Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
– Il m’aurait bien descendu, une fois, murmura-t-il, oui, voilà le mousquet qu’il a braqué sur moi, celui-là avec la crosse ferrée. Que je le touche, que je le soulève. C’est étrange que moi qui ai tenu en main tant de lances meurtrières, c’est étrange que je tremble ainsi. Chargé? Il faut que je le sache. Oui, oui… et la poudre dans le bassinet… ce n’est pas bien. Il vaudrait mieux la vider… Attendons, il faut que je me guérisse de cela. Je vais tenir l’arme fermement tout en réfléchissant. Je suis venu lui faire rapport d’un vent favorable. Mais favorable à quoi? À la mort et à la perte… il n’est favorable que pour Moby Dick. C’est un vent favorable pour ce seul maudit poisson. Le canon même qu’il a levé sur moi! celui-là même… je le tiens en ce moment, il m’aurait tué avec l’arme même que je serre. Oui, et il tuerait volontiers tout son équipage. N’a-t-il pas dit qu’aucune tempête ne lui ferait amener les voiles? N’a-t-il pas brisé son sextant céleste? Et dans ces mers périlleuses, ne cherche-t-il pas sa route à l’estime douteuse du loch? Et dans ce typhon même, n’a-t-il pas juré qu’il ne voulait point de paratonnerres? Doit-on souffrir docilement que ce vieil homme fou entraîne tout l’équipage d’un navire à sa perte avec lui? Oui, si ce navire va à la mort, il deviendra de propos délibéré le meurtrier de plus de trente hommes, et sur mon âme je peux jurer que ce navire ira à la mort, si on laisse Achab faire ce qu’il veut. Ce crime lui serait épargné si, en cet instant, il disparaissait. Ah! il marmonne en dormant? Oui, il dort là… tout près. Il dort? Oui, mais il vit et se réveillera bientôt. Et alors, je ne pourrai m’opposer à toi, vieil homme. Tu n’écoutes ni la voix de la raison, ni les arguments, tout cela tu le méprises. Tu n’aspires qu’à voir obéis catégoriquement tes ordres catégoriques. Oui et tu dis que les hommes ont prêté ce serment qui est le tien, tu dis que nous sommes tous des Achab. Dieu m’en préserve! Mais n’y a-t-il pas d’autre moyen? Un moyen légal? Le faire prisonnier pour le ramener de force? Comment espérer arracher aux mains vivantes de ce vieillard sa vivante puissance? Seul un sot le tenterait. En admettant qu’il soit garrotté, lié de cordes et de haussières de la tête aux pieds, enchaîné aux bagues d’amarrage sur le sol même de sa cabine, il serait alors plus hideux qu’un tigre en cage. Je ne pourrais en supporter la vue, je ne pourrais fuir ses hurlements. Tout réconfort et jusqu’au sommeil et la raison sans prix me seraient ôtés pendant ce long, cet intolérable voyage. Que reste-t-il alors? La terre est à des centaines de lieues, le Japon interdit est la plus proche. Je suis seul, ici, en pleine mer, deux océans et un continent tout entier se tiennent entre la loi et moi. Oui, oui, il en est bien ainsi. Le ciel est-il meurtrier lorsque sa foudre frappe dans son sommeil un meurtrier en puissance consumant ensemble ses draps et sa chair? Et serais-je, alors, un meurtrier si… Et lentement, furtivement, il appuya le canon du mousquet contre la porte.
– Au niveau de cette arme, le hamac d’Achab se balance dans la cabine, sa tête est de ce côté. Une simple pression et Starbuck vivrait pour étreindre sa femme et son enfant. Oh! Mary! Mary! mon garçon! mon garçon! Mais si je ne t’appelle pas à la mort, vieillard, qui peut dire jusqu’à quelles profondeurs insondables sombrera le corps de Starbuck, dans une semaine aujourd’hui et avec l’équipage tout entier? Dieu grand, où es-tu? Le ferai-je? Le ferai-je? Le vent a faibli et tourné, sir, la voile de misaine et celle de grand-hunier sont établies et arisées, le navire va sa route.
– À l’arrière tous! Oh! Moby Dick, j’empoigne enfin ton cœur!
Tel fut le cri qui retentit dans le sommeil tourmenté du vieil homme comme si la voix de Starbuck avait donné la parole au long rêve muet.
Le canon, toujours levé, de l’arme trembla comme le bras d’un homme ivre contre la porte, Starbuck semblait livrer combat avec l’ange, puis se détournant il remit le mousquet dans le râtelier et s’en fut.
– Il dort trop profondément, monsieur Stubb, va, descends, réveille-le et préviens-le. J’ai affaire sur le pont. Tu sais ce qu’il y a à dire.
CHAPITRE CXXIV L’aiguille
Le lendemain matin, la mer encore inapaisée roulait d’énormes lames, lentes et lourdes qui, poursuivant le filage gargouillant du Péquod, le poussaient comme les mains grandes ouvertes d’un géant. La forte brise ne désarçonnait pas et transformait l’air et le ciel en voiles immensément gonflées, le monde entier bondissait devant le vent. Voilé dans la pleine lumière matinale, le soleil invisible révélait sa présence par sa seule intensité diffuse d’où rayonnaient les faisceaux de ses épées. Tout était couronné d’un faste babylonien. La mer était un creuset d’or fondu qui débordait, bouillonnant de lumière et de chaleur.
Achab se tenait à l’écart, longuement enfermé dans un silence enchanté; chaque fois que le navire enfonçait son beaupré dans les profondeurs, il se tournait pour regarder, à l’avant, flamboyer les rayons du soleil, et chaque fois que le vaisseau plongeait lourdement de l’arrière, il se retournait pour voir l’emplacement de l’astre dont les rayons jaunes se fondaient dans son sillage implacable.
– Ah! ah! mon bateau! On te prendrait en cet instant pour le char marin du soleil. Oh! vous, toutes les nations vers lesquelles pointe ma proue, je vous apporte le soleil! Houles lointaines attelez-vous en flèche à mon navire car je suis le maître de la mer!
Une pensée contraire arrêta soudain son monologue intérieur, il se hâta vers le timonier et lui demanda d’une voix altérée quel était le cap du navire.
– Est-sud-est, répondit le timonier effrayé.
– Tu mens! Il le frappa de son poing fermé. Le cap à l’est à cette heure du matin, et le soleil en poupe?
Tout un chacun se trouva confondu, car le phénomène que venait de constater Achab avait inexplicablement échappé à tous, peut-être parce qu’il était d’une évidence beuglante.
Introduisant à demi sa tête dans l’habitacle, Achab jeta un coup d’œil aux compas, son bras levé retomba lentement, il parut chanceler un instant. Debout derrière lui, Starbuck regardait aussi et voici que les deux compas indiquaient l’est tandis que le Péquod faisait incontestablement route vers l’ouest.
Mais avant que la première alerte ait pu se répandre follement parmi l’équipage, le vieil homme s’écria, avec un rire dur: «Je comprends! C’est déjà arrivé. Monsieur Starbuck, la foudre de la nuit passée a faussé les compas… c’est tout. Je pense que tu as déjà entendu parler de ce genre de choses?
– Oui, mais cela ne m’était jamais encore arrivé à moi répondit le second, très pâle, d’un air lugubre.
Des accidents de cette nature, il faut le dire, sont arrivés plus d’une fois à des navires pris dans de violents orages La force magnétique d’une aiguille de compas est, comme chacun sait, de même nature que l’électricité de l’air, aussi n’y a-t-il rien de très étonnant à ce que de pareils phénomènes se produisent. En certains cas, lorsque la foudre a frappé les espars et le gréement mêmes du navire, l’effet produit sur l’aiguille a été plus désastreux encore! Sa vertu magnétique étant détruite, son utilité n’était pas plus grande que celle de l’aiguille à tricoter d’une vieille femme. Mais dans tous les cas, un aimant ne retrouve jamais son pouvoir dévié ou perdu et tous ceux qui se trouveraient ailleurs à bord subissent le même sort, même celui qui est inséré au plus profond de la contre-quille.