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Du brut pour les brutes

Электронная книга - «Du brut pour les brutes». Краткое содержание книги:

Boris Alliachev, vous connaissez ?
Espion international…
Recherché dans une tripotée de pays…
Enfin le genre de mec que tout flic normalement constitué rêve d'agrafer à son palmarès !
Figurez-vous que je l'ai précisément sous les yeux, en ce moment…
Il est assis dans un restaurant russe et il jaffe du caviar comme un qui aurait la conscience tranquille et le larfouillet bourré.
Seulement voilà qu'un pastaga démarre dans les parages : un jules, laid comme un dargif de singe, entreprend de dérouiller sa poule, une ravissante môme de vingt berges.
Mais ce n'est pas le genre de chose qu'on fait devant S. -A, pas vrai ?
Alors je sors mon uppercut des grands jours…
Et pendant la bagarre, le Boris, lui, il prend la tangente !
Vilaine affure, les gars, mais cette brute de S. -A. n'a pas dit son dernier mot !
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— Nous venons de faire une curieuse découverte à la cave.

— Si vous croyez m’apprendre quelque chose, rigolé-je. C’est même à cause de ce poste émetteur que la fusillade a éclaté.

— Je ne parle pas du poste émetteur, monsieur le commissaire, fait cet enviandé en réprimant un petit sourire supérieur.

— Vous parlez de quoi alors ?

— Du cadavre…

— Quel cadavre ?…

— Venez voir…

Je bondis.

Mes collègues ont ouvert la quatrième porte, celle que j’étais en train de bricoler quand Mathias s’est fait balancer le potage. Avec tous ces événements, je l’avais oubliée.

La quatrième pièce contient des caisses et une malle. Je ne sais pas ce qu’il y a dans les caisses, mais tout ce que je peux vous garantir, c’est que le cadavre de Boris Alliachev repose dans la malle.

CHAPITRE IX

LE JEUX DES QUESTIONS

Je dois pousser une frime du plus haut comique si je m’en réfère à celle, épanouie, de mon collègue.

— On vient de trouver ce monsieur, fait-il. Vous le connaissez ?

— Pas plus tard qu’hier nous dînions ensemble, assuré-je.

Ce qui est la vraie vérité du bon Dieu.

— De quoi est-il mort ?

— On ne sait pas encore ; il n’a aucune blessure apparente…

— Si vous le déballiez, on serait plus à son aise pour l’examiner…

Aussitôt demandé, aussitôt servi. Les poulets sortent l’espion de sa boîte et l’étalent sur le carreau.

Je remarque que la peau d’Alliachev est d’une vilaine couleur bronze. Je ne serais pas étonné d’apprendre qu’il a été empoisonné.

— Déloquez-le, je veux en avoir le cœur net ! ordonné-je.

Mes collègues dépoilent le mort et je trouve aisément ce que je cherche. Il a, à la cuisse droite, une piqûre auréolée de vert. Les tauliers de la Petite Sibérie se sont farci le client au poison. C’est une prise de congé propre et silencieuse. Décidément, je commence à y voir plus clair. Pendant qu’on me chambrait, hier soir, on s’occupait de M. Alliachev. Il n’est jamais sorti du restaurant.

Voilà pourquoi il fallait absolument m’embarquer… Il devait rester sur place, lui.

— Vous semblez tout content, remarque mon confrère, un peu déçu.

— Je le suis, dis-je. Ça me fait plus plaisir que si j’avais trouvé une boîte de peinture sans danger dans mon sabot de Noël…

— Que fait-on de ce ouistiti ?

— Direction la morgue. A moins que vous ne vouliez l’empailler pour décorer votre salle à manger…

Il rit un peu jaune, pour la forme. Moi, je refais surface et j’arrive dans les communs à l’instant précis où le personnel radine. Celui-ci se compose de deux cuistots, d’une préposée au vestiaire-téléphone et de trois serveurs, parmi lesquels mon maître d’hôtel qui ressemble à Vincent Tauriol.

— Embarquez-moi tout ce trèpe à la Grande Taule, ordonné-je, on sera plus à l’aise pour bavarder…

Ayant dit, je remonte dans mon bahut pour devancer la clientèle. Les événements vont bon train. Moi j’aime ça. Je ne suis pas un stagnant…

Qui vois-je en poussant la lourde de mon étable ? Je vous le donne en mille… En dix mille ! En autant de mille que vous voudrez ! Vous cloquez votre menteuse au greffier ?

Bérurier !

Le seul, le vrai, l’unique. Le Béru à carreaux, au bitos graisseux, à la barbouze mal fauchée, au regard anémié par le gros rouge ; Bérurier le volumineux, Bérurier le cornard, Bérurier, ce malodorant brave homme qui m’est aussi cher que ma profession.

Il se tient assis, comme en visite, une jambe allongée, l’autre repliée sous son siège, le chapeau sur le ventre, un coude sur son dossier et sa physionomie est barbouillée de confusion.

— Qu’est-ce que tu fous ici ? barris-je. Je te croyais dans le rapide de Marseille…

— J’y suis t’été, articule-t-il avec peine. Mais figure-toi que la garce m’a possédé.

— Elle ne t’a pas balancé par la portière, si ?

— Ecoute, quand j’ai z’eu mon bifton, j’sus grimpé dans le dur et je m’ai mis à sa recherche. A se trouvait dans un compartiment où qu’il n’y avait plus de place. Moi je file dans celui d’à côté et je m’installe… Le train se barre. Je me dis que je vais griller une sèche… Je passe dans le couloir et qu’aspers-je dans le wagon de la gonzesse ? Balpeau… Sa place était vide. Tout de suite je la crois aux gogues et j’attends : nib ! Dix minutes s’écoulent sans que je revoye miss Fille de l’air. Je cavale au fourgon-restaurant, pas de frangine ! Du coup, je prends les vapeurs et je me farcis tout le dur, depuis le fourgon de queue jusqu’au tender : zéro ! Comme si que cette garce s’était déguisée en courant d’air… Alors j’entre dans son compartiment et je demande à ses compagnons de voyage ce qu’elle est devenue.

« Y me disent que, juste au moment où que le train partait, un type est venu lui causer. Paraît qu’elle a cramponné sa valoche dans le filet et qu’elle est descendue comme une qu’aurait oublié de fermer le gaz. »

Le Gros allume une cigarette pour se donner le temps de respirer. Il laisse tomber l’allumette non éteinte sur le pan de sa veste qui se met à grésiller joyeusement. Il conjure le sinistre, gratte les bords noircis du trou pratiqué dans l’étoffe et attaque la péroraison.

— Heureusement, termine le Mastar, que ce rapide-là s’arrêtait à Sens. J’y suis descendu et j’ai pris un autre bolide en sens (il rigole du mot) inverse… Tu mords ?

Un silence gênant (pour lui) plane sur le burlingue comme une menace de guerre. Je foudroie mon subordonné d’un œil terrible. Il tente de m’amadouer par un sourire, se rend compte de la vanité de l’exploit, et baisse sa grosse tête pleine de calembours et de recettes culinaires.

— Béru, lui dis-je, voilà où mène l’ivrognerie.

Il se rebiffe :

— Je te jure que j’étais pas naze, San-A.

— Des années de vin rouge, ça vous sape un homme. Je crois que le moment est venu pour toi d’aller vendre du muguet ou de faire les vendanges dans l’Hérault. Quand un limier laisse filer sa proie sous son nez aussi stupidement, il a droit à sa mise en disponibilité…

Alors là, il voit rouge, le Gros rouge. Mettant sa cigarette tout allumée dans sa poche, il vitupère :

— T’as bonne mine, commissaire de mes joyeuses ! Pas plus tard qu’hier, tu t’es laissé fabriquer comme un enfant de chœur par une gonzesse qui t’a manœuvré de première… Elle a fait joujou avec ta pomme comme avec la poupée parlante du Bazar de l’Hôtel de Ville ! Faut se moucher avant d’empêcher les autres de renifler…

Nous nous défions furieusement et, comme chaque fois, ça se termine par un double éclat de rire.

— Inspecteur Bérurier, fais-je, je vous invite à plus de respect envers votre supérieur hiérarchique.

— Et moi je t’invite à aller prendre un pot pour se remonter le moral…

— Il en est bien question !

— T’as tort dans le fond, la vie est courte, philosophe le Gros qui, sans jamais avoir lu Bergson ni Einstein, sait développer des théories fondamentales.

Je le mets au parfum des événements de dernière heure et il sursoit de lui-même à ses projets alcoolisés.

— Qu’est-ce que tu comptes faire ?

— Interroger les mecs qu’on a parqués à côté… J’espère qu’ils éclaireront notre lanterne…

Je demande au planton d’introduire d’abord les cuisiniers, car j’ai l’impression que ces chevaliers de la broche ne font pas partie de la bande.

Effectivement, les deux casseroles’s brothers travaillent à la Petite Sibérie depuis quatre ou cinq ans, c’est-à-dire bien avant l’arrivée des nouveaux propriétaires. Ils ne savent rien. Ils sont russes, parlent un français rocailleux et ne comprennent pas la moitié des questions que je leur pose.

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