La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]». Краткое содержание книги:
Partout, dans les différents Länder, Himmler l’idéologue, Heydrich le technicien, tissent la toile de la police secrète, au service de Hitler – et à leur service – et doublent les organismes et les fonctionnaires officiels. Bientôt dans toute l’Allemagne, sauf en Prusse, Himmler et Heydrich contrôlent la police secrète.
Et Goering choisit de s’allier à eux, Budolf Diels prend peur : il a heurté de front l’Ordre noir, le voici désavoué. Connaissant les méthodes expéditives des S.S., il s’enfuit à Karlsbad. Pourtant ce n’est pas encore la fin de la puissance policière de Goering : il lutte pied à pied. Diels peut revenir, être autorisé par décret du 9 novembre 1933 à porter l’uniforme de Standartenführer S.S., preuve qu’un accord est intervenu et que le passé est oublié.
Mais le combat sourd et souterrain se poursuit. Heydrich continue son travail de rongeur et d’organisateur. Il a l’appui du ministre de l’Intérieur du Reich Wilhelm Frick qui lutte pour que toutes les polices des Länder, les provinces allemandes, soient unifiées. Et Goering peu à peu cède du terrain, car il a besoin de Heydrich et de Himmler et de l’Ordre noir pour combattre les S.A. de Roehm, chaque jour plus remuants, chaque jour plus nombreux, défilant dans les villes en colonnes sombres, précédées de tambours et de fanfares et réclamant à grands cris la poursuite de la révolution.
Au mois d’avril 1934, Himmler atteint son but : le 10 avril, il visite en compagnie de Heydrich et de Goering le 8 de la Prinz-Albrecht-Strasse, le siège de la Gestapo. Il vient d’obtenir le contrôle de la police secrète de Prusse. Rudolf Diels a été renvoyé et nommé « Regierungspräsident » à Cologne. Quelques jours plus tard, le 20 avril, le couple Himmler-Heydrich contrôle toute la police secrète d’Allemagne et aussi les compagnies noires, les hommes implacables, les S.S.
Heydrich et Himmler se sont partagé les rôles : le Reichsführer est chef et inspecteur de la police secrète d’État (Gestapo) , Heydrich représente le Reichsführer et dirige le Geheime Staatspolizeiamt, administration de la Gestapo ou Gestapa. Heydrich demeure chef du S.D. (Sicherheitsdienst) qui devient, officiellement, le service de renseignements du Parti. Désormais, Himmler et Heydrich dirigent les forces de l’ombre qui « tiennent » le Parti et l’Allemagne. Le lendemain même de leur intronisation, la National-Zeitung dans un éditorial signé simplement des deux initiales H.O., révèle quelques-unes des intentions des deux chefs S.S. :
« La répression se fera désormais plus dure », écrit la National-Zeitung. Et pour bien indiquer que les S.A. aussi sont désormais visés, le journal poursuit : « Par ennemis de l’État il ne faut nullement entendre uniquement les agents et les agitateurs bolcheviques, par ennemis de l’État il faut entendre tous ceux qui, par la parole ou l’action, quels que soient leurs motifs, compromettent l’existence du Reich ».
Le journaliste ajoute, s’en prenant à la clémence supposée des mois qui viennent de s’écouler : « Depuis la fin de la révolution, l’ennemi politique ne court plus de risques. Dans les premières semaines, il y a eu des actions brutales : aujourd’hui, ceux qui font de l’agitation, du dénigrement, les saboteurs et les calomniateurs sont exposés tout au plus à être internés préventivement pour une durée plus ou moins longue dans un camp de concentration. Cette détention a des formes qui ne sont pas totalement effrayantes, mais cela va changer maintenant. Nous ne torturerons et ne tourmenterons personne, mais nous les fusillerons et tout d’abord les communistes. »
Sur tous les perturbateurs plane ainsi la menace du peloton d’exécution. Aux S.A. de réfléchir. Goering doit se féliciter d’avoir choisi l’alliance avec le Reichsführer S.S. A Nuremberg, face aux juges alliés avec sa morgue et son intelligence, il expliquera comment il avait réagi en cet avril 1934 à la décision du Führer de confier à Himmler et à Heydrich la direction de la Gestapo. « À cette époque, explique-t-il, je ne me suis pas expressément opposé à ce principe. Cela m’était désagréable, car je voulais diriger ma police secrète moi-même. Mais, quand le Führer me demanda d’accepter, disant que c’était la voie correcte, qu’il était nécessaire que la lutte contre les ennemis de l’État fût menée d’une manière uniforme sur toute l’étendue du Reich, je remis la police entre les mains de Himmler qui plaça Heydrich à sa tête. »
Ainsi Himmler est parvenu à ses fins et Roehm va devoir aussi compter avec ce subordonné dont la puissance est désormais secrète et immense, étendant ses rets sur toute l’Allemagne. Goering qui s’est incliné, qui sait avoir en Himmler un allié contre Roehm ne s’en méfie pas moins. Il crée rapidement une nouvelle police personnelle, nouvelle garde prétorienne, la Landespolizeigruppe, qui va prendre ses quartiers près de Berlin à Lichterfelde.
Maintenant Hermann Goering est plus tranquille. Dans son luxueux appartement du Kaiserdamm, il reçoit royalement singeant la légèreté, lui qui pèse près de 127 kilos, montrant à tous le portrait de sa femme Karin morte d’émotions et de fatigues, alors qu’il était engagé dans la bataille pour la prise du pouvoir, Karin à laquelle il voue un culte sincère et théâtral.
Hitler le récompense de ses services et le voici en plus de ses charges ministérielles, Grand Louvetier du Reich et Grand Maître des Eaux et Forêts, s’employant à protéger les animaux par des lois précises, commençant sur la propriété qu’il s’est attribuée dans la région de Schorfheide, près du lac de Wackersee, à faire édifier un immense bâtiment, rendez-vous de chasse et demeure seigneuriale, sanctuaire, mausolée puisqu’il rêve d’y transporter le corps de Karin et qu’il donne à cette « folie » le nom de Karinhall. Sur les landes où la bruyère est courbée par le vent froid, parmi les arbres à l’écorce noirâtre, il fait bâtir cette résidence baroque où il va pouvoir recevoir en mégalomane, puissant et habile, en maître du Reich. Mais celui que Schacht, le magicien des finances du Reich, dépeignait comme une personnalité dont les connaissances dans tous les domaines relevant d’un homme d’État étaient nulles » sait bien quels sont ses ennemis.
Roehm est de ceux-là, Roehm dont il faut se débarrasser, pour jouir à l’aise du pouvoir, de la fortune et des titres. Et Goering les collectionne : ne vient-il pas d’être aussi nommé général ? Ridicule, Goering ? À écouter Schacht, on le croit. « Son comportement personnel était si théâtral qu’on ne pouvait que le comparer à Néron. Une personne qui prit le thé avec sa seconde femme raconta qu’il était vêtu d’une sorte de toge romaine avec des sandales ornées de joyaux, les doigts couverts d’innombrables bagues et ruisselant de pierreries de la tête aux pieds. Son visage était maquillé et il avait du rouge à lèvres. »
Ridicule ? Mais Schacht ajoute : « J’ai décrit Hitler comme un personnage amoral, mais je ne puis considérer Goering que comme un être immoral et criminel ». Et l’un des proches parents d’Hermann Goering précise : « Son manque de scrupules l’aurait fait marcher sur des cadavres. »
Hermann Goering, Heinrich Himmler, Reinhardt Heydrich : Roehm, Ernst et les S.A. peuvent se méfier. Et c’est précisément Goering qui, durant toute la journée du vendredi 29 juin 1934, communique avec Hitler et vient encore de lui expédier par avion un message à l’hôtel Dreesen à Godesberg.