Le parquet ordonna l’ouverture d’une enquête et le laboratoire de la police judiciaire intervint sur les lieux.
Peu après les faits, l’un des véhicules ayant servi au braquage fut retrouvé carbonisé sur une route de Zellik, au nord-ouest de Bruxelles.
Au total, cent vingt colis avaient été dérobés, pour la plupart des diamants bruts non taillés appartenant à plusieurs diamantaires.
Lors de la conférence de presse organisée le lendemain, le porte-parole de l’AWDC, l’Antwerp World Diamond Center, déclara qu’il s’agissait de diamants bruts en provenance d’Anvers dont la valeur s’élevait à quelque cinquante millions de dollars. En outre, il se montra inquiet pour le préjudice qu’un tel hold-up était susceptible de porter à l’industrie diamantaire anversoise.
Les médias relayèrent aussitôt l’information et de nombreux experts furent appelés à s’exprimer.
Certains ne se privèrent pas de se lancer dans des extrapolations hâtives ou hasardeuses.
L’un d’eux déclara que le créneau durant lequel une cargaison est la plus vulnérable est celui où on la charge dans l’avion, c’est pourquoi les soupçons devaient se porter en priorité sur les transporteurs, même si, dans une expédition de ce type, de nombreuses personnes sont généralement impliquées, comme le propriétaire, l’acheteur ou encore la douane.
Interrogé sur l’endroit où pouvaient se trouver les pierres à l’heure actuelle, un ancien policier déclara qu’il était possible qu’elles soient toujours en Belgique où l’on trouve d’excellents tailleurs, mais qu’il était tout aussi envisageable qu’elles soient reparties vers la Chine, Israël ou la Russie, cette dernière disposant d’ateliers de taille tenus par la mafia.
Un diamantaire estima que ce genre de marchandise était difficile à écouler du fait que les diamants étaient bruts. En conséquence, ils ne pourraient être revendus qu’auprès de personnes exerçant le négoce ou la fabrication de tels minéraux.
Il étaya sa thèse au micro d’une station de radio.
— Chaque pierre a des caractéristiques précises. Elles ont été livrées à Anvers, triées puis revendues. On connaît la date de leur arrivée, les mains par lesquelles elles sont passées et où elles sont reparties. N’importe quel expert pourra détecter leur type à l’œil nu et saura si elles viennent de Namibie, du Congo ou de Russie.
Il conclut son intervention en émettant un pronostic surprenant.
— Pour des questions d’assurance, j’ai la conviction que la somme annoncée a été sous-estimée.
Dans le même temps, un journaliste de la Gazet van Antwerpen cita de source sûre que le montant était vraisemblablement six fois supérieur à celui annoncé.
Quant aux auteurs du braquage, un criminologue déclara que le modus operandi, les armes utilisées et les rares filières susceptibles d’écouler le stock faisaient penser à des truands venus de l’étranger, même si les quelques mots échangés pendant l’attaque l’avaient été en français.
Selon lui, les malfrats venaient de Russie, du Kosovo ou de Serbie.
L’un de ses alter ego estima au contraire qu’il fallait regarder du côté du grand banditisme bruxellois qui restait sur des succès retentissants. L’attaque du Grand Casino de Bruxelles en 2007 ainsi que les trois précédents hold-up réalisés sur le même aéroport en octobre 2000, au début avril 2001 et le 24 novembre 2005 n’avaient jamais été élucidés.
En tout état de cause, le panel d’experts interrogés s’accorda à considérer que ce braquage resterait vraisemblablement dans les annales criminelles comme le casse du siècle.
2
Comptez sur moi
Didier ouvre la porte et écarquille les yeux.
— C’est quoi, ce bitos ?
J’ôte mon chapeau, le lisse de la main.
— Guerra. Fabriqué à la main à Borgosesia. Cachemire et feutre. Je ne te dis pas le prix, ça te ferait mal aux gencives.
Il se tape sur les cuisses.
— Tu es superbe, on dirait Humphrey Bogart.
— Humphrey ne portait que des Borsalino.
L’idée du chapeau m’est venue quand j’avais une vingtaine d’années, pendant mes études de droit. J’avais besoin d’un document administratif pour l’université. Je suis allé au secrétariat où j’ai rempli un long formulaire et répondu à un tas de questions.