paroles? – Si Dieu nous a mis la tête plus haut que le coeur, c'est pour qu'elle le domine."

Stello courba son front avec la résignation d'un condamné qui entend la lecture de son arrêt.

"Et tout cela, s'écria-t-il, pour avoir eu, un jour de diables bleus, la mauvaise pensée de me mêler de politique? comme si cette idée, jetée au vent avec les mille paroles d'angoisse qu'arrache la maladie, valait la peine d'être combattue avec un tel acharnement! comme si ce n'était pas un regard fugitif, un coup d'oeil de détresse comme celui que jette le matelot submergé sur tous les points du rivage, ou celui…

– Poésie! poésie! ce n'est point cela, interrompit le Docteur en frappant sa canne avec une force et une pesanteur de marteau. Vous essayez de vous tromper vous-même. Cette idée, vous ne la laissiez pas sortir au hasard; cette idée vous préoccupait depuis longtemps; cette idée, vous l'aimez, vous la contemplez, vous la caressez avec un attachement secret. Elle est, à votre insu, établie profondément en vous, sans que vous en sentiez les racines plus qu'on ne sent celles d'une dent. L'orgueil et l'ambition de l'universalité d'esprit l'ont fait germer et grandir en vous comme dans bien d'autres que je n'ai pas guéris. Seulement vous n'osiez pas vous avouer sa présence, et vous vouliez l'éprouver sur moi, en la montrant comme par hasard, négligemment et sans prétention.

1 ... 13 14 15 16 17 18 19 20 21 ... 72
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)