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Les seigneurs de la guerre

Электронная книга - «Les seigneurs de la guerre». Краткое содержание книги:

« Le Monstre pleurait comme un petit enfant. Non du remords d’avoir tué trois douzaines d’hommes, mais de se sentir si loin de sa planète natale. Cette détresse, Corson pouvait la comprendre : il lui fallait user de toute son énergie pour ne pas la partager. »
Pour Georges Corson la guerre est l’unique raison de vivre, la guerre qui oppose les Puissances Solaires aux princes d’Uria. La situation de Corson semble désespéré : perdu, seul, dans la jungle d’Uria à proximité du Monstre dont le seul désir est de tuer. C’est alors qu’une jeune femme terrienne pose son navire spatial près de Corson. Stupéfait de cette présence insolite, il lui demande des nouvelles de la guerre. « Quelle guerre ? » répond-elle.
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Ils étaient, se dit Corson, des nécrophiles, au sens strict.

Haine et dégoût. Corson essaya de se persuader que les Terriens avaient été d’une autre nature, au temps de la guerre contre les Uriens. Il chercha dans sa mémoire. Il se souvenait d’un général qui avait fait exécuter des milliers d’otages uriens, aux premières heures du conflit. Il se souvenait d’un autre chef de guerre qu’il avait vu danser sur les ruines d’une ville atomisée. Ç’avait été une ville humaine, mais ses habitants avaient eu le tort d’essayer de traiter avec les Uriens. Il se souvint de Veran. Le rescapé d’Aergistal n’aurait guère hésité à organiser une telle monstruosité s’il y avait vu un avantage.

Corson éprouva l’envie de tuer. Ses mâchoires se serrèrent, ses poings se crispèrent. Sa vision s’obscurcit. Il se tassa légèrement sur lui-même tandis que l’adrénaline se déversait dans ses veines. Puis la fureur passa et il resta là, à trembler. La violence ne faisait-elle que susciter la violence ? L’humanité n’avait-elle que cette face de sang ? Portait-elle sur le dos, comme un démon grimaçant, le spectre de la désolation et de la mort infligée ? Pouvait-elle s’en défaire, et être, sinon elle-même car elle était cela, autre chose qu’elle-même ou quelque chose de plus ?

Dyoto. Il songea à l’utopie surgie des ruines de la guerre, à un monde qui ignorait la coercition, qui avait un gouvernement pour six siècles et point d’armée. À l’autre face de l’homme, qui valait d’être défendue, mais non au prix de la violence. Mais comment endiguer la violence sans user de la violence ? Comment sortir de l’enchaînement des guerres justes ?

Antonella était accroupie sur le sol au milieu de la route, et elle pleurait. Toute l’irritation qu’il avait conçue contre elle se défit, tomba comme un pan de glace qui se détache d’un toit. Elle était humaine. Il la releva doucement et la prit dans ses bras. Il se mit entre elle et les travées sinistres. Il l’écouta sangloter et, sans dire un mot, il la remercia.

16

Corson avait faim. Il s’avança vers la porte, machinalement, comme si le fait de sortir constituait un pas vers une solution. Il y avait bien une solution, mais il hésitait à l’envisager. S’il avait été seul, la question se serait posée différemment. Les soldats en guerre ont l’habitude de se nourrir de ce qu’ils trouvent plutôt que de se laisser mourir de faim. S’ils ne l’ont pas, ils la prennent rapidement. Et Corson qui se sentait faiblir, réaliste par entraînement plutôt que par instinct, savait qu’ils disposaient d’une gigantesque réserve de protéines. Mais il se croyait incapable de supporter l’horreur qu’il lirait dans les yeux d’Antonella s’il se hasardait à lui expliquer à quel prix ils pourraient survivre, un certain temps.

Peut-être indéfiniment.

Dans les temps mythologiques, cela avait un nom. Les goules, selon les légendes, dévoraient les cadavres dans les cimetières.

Dans l’histoire, cela était arrivé. Pas seulement pendant les périodes de famine. Corson se demanda si les seigneurs de la guerre n’étaient pas plus anthropophages que nécrophiles. Les conquérants mongols faisaient servir à l’occasion la plus belle de leurs concubines et sa tête était présentée, parée, sur un plat d’or, afin que tous pussent voir qu’ils ne lésinaient pas sur la qualité. Ce qu’un homme a imaginé de faire, un autre peut le refaire.

La porte se releva et découvrit la plaine verte, crue, l’herbe étalée comme un tapis acide, traversée par la route bleue, rectiligne, et la tache indistincte que formait l’hipprone, paissant. Corson l’envia. Puis il aperçut quelque chose sur la route, tout près.

Un sac. Posée dessus, une plaquette de métal étincelait sous la lumière laiteuse filtrée par les nuages. En trois pas, Corson fut à côté du sac. Il l’examina attentivement, sans y toucher. Le sac et la plaquette devaient avoir été déposés pendant qu’ils étaient restés enfermés dans le bâtiment. On les avait placés bien en évidence.

La plaquette portait un message.

Un instant les lettres dansèrent devant les yeux de Corson.

CORSON, CE SAC CONTIENT DES VIVRES. MÊME LES ENVELOPPES CREUSES PEUVENT ENCORE SERVIR. IL EST PLUS D’UNE FAÇON DE FAIRE LA GUERRE. SOUVIENS-T’EN. TU DOIS ALLER EN AERGISTAL. C’EST LÀ QUE LES CRIMES SONT JUGÉS ET QUELQUEFOIS REMIS. CRIE AERGISTAL. L’HIPPRONE ENTENDRA.

Quelqu’un jouait avec eux. L’évasion, l’abandon, puis ce sac et ce message. Pourquoi l’inconnu ne se montrait-il pas s’il était un allié ? Et s’il s’agissait d’un ennemi, pourquoi ne les avait-il pas tués ?

Il soupesa le sac puis l’ouvrit. Le sac contenait une vingtaine de rations de combat. Corson passa machinalement la bretelle à son épaule et retourna à l’intérieur du mausolée.

Antonella l’attendait debout, les bras ballants, les traits creusés, les yeux cernés, apparemment en état de choc. Mais elle semblait avoir surmonté la période de dépression. Les pleurs étaient secs sur son visage.

— Nous ne mourrons pas de faim, dit Corson, lui tendant le sac. Quelqu’un nous jette du grain comme si nous étions des oiseaux.

Avant de se servir lui-même, il la regarda ouvrir une ration. Elle ne manifestait aucune fébrilité. Elle déchira au bon endroit le sachet d’eau, comme il le lui avait montré et le lui tendit. Il secoua négativement la tête.

— Il y en a d’autres, dit-il devant son insistance.

Alors, elle accepta de boire. Il regarda l’eau descendre dans sa gorge et le larynx qui montait et descendait sous la peau fine.

Puis il se mit lui-même à manger, assis sur le sol, buvant de petites gorgées et mastiquant avec soin. Il réfléchissait. Selon le message, il devait gagner Aergistal. C’est là que les crimes sont jugés et quelquefois remis. Pourrait-il être affranchi, en Aergistal, de la condamnation potentielle qui pesait sur lui ?

D’un autre côté, ç’avait été ou ce serait un champ de bataille. Il n’avait aucune envie d’y emmener Antonella. Mais il ne pouvait pas la laisser là. Et il ne connaissait dans cet univers aucun endroit où il put la mettre en sécurité.

Lorsqu’ils eurent fini de manger, il réunit soigneusement les reliefs de leur repas et chercha un endroit où les jeter. Il finit par découvrir une petite trappe, qu’il souleva et qui démasqua un espace noir du fond duquel montait un bruit d’eau. Du moins ils ne laisseraient pas de trace visible de leur passage sur cette planète. C’était une précaution puérile si le bâtiment était farci de détecteurs.

Puis il se décida.

— Nous allons en Aergistal, dit-il en montrant le message. Je ne sais pas ce qui nous y attend. Je ne suis même pas sûr que nous y parviendrons.

Il s’attendait à lire de l’effroi sur le visage d’Antonella. Mais elle demeura calme, attendant qu’il fît un geste. Elle avait apparemment une absolue confiance en lui et, se dit-il avec amertume, c’était bien là le pire.

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