L'usage des armes [Use of Weapons - fr]
- Автор: Бэнкс Иэн М.
- Год: 1992
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-07169-7
- Переводчик: Helene Collon
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'usage des armes [Use of Weapons - fr]». Краткое содержание книги:
Dans le cadre de Circonstances spéciales, une branche de Contact.
Qu’est-ce que la Culture ? Une immense société galactique, pacifiste en son principe mais redoutable si on l’attaque, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs.
La Culture a la prétention de faire évoluer lentement mais sûrement les civilisations étrangères qu’elle rencontre au fur et à mesure de son expansion.
C’est le rôle du Contact d’évaluer et d’infiltrer les sociétés nouvellement découvertes. Et dans les cas extrêmes, c’est à Circonstances spéciales d’intervenir, au besoin par la violence.
Cheradenine Zakalwe est l’une des armes de Circonstances spéciales. C’est le héros de L’usage des armes, qui est à la fois un roman d’aventures et une œuvre littéraire éblouissante, d’une perversité toute britannique.
Du bout de sa grosse botte, le mercenaire fourragea sans répondre dans les débris de la chaise en sangbois.
Keiver se crut obligé de faire quelque chose. Il se leva donc et se dirigea vers la plus proche fenêtre, dont il tira les rideaux. Puis il défit les persiennes intérieures, écarta les volets extérieurs et, un bras posé sur la pierre du rebord, contempla le spectacle.
Le spectacle du Palais d’Hiver assiégé.
Dehors, sur la plaine jonchée de plaques de neige, entre les feux et les tranchées, on voyait d’énormes superstructures en bois servant aux assaillants, ainsi que des lance-missiles, des pièces d’artillerie lourde, des catapultes, des projecteurs de champ improvisés et des projecteurs lumineux fonctionnant au gaz… en bref, une atroce collection d’anachronismes flagrants, de paradoxes de l’évolution des engins de guerre, de technologies différentes juxtaposées. Et on appelait ça le progrès.
— Franchement, fit Keiver dans un souffle, des hommes juchés sur une monture qui tirent des missiles guidés, des avions à réaction abattus par des flèches également guidées, des couteaux de lancer qui explosent comme des obus d’artillerie ou, selon toute probabilité, qui se font renvoyer par des armures ancestrales renforcées avec ces maudits projecteurs de champ… Où tout cela va-t-il finir, Zakalwe ?
— Ici même, dans environ trois battements de cœur si vous ne refermez pas ces volets ou si vous ne tirez pas les rideaux noirs derrière vous, répondit-il en tisonnant les bûches de l’âtre.
— Ha ! (Keiver s’écarta prestement de la fenêtre et tira sur le levier qui commandait la fermeture des volets en rentrant la tête dans les épaules.) Vous avez raison !
Là-dessus, il replaça le rideau en face de la fenêtre, puis s’épousseta les mains en regardant son compagnon remuer les bûches dans le feu.
— Bien sûr !
Puis il regagna son trône de porcelaine.
Naturellement, monsieur le prétendu ministre de la Guerre se plaisait à faire semblant de savoir où tout cela allait finir ; il prétendait pouvoir fournir une quelconque explication à la situation, qui faisait intervenir les forces extérieures, l’équilibre des technologies et l’escalade aberrante que connaissait le génie militaire. Il semblait toujours faire allusion à d’autres thèmes, d’autres conflits de plus grande envergure ; il voyait toujours plus loin que l’ici-et-maintenant et essayait constamment d’établir l’existence de quelque puissance supérieure – franchement, c’était d’un risible ! – venue d’un autre monde. Il n’en restait pas moins un mercenaire, et rien de plus. Un mercenaire verni qui avait eu la chance de retenir l’attention des Héritiers Sacrés et de les impressionner par le récit de ses exploits absurdement téméraires et de ses stratagèmes empreints de lâcheté, alors que le compagnon qu’on lui avait adjoint – lui-même, Astil Tremerst Keiver, huitième du nom, futur vice-régent adjoint, pas moins – avait derrière lui mille ans d’hérédité choisie, d’autorité naturelle et – ça ne se discutait pas, nom de nom ! – de supériorité tout court. Après tout, était-ce faire preuve de compétence, pour un ministre de la Guerre – même par ces temps désespérés –, que de monter la garde au sommet de cette tour en attendant un assaut qui ne viendrait probablement jamais, et tout cela parce qu’il était incapable de déléguer ses responsabilités ?
Keiver regarda son compagnon fixer obstinément les flammes et se demanda à quoi il était en train de penser.
Tout ça, c’est la faute de Sma. C’est elle qui m’a mis dans la merde jusqu’au cou.
Il contempla le fouillis d’objets qui encombraient la pièce. Qu’avait-il à voir avec les imbéciles du genre de Keiver, avec ce fatras historique ? En bref, qu’avait-il à voir dans tout ça ? Il ne s’y sentait pas à sa place, il n’arrivait pas à s’y investir, et il ne pouvait sincèrement leur reprocher de ne pas l’avoir écouté. Tout ce qui lui restait, c’était la satisfaction de les avoir avertis, ces imprudents ; mais par une fin de nuit glaciale comme celle-ci, c’était loin d’être suffisant pour se réchauffer.
Il s’était battu. Il avait mis sa vie en danger pour eux ; en dernier ressort, il avait mené à bien quelques actions désespérées d’arrière-garde, en essayant de leur dire ce qu’il fallait faire. Mais ils l’avaient écouté trop tard, et, quand ils s’étaient décidés à lui confier un tant soit peu de pouvoir, la guerre était déjà pratiquement perdue. Mais voilà, ils étaient comme ça ; c’étaient eux qui commandaient, et s’ils provoquaient la disparition totale de leur civilisation pour avoir prétendu savoir forcément mieux faire la guerre que le plus expérimenté des manants ou des outsiders, alors il n’y avait pas que de l’injustice là-dedans. En fin de compte, tout s’équilibrait. Et si cela voulait dire qu’ils devaient mourir… eh bien, qu’ils meurent !
D’ici là, en faisant durer les provisions, que pouvait-on souhaiter de mieux ? Plus d’interminables marches dans le froid, plus de marécages pompeusement baptisés « camps », plus de latrines à ciel ouvert, plus de cette terre brûlée à laquelle on s’efforce d’arracher un repas. Bien sûr, il ne se passait pas grand-chose, et l’envie d’action finirait sans doute par le démanger ; mais cet inconvénient n’était rien à côté de l’opportunité qui lui était offerte : l’opportunité de calmer les démangeaisons d’une autre nature qu’éprouvaient les quelques dames de la noblesse également prisonnières du château assiégé.
Quoi qu’il en fût, il savait au fond du cœur qu’on peut parfois ressentir un certain plaisir à ne pas être écouté. Le pouvoir entraîne la responsabilité. Un conseil non suivi peut presque toujours s’avérer judicieux et, quel que soit le plan choisi, il y a toujours du sang dans son déroulement ; mieux valait que ce soit eux qui l’aient sur les mains. Le bon soldat faisait ce qu’on lui disait de faire et, s’il n’était pas trop bête, ne se portait jamais volontaire pour rien ; surtout pas pour une promotion.
— Ah, fit Keiver en se balançant dans son siège de porcelaine, nous avons trouvé d’autres semis d’herbe, aujourd’hui.
— Ah, très bien !
— Oui, en effet.
La plupart des cours, jardins et patios étaient d’ores et déjà convertis en pâturages ; on avait également fait tomber le toit de quelques salles, parmi les moins intéressantes sur le plan architectural, afin d’y planter de l’herbe. À supposer que l’ensemble n’explose pas en mille morceaux entre-temps, ils seraient en mesure (du moins en théorie) de nourrir indéfiniment un quart de la garnison du château.
Keiver frissonna et resserra son manteau autour de ses jambes.
— Dommage qu’il fasse si froid dans ce vieux trou, hein, Zakalwe ?
L’autre allait répondre quand, tout à fait à l’autre bout de la pièce, la porte s’entrebâilla.
Il empoigna son canon à plasma.
— Euh… tout va bien ? fit tout bas une voix de femme.
Il reposa son arme et sourit. Un petit visage pâle venait d’apparaître sur le seuil, encadré de longs cheveux noirs qui suivaient les contours du bois travaillé de la porte.
— Ah, Neinte ! s’exclama Keiver en se levant pour s’incliner profondément devant la jeune fille (authentique princesse !) qui était – théoriquement au moins, ce qui n’excluait pas la possibilité d’autres relations plus productives, voire plus lucratives, à l’avenir – sa pupille.
Il entendit le mercenaire dire à la jeune fille :
— Entrez donc.
(Maudit soit-il de toujours prendre l’initiative ; pour qui se prenait-il, celui-là ?)
La fille se coula dans la pièce en rassemblant ses jupes devant elle.
— Il m’avait semblé entendre un coup de feu…