Le vingtième siècle: la vie électrique
- Автор: Robida Albert
- Год: 1890
- Язык: французский
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vingtième siècle: la vie électrique». Краткое содержание книги:
C'est alors que Sulfatin, ingénieur médical des plus éminents, esprit audacieux cherchant l'au delà de toutes les idées et de tous les systèmes connus, entreprit de reprendre en sous-oeuvre l'organisme prêt à s'écrouler et de rebâtir l'homme complètement à neuf.
Par traité débattu et signé, moyennant une série de primes fortement ascendantes augmentant par chaque année gagnée, il s'engagea à faire vivre son malade et à lui rendre pour le moins les apparences de la santé moyenne au bout de la troisième année. Le malade se remettait entièrement entre ses mains et s'engageait, sous peine d'un énorme dédit, à suivre complètement et intégralement le traitement institué. La Héronnière, après avoir vécu quelque temps dans une couveuse inventée par le docteur-ingénieur Sulfatin, assez semblable à celle dans laquelle on élève, pendant les premiers mois, les enfants trop précoces, commença lentement à renaître; Sulfatin lui avait donné d'abord pour gouvernante une ancienne infirmière en chef d'hôpital qui le traitait comme un enfant, l'alimentait au biberon, le promenait dans une petite voiture sous les arbres du parc Philox-Lorris et rentrait le coucher lorsque le bercement du véhicule l'avait endormi. Lorsqu'il put remuer et marcher sans trop de difficultés, Sulfatin lui fit abandonner la petite voiture et permit quelques sorties. C'était déjà un joli résultat.
LA GOUVERNANTE LE PROMENAIT DANS UN PETITE VOITURE.
«Si ce diable de Sulfatin me prolonge vingt ans, je suis absolument ruiné! gémissait parfois La Héronnière.
— Soyez tranquille, disait Sulfatin; dans cinq ou six ans, lorsque vous serez suffisamment rétabli, je vous permettrai de rentrer un peu dans les affaires, légèrement, à petites doses mesurées, et vous rattraperez les primes que vous aurez à me payer… Mais, vous savez, obéissance absolue, ou je vous abandonne en touchant le dédit, le fameux dédit!
NAISSANCE DE SULFATIN.
— Oui! oui! oui!»
Et M. La Héronnière, effrayé, subissait, sans se permettre la moindre observation, la direction de l'ingénieur médical.
M. Philox Lorris, «le grand chef», lorsqu'il organisa le Voyage de fiançailles de son fils, en donnant pour compagnons aux jeunes fiancés cet étrange docteur Sulfatin, flanqué de son malade, eut une longue conférence avec Sulfatin et lui donna de minutieuses instructions:
«En deux mots, mon ami, votre rôle vis-à-vis de ces deux fiancés est très simple! Ce qu'il me faut, c'est qu'ils reviennent brouillés ou, pour le moins, que cet étourneau de Georges perde en route ses illusions sur le compte de sa fiancée. Vous le savez, parbleu, un amoureux est un hypnotisé et un illusionné; eh bien! réveillons-le, désillusionnons-le!.. Quelques bonnes projections d'ombre sur l'objet brillant et l'étincellement cesse… Vous comprenez, n'est-ce pas? que j'ai d'autres vues pour mon fils: Mlle la sénatrice Coupard, de la Sarthe, ou la doctoresse Bardoz… Et même, ce qui arrangerait complètement les choses, si vous étiez adroit, vous l'épouseriez, vous, cette demoiselle, — je me chargerais de la dot, — ou vous la feriez épouser à La Héronnière… Il commence à être présentable, La Héronnière! Entendu, n'est-ce pas? En même temps, comme vous avez votre malade avec vous, songez aux expériences pour notre grande affaire, que tous ces tracas pour ces jeunes gens ne doivent pas nous faire oublier.
DERNIÈRES ARCHITECTURES NAVALES.-LES DONJONS FLOTTANTS
— Entendu, compris!» répondit Sulfatin.
Comme on le voit, si Philox Lorris avait eu l'air d'accorder à son fils la fiancée de son choix, il n'en avait pas moins conservé une arrière-pensée et il espérait bien, en fin de compte, que, le Voyage de fiançailles terminé de la bonne façon par un refroidissement et une rupture, le sang des Lorris, vicié par un ancêtre artiste, aurait l'occasion de se revivifier par l'alliance de son fils avec une doctoresse. Pour être bien certain d'amener une brouille entre les deux fiancés, il mettait auprès d'eux un homme sûr qui trouverait le moyen de désillusionner le jeune Lorris, de lui faire sentir les ennuis de ce mariage frivole.
ESSAIS DE RECONSTITUTION DES RACES ÉPUISÉES.
LA PLAGE DE KERNOËL.
VI
Les vagues de l'Océan battent doucement en caresse le sable étincelant et doré d'une crique étroite, bordée de belles roches, escarpées par endroits, sur lesquelles se mamelonnent des masses de verdures suspendues parfois jusqu'au-dessus des flots. Il fait beau, tout sourit aujourd'hui, le soleil brille, le murmure du flot, comme une douce et lente chanson, s'élève parmi les roches où l'écume floconne.
Au fond de la crique, près de quelques barques hissées sur la grève, se voient quelques vieilles maisons de pêcheurs, couvertes d'un chaume roux, par-dessus lesquelles, au sommet de l'escarpement rocheux, trois ou quatre menhirs, fantômes des temps lointains, dressent dans le ciel leurs têtes grises et moussues. Au loin, sur le bord d'une petite rivière capricieuse et cascadante, un gros bourg cache à demi ses maisons sous les ombrages des chênes, des aulnes et des châtaigniers que perce une belle flèche d'église, élancée et ajourée. Un calme profond règne sur la région tout entière; d'un bout de l'horizon à l'autre, aussi loin que l'oeil peut voir par-dessus les lignes de collines bleuâtres où surgissent aussi d'autres clochers çà et là, nulle trace d'usines ou d'établissements industriels, gâtant tous les coins de nature, polluant de leurs déjections infâmes les eaux des rivières, salissant tout au loin, en haut comme en bas, et jusqu'aux nuages du ciel; pas de tubes coupant le paysage d'une ligne ennuyeuse et rigide, point de ces hauts bâtiments indiquant des secteurs d'électricité, point d'embarcadères aériens, et pas la moindre circulation d'aéronefs dans l'azur.
Où sommes-nous donc? Avons-nous reculé de cent cinquante ans en arrière, ou sommes-nous dans une partie du monde si lointaine et si oubliée que le progrès n'y a pas encore pénétré?
Non pas! Nous sommes en France, sur la mer de Bretagne, dans un coin détaché des anciens départements du Morbihan et du Finistère, formant, sous le nom de Parc national d'Armorique, un territoire soumis à un régime particulier.
Bien particulier, en effet. De par une loi d'intérêt social, votée il y a une cinquantaine d'années, le Parc national a été dans toute son étendue soustrait au grand mouvement scientifique et industriel qui commençait alors à bouleverser si rapidement et à transformer radicalement la surface de la terre, les moeurs, les caractères et les besoins, les habitudes et la vie de la fourmilière humaine.
De par cette loi préservatrice qui a si sagement, au milieu de ce bouleversement universel, dans cette course haletante vers le progrès, songé à garder intact un coin du vieux monde où les hommes puissent respirer, le Parc national d'Armorique est une terre interdite à toutes les innovations de la science, barrée à l'industrie. Au poteau marquant sa frontière, le progrès s'arrête et ne passe pas; il semble que l'horloge des temps soit détraquée; à quelques lieues des villes où règne et triomphe en toute intensité notre civilisation scientifique, nous nous trouvons reportés en plein Moyen âge, au tranquille et somnolent 19e siècle.