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Le peuple du tapis [The Carpet People - fr]

Электронная книга - «Le peuple du tapis [The Carpet People - fr]». Краткое содержание книги:

Sur tout le Tapis règne la paix de l’empire dumii. Aux marges de la civilisation, la tribu des Munrungues coule sous les poils une existence paisible.
Mais, un jour, un terrible cataclysme frappe à proximité du village munrungue. Une ville dumiie est broyée par l’ancien monstre des légendes : le grand Découdre est de retour ! Dans son sillage, des créatures féroces montées sur des fauves parachèvent son oeuvre de destruction. Cernés, les Munrungues s’engagent dans un grand périple à travers les poils, sous la conduite des frères Orkson.
Un voyage qui les conduira à la découverte des merveilles de leur monde, et qui changera pour toujours l’existence de tous les Fils de la poussière.
Avant l’hilarante trilogie des Gnomes, Terry Pratchett explorait déjà, à sa savoureuse façon, l’infiniment petit en peuplant un simple tapis d’une profusion de monstres terribles et de personnages cocasses. A lire absolument (à la loupe ) !
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Brocando blêmit.

— Que veux-tu dire ?

— Ils se nourrissent d’animaux, poursuivit Forficule. (Snibril ne lui avait encore jamais vu une si petite mine.) Malheureusement, ils considèrent que tout ce qui n’est pas un moize est un animal. Hem… Je ne sais pas comment dire… Vous savez ce que signifie le mot moize dans la langue des moizes ? Hmm ? Ça signifie… Les Vrais Humains.

Ces mots eurent eux aussi un impact certain.

— Nous attaquerons ce soir, décréta Brocando. Je n’autorise personne à dévorer mes sujets.

— Euh… fit Glurk.

— Mais voyons ! Bien sûr, fit Fléau. Pourquoi pas ? C’est parfait ! Cinq mille soldats ne pourraient pas venir à bout de Périlleuse.

— C’est exact, déclara Brocando. Alors, nous…

— Euh… fit Glurk.

— Oui ? s’enquit Brocando.

Apparemment, quelque chose tracassait le chef.

— J’ai cru entendre une ou deux références récentes à un « nous », commença-t-il. J’ai envie de tirer ça au clair, vous voulez bien ? Vous formalisez pas. Pour nous récompenser de vous avoir sauvé la vie, nous allons nous lancer à l’assaut d’une cité qu’aucune armée dumiie a jamais pu prendre et combattre un grand nombre de moizes ? Vous voulez que ma tribu, qui a désormais plus d’endroit où vivre, sauve votre cité pour vous, bien que ce soit une entreprise impossible ? J’ai tout compris, non ?

— Brave gaillard ! s’exclama Brocando. Je savais que nous pouvions compter sur vous ! J’ai besoin d’une demi-douzaine d’hommes avec un cœur vaillant !

— Je peux probablement vous en fournir un avec des yeux écarquillés, fit Glurk.

— Il faut lui prêter main-forte, insista Snibril. Tout le monde est trop fatigué, on ne pourra pas repartir. Et puis, que se passera-t-il si on ne l’aide pas ? Tôt ou tard, il faudra affronter ces choses. Autant que ça se passe ici.

— L’ennemi est supérieur en nombre ! dit Fléau. Et vous n’êtes pas des soldats !

— Non, approuva Glurk, nous sommes des chasseurs.

— Bien répondu, triompha Brocando.

Glurk donna un coup de coude à Snibril.

— Je me trompe, ou on vient de se porter volontaires pour une mort quasi certaine ? demanda-t-il.

— Je crois bien que c’est le cas, en effet.

— C’est incroyable, ce qu’on arrive à faire quand on est roi, dit Glurk. Si on se tire de cette histoire, je crois que je vais essayer de m’y mettre.

Vint la nuit. Un blaireau bleu qui commençait sa chasse avec un peu d’avance faillit se cogner contre la file d’envahisseurs potentiels et battit en retraite avec un dandinement précipité.

Une dispute à voix basse divisait les Fulgurognes. Certains voulaient chanter en montant à la bataille, comme l’exigeait la coutume. Brocando répétait qu’ils montaient à la bataille en secret, mais un ou deux traditionalistes endurcis revendiquaient le droit d’entonner des chansons pacifiques, ce qui, affirmaient-ils, allait complètement embrouiller l’ennemi. Finalement, Brocando eut gain de cause en jouant les rois et en menaçant de faire exécuter ceux qui étaient en désaccord avec lui. Glurk fut impressionné.

Au moment où Snibril commençait à penser que le Tapis s’étirait à l’infini dans le noir, ils atteignirent la route. Devant eux, des torches flambant le long de ses murailles, apparut la citadelle de Périlleuse.

9

Périlleuse avait été édifiée par les Vivants. Ils avaient ramené le bois rouge et le vernis luisant de pieddechaise pour paver ses rues ; des contrées de l’Aire, ils avaient rapporté par longues caravanes le jais précieux, pour construire dômes et corniches, la cendre et le charbon pour constituer des briques et du mortier ; dans la lointaine Terre de la Grand-Porte où vivent les Vortegornes, ils avaient troqué leurs objets de vernis contre du bronze martelé, des portes et des piliers de soutènement ; des attelages de percherons écumants avaient remorqué le sel et le sucre en grands cristaux blancs, pour édifier des toits et des murs. Et ils avaient fait venir des poils de couleurs variées de tous les coins du Tapis. Certains avaient été débités en planches et en poutres, mais la plupart avaient été plantés pour ceindre la ville.

Des jardins s’étalaient partout. Dans la lumière vespérale, tout semblait paisible, mais la troupe dut se plaquer au sol à deux reprises, quand des cavaliers moizes passèrent sur la route.

— Et ça se passe dans ma ville, gronda Brocando.

— Vous avez un plan, j’espère ? fit Fléau.

— Il existe une autre voie d’accès à la ville, répondit Brocando.

— Je l’ignorais.

— Ah bon ? Vous m’étonnez. Avec tout le mal que nous nous sommes donné pour construire un passage secret, voilà que nous avons oublié de prévenir l’Empereur. Faites-moi penser à lui adresser un petit message. Tournez à droite, dans le petit sentier caché, là.

— Quel sentier ?

Brocando sourit.

— Il est pas bien caché, mon sentier ?

On aurait dit une piste tracée par le passage d’animaux. Elle sinuait entre les poils. Les broussailles des poussières poussaient bien plus dru par là.

— Des plantations, expliqua Brocando.

Finalement, quand il fit presque noir, ils parvinrent à une petite clairière où se dressait un autre temple en ruine.

— Les temples ne font pas de vieux os, dans le coin, non ? jugea Snibril en considérant les poils serrés.

Çà et là, on voyait de nouvelles statues, à demi enfouies sous la poussière.

— Celui-ci a été construit de façon à paraître en ruine, expliqua Brocando. Par les Vivants. Pour le compte d’un de mes ancêtres. Celui qui est là-bas, avec le nid d’oiseau sur la tête et le bras levé… (Il hésita.) Et vous êtes un Dumii, et je vous ai conduit au lieu secret. Je devrais vous faire bander les yeux.

— Non, fit Fléau. Si vous voulez que je me batte pour vous, je ne porterai pas de bandeau.

— Vous pourriez revenir à la tête d’une armée, un jour.

— Si c’est ce que vous croyez, vous m’en voyez navré, déclara Fléau en campant sur ses positions.

— En tant que moi personnellement, ce n’est pas le cas, dit Brocando. Mais en tant que souverain, je suis obligé de l’envisager.

— Ha !

— C’est idiot, intervint Snibril. A quoi bon un bandeau ?

— C’est important, insista Brocando, boudeur.

— Il faudra que vous vous fassiez confiance, tôt ou tard. Sinon, à qui d’autre allez-vous vous fier ? Vous êtes des hommes d’honneur, non ?

— Les choses ne sont pas si simples, fit Brocando.

— Eh bien, faites en sorte qu’elles le deviennent !

Il s’aperçut qu’il avait crié. Même Glurk fut surpris.

— Bon, ce n’est pas le moment de se disputer, reprit Snibril, un peu radouci.

Brocando opina du bonnet.

— Oui. Très bien. Peut-être. Je suis sûr que c’est un homme d’honneur. Tirez le bras de Broc.

— Quoi ? demanda Fléau.

— Derrière vous. La statue. Tirez son bras, répéta Brocando.

Fléau haussa les épaules et attrapa le bras.

— C’est la première fois qu’un Dumii serre la main d’un Fulgurogne, dit-il. Je me demande où ça va nous mener…

Un crissement retentit, quelque part sous leurs pieds. Une dalle s’effaça sur le pavage du temple, démasquant un escalier.

— Au palais, répondit Brocando en souriant.

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