D'ombre et de silence
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2017
- Язык: французский
- Год: Éditions Belfond
- ISBN: 978-2714478467
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «D'ombre et de silence». Краткое содержание книги:
C'est en cela que la nouvelle est un genre littéraire exigeant, difficile et passionnant. »
Karine Giebel
— Ouais, mais ça me coûte la peau du cul, répond Delphine avec un sourire triste. Et c’est même pas un mauvais jeu de mots !
Enfin, Kilia sourit. Mais elle pourrait tout aussi bien pleurer.
— Il te demande quoi, exactement ?
Elles n’ont jamais vraiment abordé le sujet, Delphine étant toujours restée vague. Elle se sent mal à l’aise d’entrer dans le détail, même avec son amie. Sa seule amie.
— Il est très spécial, dit-elle. Vraiment spécial…
— J’en étais sûre ! balance Kilia d’un air écœuré.
Delphine raconte et la mine de Kilia s’assombrit davantage.
— Salopard, murmure-t-elle. Détraqué !
Et encore, Delphine évite de lui parler de leur dernière discussion. Des menaces proférées par leur cher propriétaire.
— Je survivrai, conclut-elle en allumant une cigarette.
Elle fume très peu, n’ayant pas les moyens d’assouvir ce vice. Elle propose une clope à Kilia, qui l’accepte avant de lâcher :
— J’ai un service à te demander. Un grand service…
— C’est quoi ?
Kilia soupire et se mure soudain dans le silence.
— Vas-y, parle, l’encourage son amie. Tu sais que tu peux me demander n’importe quoi…
Dans les yeux de Kilia, les larmes commencent à monter.
— J’ai quelque chose à faire, mais seule je n’y arriverai jamais. Alors, il faudra que tu sois là, avec moi…
Delphine hésite une seconde. Elle ne sait pas de quoi il s’agit et le regard de son amie l’effraie un peu. Pourtant, l’instant d’après, elle répond :
— Je serai là, avec toi.
L’inquiétude de Delphine grandit de jour en jour ; Maxence a changé. Il rentre tard, ne lui parle presque pas, l’écoute d’une oreille distraite et s’énerve pour des choses insignifiantes.
Pire encore, il ne la touche quasiment plus.
Quand elle le questionne sur son état, il élude, il esquive.
Peut-être a-t-il rencontré une autre femme ? Delphine vit dans l’angoisse, la peur de le perdre. Elle est prête à tout lui pardonner, mais comment survivrait-elle s’il l’abandonnait ? Comment vivre sans lui, comment respirer loin de lui ?
Elle ne dort pas la nuit, ni le jour, elle ne mange presque plus. S’il s’en allait, elle retournerait douze ans en arrière.
Delphine retournerait sur ce pont. Et cette fois, elle sauterait.
Delphine peine à monter les marches. Elle se sent épuisée et ce n’est pas seulement parce qu’elle n’a pas dormi de la nuit ou travaillé pendant des heures.
Souris, Delphine.
Aujourd’hui, c’était mission impossible. Il est des fardeaux trop lourds à porter.
Au troisième, elle entre sans frapper. Kilia est assise sur son matelas, les yeux dans le vague. Sur sa chaise, Ayo fixe le mur. D’une voix à peine audible, elle murmure quelque chose qui ressemble à une prière, une incantation. On dirait une veillée funèbre.
Delphine s’installe près de son amie, pose une main sur son épaule.
— Tu veux que je prépare du café ? propose-t-elle d’une voix douce.
— Non, merci, répond Kilia.
Le silence, encore. Même les bruits du dehors ne parviennent pas à l’étouffer. Il est si lourd que Delphine ouvre la fenêtre. De toute façon, il n’y a pas de chauffage dans cet appartement sordide. Cet appartement vide. Plein de souvenirs, de chagrin.
Delphine s’agenouille en face de son amie. Leurs regards se croisent, se mélangent. Que lui dire ?
Rien. Delphine ne trouve rien à dire.
Elle voudrait simplement lui crier son admiration, mais aucun mot ne vient. Alors, elle la prend dans ses bras et la berce doucement.
« Elle s’appelle Aïssata, elle a quinze mois. Elle est atteinte de saturnisme, mais je ne pouvais pas l’emmener à l’hôpital et c’est pour ça que je vous la laisse. S’il vous plaît, soignez-la vite, soignez-la bien.
S’il vous plaît, prenez soin d’elle.
Elle adore son ours en peluche, alors ne les séparez jamais, je vous en prie.
Il faut que vous sachiez que je l’ai toujours aimée et que je l’aimerai toujours. Lorsqu’elle sera plus grande, dites-lui tout ça. Dites-lui bien.