La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]
- Автор: Галло Макс
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La nuit des longs couteaux [Иллюстрации]». Краткое содержание книги:
Rapidement Hermann Goering devient le responsable de la Sturmabteilung, créée par Ernst Roehm. Ainsi pour la première fois, les routes des deux hommes se croisent. Mais Goering, ancien combattant qui fait figure de héros national, auréolé de la gloire qui touche les pilotes survivants, Goering, lié aux milieux traditionnels de l’armée et de l’aristocratie, mari d’une comtesse suédoise, riche des deniers de son épouse, Goering est une personnalité très différente de celle du capitaine des tranchées. Goering est ainsi dès le début le lien entre Hitler et la société traditionnelle, un moyen aussi pour le chef du parti nazi d’opposer une force à Roehm, de ne dépendre de personne en jouant sur les rivalités entre ces anciens officiers si opposés.
Goering va payer cher dans son corps son entrée au parti nazi et les responsabilités qu’il y assume. Lors du putsch manqué du 9 novembre 1923, quand dans les rues défilent les S.A., que le garde du corps de Hitler crie aux policiers qui forment un barrage compact : « Ne tirez pas, le général Ludendorff arrive », que les premiers coups de feu claquent sinistrement, que Hitler s’enfuit, que Ludendorff imperturbable continue d’avancer, Hermann Goering s’écroule, gravement blessé à l’aine. On le pousse dans l’encoignure d’une porte. II perd son sang. On le panse sommairement et l’on réussit à le soustraire à l’arrestation. Mais la blessure est mal soignée dans les conditions de la clandestinité, et bientôt pour calmer la douleur on lui administre des doses toujours plus fortes de morphine. Il grossit, son visage s’affaisse, le regard se voile et le svelte et autoritaire officier de 1918 n’est plus, vers 1923, qu’un morphinomane obèse, atteint de crises d’épilepsie et que l’on doit interner. Mais il se reprend, suit des cures de désintoxication, et surtout se grise d’action politique : député, mandataire des nazis dans les milieux de la grande banque et de l’industrie, dans les centres militaires, il est bientôt président du Reichstag, bientôt ministre de l’Intérieur du gouvernement prussien.
Actif, jouissant de sa puissance, il est soucieux d’assurer son pouvoir. Le pouvoir pour un homme comme lui qui ne se paie pas de mots, qui a vu naître dans les rues, par la violence, la domination nazie, ce sont d’abord des hommes à sa disposition, et d’autant plus que Roehm maintenant est le chef d’État-major des S.A.
Mais Goering est habile. Il ne faut pas heurter de face ce rival qui commande à des millions d’hommes. Alors le Reichsminister Goering louvoie : contre Roehm et pour détruire aussi les adversaires du nazisme. « Frères allemands, s’écrie-t-il à Francfort le 3 mai 1933, aucune bureaucratie ne viendra paralyser mon action. Aujourd’hui, je n’ai pas à me préoccuper de justice, ma mission est de détruire et d’exterminer... Je ne mènerai pas un tel combat avec la seule puissance de la police, cette lutte à mort, je la mènerai avec ceux qui sont là devant moi, les Chemises brunes. » Il suffit à 25 000 S.A. et à 15 000 S.S. de passer un brassard blanc sur leurs chemises brunes ou noires pour devenir des policiers, représentants officiels de l’État. Mais, en même temps, il faut réduire la puissance d’Ernst Roehm. Roehm qui parle toujours de liquider le Reaktion alors que Goering est au mieux avec les magnats de la Ruhr, les hobereaux prussiens et les officiers du Grand État-major.
Il y a aussi que dans son fief prussien Goering se heurte quotidiennement à la puissance de la Sturmabteilung. Les conseillers S.A. sont dans toutes les administrations ; les préfets de police prussiens portent l’uniforme S.A. : tous ces hommes qui détiennent l’autorité échappent au contrôle de Goering.
Alors le Reichsminister manoeuvre. Dès sa prise de pouvoir en Prusse, il a constitué sous les ordres de Rudolf Diels une police spéciale issue d’un service déjà existant (la section IA) de la préfecture de police de Berlin. Diels est un homme capable, actif. Il rassemble des techniciens du renseignement policier, criminalistes jeunes et efficaces et il crée un bureau politique de renseignement qui va devenir la police secrète d’État. Le service s’étoffe, les spécialistes affluents : ils bénéficient de toutes les libertés. Ils peuvent agir sans respecter la Constitution. Bientôt les hommes de Diels quittent l’Alexanderplatz où s’élève le bâtiment de la préfecture de police et s’installent les uns dans l’ancien immeuble du Parti communiste Karl-Liebknecht Haus, les autres au n° 8 de la Prinz-AlbrechtStrasse, tout près de la résidence de Goering. Désormais, le service de Rudolf Diels peut recevoir son appellation officielle. Elle va résonner sur le monde, pendant des années, comme un glas : Geheime Staatspolizei, GESTAPO. Son chef est Hermann Goering.
HIMMLER, HEYDRICH ET LES SS.
Goering et la Gestapo doivent immédiatement défendre leur fief : contre les S.A. dont Diels nettoie les prisons, mais aussi contre les S.S. dont le chef est un homme de l’ombre, le Reichsfuhrer S.S. Heinrich Himmler. Goering comprend vite qu’il ne peut à la fois lutter contre Roehm et contre Himmler ; il lui faut choisir. Un jour d’octobre 1933, Diels, rentrant dans son bureau à la Gestapo, surprend un S.S., Herbert Packebusch (homme de confiance du Gruppenführer S.S. Kurt Daluege) en train de fouiller dans ses papiers. Il le fait arrêter, mais le lendemain Goering ordonne après une entrevue avec Daluege sa libération. Rudolf Diels a compris : son chef a choisi l’alliance avec Himmler.
Le Reichsführer S.S. Heinrich Himmler est pourtant, théoriquement, un subordonné de Roehm. Il ne manque jamais, à chaque anniversaire, de répéter à son chef son allégeance.
« Comme soldat et ami, je te souhaite tout ce qu’on peut promettre dans l’obéissance, écrit Himmler à Roehm. C’était et c’est toujours notre plus grande fierté d’appartenir à ta suite la plus fidèle ».
Mais l’allégeance c’est aussi la garantie de la jalousie et de l’ambition.
Or, Himmler monte vite, ses S.S., aux uniformes noirs, à la tête de mort comme emblème, sont des troupes triées sur le volet. N’entre pas qui veut dans les S.S., la discipline y est stricte. Les S.S. parlent peu, ils agissent, dit-on à Berlin. Ils laissent la rue, et les fanfaronnades aux S.A. Eux, ils sont la cuirasse dure, impénétrable qui protège le parti. Chaque chef nazi a sa garde S.S. qui porte, sur la manche de son uniforme, brodé en lettres blanches, le nom du dirigeant qu’elle protège. Les miliciens noirs sont donc des soldats d’élite, des seigneurs de l’ombre dont la puissance réelle s’accroît, discrète et efficace. Ils sont les puritains du parti. C’est le Reichsführer Himmler lui-même qui les opposera aux Sections d’Assaut : « La S.A. c’est la troupe, dira-t-il, la S.S. c’est la garde. Il y a toujours eu une garde. Les Perses en ont eu une, et les Grecs, et César, et Napoléon, et le vieux Fritz. La garde de la Nouvelle Allemagne, c’est la S.S. »
De plus, Himmler, froid, réaliste, sachant le rôle de la police, ajoute à la direction des S.S. la présidence de la police politique de Bavière (Bay-PoPo). Il a trouvé un complice, un ancien officier de marine révoqué au profil d’oiseau de proie, au corps d’athlète, au visage long, au nez busqué, Reinhardt Tristan Eugen Heydrich. Ce séducteur glacé a vu sa carrière militaire brisée par une affaire de femmes. Traduit devant un jury d’honneur par l’amiral Raeder, ses déclarations, qui mettent en cause une ancienne maîtresse, sont à ce point dénuées du sens de l’honneur que le jury d’officiers de marine prononce une sanction sans équivoque : « mise à pied immédiate pour cause d’indignité ». Il ne reste plus à Heydrich qu’à entrer dans les S.A. Le 14 juin 1931, il rencontre le Reichsführer S.S. Himmler. Bientôt, le 5 octobre, Heydrich fait partie de l’État-major S.S. : il est Sturmführer chargé de mettre sur pied un service de renseignements. Heydrich va faire merveille : calculateur, précis, dissimulé, il monte le Sicherheitsdienst – S.D. – Heydrich est comme le dit Himmler « un agent de renseignement né, un cerveau qui sait démêler tous les fils et les nouer là où il faut ». Heydrich veut tout surveiller, tout contrôler, tout espionner. Son ambition est de faire du S.D. le service de renseignements tout-puissant du Parti nazi. Il va y réussir.