Concerto pour quatre mains
- Автор: Colize Paul
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Fleuve Éditions
- ISBN: 978-2265099371
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Concerto pour quatre mains». Краткое содержание книги:
Ensuite, il y a cet appel téléphonique surprenant en de pareilles circonstances. De plus, lorsqu’il se trouve derrière le comptoir, il semble plus soucieux d’observer les mouvements dans la salle que les réactions du personnel qui se trouve derrière lui.
Lorsqu’il a terminé son appel, il se dirige vers la deuxième femme en continuant de jeter de fréquents coups d’œil vers la salle, comme s’il craignait de voir surgir quelqu’un.
Enfin, lorsque celle-ci est à terre et que tous les clients se sont enfuis, il reste immobile. Il ne cherche pas à s’échapper ou à s’emparer de l’argent.
Il semble attendre.
Je repasse la scène une troisième fois.
Cette fois, je constate qu’il ne surveille pas seulement la salle, mais qu’il cherche à discerner ce qui se passe derrière la vitre qui donne sur la place de la Vaillance.
Je retourne en arrière et fais un arrêt sur image.
Je perçois la silhouette d’une voiture derrière la vitre. Elle semble stationnée devant la poste.
Je relance le défilement.
Tout à coup, elle démarre.
Quand elle a disparu, Bachir se détend. Il lâche son couteau et se dirige vers la sortie.
À la vue de ces images, les faits prennent une tout autre tournure.
Bachir n’est pas entré dans cette poste pour commettre un braquage. Il y est entré pour échapper aux hommes qui se trouvaient dans la voiture.
13
Le percnoptère d’Égypte
Au printemps de l’année 1988, Franck se rendit compte que son charme naturel, son sens de l’humour et ses beaux costumes ne suffisaient pas pour étendre son emprise sur le gotha féminin de l’ICHEC.
Malgré une stratégie rodée, les filles bien nées restaient insensibles à ses manœuvres de séduction. Belles, élégantes, cultivées, gratifiées pour la plupart d’un nom de famille précédé d’une particule nobiliaire, elles ne se laissaient pas impressionner par son allure avantageuse et ses beaux discours. La démonstration de virtuosité pianistique à laquelle il eut l’occasion de se livrer lors d’une soirée caritative ne les émoustilla pas davantage.
Plus d’une fois, il s’était vu distancer par des gamins prétentieux qui, outre leurs belles manières et leur langage ampoulé, possédaient un portefeuille bien garni et une voiture de sport allemande ou un cabriolet italien.
Son pactole dilapidé, il ne lui était plus possible de jouer au grand seigneur et de rivaliser avec ces fils à papa. Même ses conquêtes roturières manifestaient leur désapprobation à devoir se déplacer en bus ou en tram.
Son aura pâlissait. Il devait chercher le moyen de se renflouer.
La première idée qui lui vint fut de dénicher un travail le week-end, mais il abandonna cette option. Ce n’est pas en servant de l’essence, en tondant des pelouses ou en réassortissant les rayons d’une grande surface qu’il pourrait s’offrir une voiture avant l’été.
Une autre piste avait été ouverte par Alex Grozdanovic, son inséparable ami d’enfance. Ce dernier avait arrêté ses études et traînait avec une bande de petits voyous dans le quartier de la Bascule. Au vu de la situation financière de Franck, il lui avait proposé de se joindre à eux.
Franck lui avait fait part de ses réticences.
— Que veux-tu que je fasse avec ta bande de Yougos ?
— Ce sont mes compatriotes, ils sont malins.
— Qu’est-ce que vous mijotez ?
— On a quelques petits coups en vue.
Franck avait éclaté de rire.
Outre le fait qu’il n’était pas des leurs et que ces vauriens ne lui inspiraient pas confiance, il ne voulait en aucun cas être sous la coupe de qui que ce soit. Si coup à faire il y avait, il souhaitait en être le concepteur, l’organisateur et le coordinateur.
De plus, ces gamins étaient violents et il répugnait à l’idée d’avoir du sang sur les mains.
— Tu me vois braquer une épicerie ? Cambrioler un dépôt de meubles pour les refourguer dans les brocantes ? Casser des bagnoles pour revendre l’autoradio et les tapis de sol ? C’est ce genre-là, vos petits coups ? Si tu veux un conseil, laisse tomber ces petites frappes.
Alex avait haussé les épaules.
— Tu as une meilleure idée ? Je suis preneur.
Durant plusieurs jours, Franck se creusa les méninges à la recherche d’une solution.
L’idée lui vint alors qu’il regardait un documentaire en compagnie de sa sœur Louise. Il passa le reste de la nuit à analyser la faisabilité du projet et la manière de le réaliser. Au petit matin, il était convaincu que le concept était solide et facile à mettre en place.
Le soir, il convoqua Alex dans sa chambre.
Il prit un ton solennel, lui demanda de fermer la porte et de s’asseoir.
— Tu m’as dit que si j’avais une bonne idée, tu étais partant ?
— Bien sûr. Je te suivrais en enfer s’il le fallait.
Franck laissa un silence avant de poursuivre.
— Tu connais le tamarin pinché ?
Alex tiqua.
— Le tamarin pinché ? C’est une danse folklorique ?
— Je suis sérieux.
Son ami se redressa sur sa chaise.
— Je t’écoute.
— Le tamarin pinché est un singe qui vit en Colombie. Il a la taille d’un écureuil. On le reconnaît à sa crête de longs poils blanchâtres qui va de son front à sa nuque. Son dos est noir ou brun. Son ventre, ses bras et ses jambes sont blancs. Sa queue est de couleur rouge orangé avec un bout noirâtre. Il vit à l’état naturel en groupes de deux à douze individus.
Alex croisa les jambes.
— C’est passionnant. Et après ?
— Il compte parmi les primates les plus en danger. Il est menacé par le trafic d’animaux de compagnie et la déforestation.
Alex commença à comprendre où son ami voulait en venir.
Il frappa du poing dans la paume de sa main.
— Il faut faire quelque chose pour ces pauvres bêtes.
Franck acquiesça.
— Tu as raison, il faut faire quelque chose, sinon, ils vont disparaître à jamais.
— Qu’est-ce que tu proposes ?
— On va demander aux gens d’adopter symboliquement un tamarin pinché. L’adoption simple vaut cent francs. Une famille complète, mille balles.
Alex émit un sifflement admiratif.
— Rien que ça ? Qui va marcher dans cette combine ?
— Tout le monde. Quand tu auras vu la photo de ce joli petit animal, tu seras prêt à me donner ta chemise.
— Quel est ton plan ?
— Nous sommes encore scouts pour quelques mois. On va faire passer ça comme job de patrouille.
— Les chefs d’unité vont te poser des questions.
— Je répondrai que j’ai été contacté à l’ICHEC par une association de défense du tamarin pinché. Quand je leur dirai que cette association reversera trois pour cent des ventes à la caisse de la patrouille, ils ne poseront plus de questions.
— Astucieux.
L’argent recueilli dans les jobs de patrouille permettait de financer le camp d’été. Chaque scout était tenu d’en mettre sur pied. La vente de bonbons, de massepain ou l’exécution de travaux domestiques faisaient partie des plus courants. À de nombreuses reprises, Franck avait été le pourvoyeur de ce type de travaux.
— Nous deux, on s’occupera des commerces et des petites entreprises. On mettra les autres gars à la sortie des églises, sur les parkings des supermarchés et aux carrefours très fréquentés. Les plus courageux iront faire du porte-à-porte.