Le vingtième siècle: la vie électrique
- Автор: Robida Albert
- Год: 1890
- Язык: французский
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vingtième siècle: la vie électrique». Краткое содержание книги:
— C'était la dame anglaise, dit vivement Mme Lacombe; et je vous prie de croire que, dans l'ascenseur qui nous a transportées à l'embarcadère, j'ai vertement relevé l'inconvenance de cette insulaire!
— Je n'en doute pas et je vous en offre tous mes remerciements.»
Philox Lorris avait tracé le plan du Voyage de fiançailles; au dessert, il remit ce programme à son fils.
«Mes chers enfants, dit-il, tout a été préparé par mes soins pour vous rendre ce voyage agréable et profitable; vous trouverez dans vos bagages tous les livres et instruments nécessaires, sextants, cartes, guides, statistiques, questionnaires, compas, éprouvettes, etc. Voici le programme, rempli, comme vous allez le voir, de vraies attractions:
«Visite des hauts fourneaux électriques, forges et laminoirs de Saint-Étienne; études et rapports sur les diverses améliorations apportées depuis une dizaine d'années, etc.
«Visite du grand réservoir central d'électricité d'Auvergne; en établir un relevé complet, plan, coupe et élévation, avec notices explicatives détaillées; étudier le système de volcans artificiels adjoint à ce grand réservoir, développer des considérations sur l'avenir des grandes exploitations de la force électrique, etc.
Bagages pour voyages de fiançailles.
«Étude, dans l'ancien bassin houiller de Flandre, des établissements de la grande Entreprise de transformation électrique du mouvement planétaire en force motrice transportable à distance et distribuable en quantités infinitésimales; établissements qui se fondèrent lors de l'épuisement des houillères et sauvèrent les industries de la région d'une ruine complète, etc… Trouver quelques applications nouvelles si possible ou quelques simplifications aux procédés, etc…
«Que dites-vous de cela? Vous ai-je préparé un voyage charmant? dit Philox Lorris en tendant cet attrayant programme avec un carnet de chèques à son fils.
Superbe!» répondit le jeune homme en mettant programme et carnet dans sa poche.
Estelle n'osa rien dire; mais, au fond du coeur, elle trouva les attractions un peu faibles. La courageuse Mme Lacombe seule hasarda quelques observations.
«Est-ce bien un Voyage de fiançailles? fit-elle; il me semblait qu'une bonne petite excursion au Parc européen d'Italie, à Gênes, Venezia la Bella, Rome, Naples, Sorrente, Palerme, en poussant, de ville d'eaux en ville d'eaux, jusqu'à Constantinople, par Tunis, le Caire, etc., eût mieux fait l'affaire.
On est fatigué de voir cela par Télé, répondit le grand Philox, tandis qu'on revient, d'un bon voyage d'études, bourré d'idées nouvelles…
«Tenez, demandez à Mme Lorris; nous avons fait notre voyage de noces dans les centres industriels d'Amérique, allant d'usine en usine; je suis sûr, bien qu'elle n'ait pas adopté la carrière scientifique et n'ait pas voulu s'associer à mes travaux, que Mme Lorris n'en a pas moins rapporté de Chicago les meilleurs souvenirs…»
Le déjeuner ne traîna pas, M. Philox Lorris étant pressé de retourner à son laboratoire. Il ne monta même pas à l'embarcadère pour assister au départ des fiancés et se contenta de remettre à son fils un cliché phonographique.
«Tiens, voici mes souhaits de bon voyage, mes effusions paternelles et mes dernières recommandations; je les ai préparées en me débarbouillant ce matin; au revoir!»
Les fiancés ne partaient pas seuls. Les compagnons exigés par les convenances étaient le secrétaire général particulier de Philox Lorris, M. Sulfatin, et un grand industriel, M. Adrien La Héronnière, autrefois associé aux grandes entreprises de Philox, actuellement retiré des affaires pour cause de santé.
Pendant que les voyageurs s'installent dans l'aéronef, il convient de présenter ces deux personnages. Le secrétaire Sulfatin est un grand, fort et solide gaillard, marquant environ trente-cinq ou trente-six ans, large d'épaules, bâti carrément, un peu rugueux de manières et de physionomie inélégante, mais extrêmement intelligente, avec des yeux extraordinaires, vifs, perçants, d'un éclat de lumière électrique. Ce nom de Sulfatin peut sembler bizarre, mais on ne lui en connaît pas d'autre.
Il y a une mystérieuse légende sur le secrétaire général de Philox Lorris. D'après ces on dit, acceptés pour vérités dans le monde savant, Sulfatin n'a ni père ni mère, sans être orphelin pour cela, car il n'en a jamais eu, jamais!.. Sulfatin n'est pas né dans les conditions normales-actuelles du moins-de l'humanité; Sulfatin, en un mot, est une création; un laboratoire de chimie a entendu ses premiers vagissements, un bocal a été son berceau! Il est né, il y a une quarantaine d'années, des combinaisons chimiques d'un docteur fantastique, au cerveau enflammé par des idées étranges, parfois géniales, mort fou, après avoir épuisé sa fortune et son cerveau en recherches sur les grands problèmes de la nature. De toutes les découvertes de l'immense génie sombré si malheureusement dans l'aliénation mentale avant d'avoir pu conduire à bonne fin ses recherches et ses miraculeuses expériences, il ne reste que la résurrection d'une ammonite comestible disparue depuis l'époque tertiaire, et cultivée maintenant sur nos côtes par grands bancs, qui font une sérieuse concurrence aux établissements ostréicoles de Cancale et d'Arcachon; un essai d'ichtyosaure, qui n'a vécu que six semaines, et dont le squelette est conservé au Muséum, et enfin Sulfatin, échantillon produit artificiellement de l'homme naturel, primordial, exempt des déformations intellectuelles amenées au cours d'une longue suite de générations.
UNE LIBRAIRIE PHONOGRAPHIQUE.
Le Voyage de Fiançailles Héliog. & Imp. Lemercier, Paris.
L'HOTEL DE PHILOX LORRIS.
Le docteur ayant emporté son secret dans la tombe, personne ne sait au juste ce qu'il y a de vrai dans la mystérieuse origine attribuée à Sulfatin. En tout cas, les observateurs qui l'ont suivi depuis son enfance n'ont jamais pu découvrir en lui aucune trace de ces penchants, de ces idées préconçues, de ces préférences d'instinct que nous apportons en venant au monde, que nous tenons d'ancêtres lointains et qui germent dans notre cerveau et se développent d'eux-mêmes. L'esprit de Sulfatin, cerveau neuf, terrain absolument vierge, se développait régulièrement et logiquement, suivant ses observations personnelles. Extrêmement intelligent, manifestant une véritable fringale, pour ainsi dire, d'étude et de science, Sulfatin, ayant toujours vécu dans un milieu scientifique, devint peu à peu un ingénieur médical de premier ordre. Et, si l'esprit progressait sans cesse, le corps aussi se développait admirablement, défiant toute attaque des microbes innombrables et de toute nature parmi lesquels nous sommes condamnés à évoluer. Cet organisme tout neuf, sans aucune tare ni défectuosité physiologique atavique, ne donnait à peu près aucune prise aux maladies qui nous guettent tous et trouvent, hélas! trop souvent le terrain préparé.
L'autre compagnon de voyage, M. Adrien La Héronnière, n'est pas taillé sur le modèle de Sulfatin, le pauvre hère! Regardez cet homme chétif et maigre, long plutôt que grand, aux yeux caves abrités sous un lorgnon, aux joues creuses sous un front immense, au crâne rond et lisse semblable à un oeuf d'autruche posé dans une espèce de coton rare et filandreux, tout ce qui reste de la chevelure, relié par quelques mèches à une barbe rare et blanche. Cette tête bizarre tremble et oscille constamment dans le faux-col qui soutient le menton, elle se relie à un corps lamentable et macabre, ayant l'apparence d'un squelette habillé dont on s'étonne de ne pas entendre claquer et cliqueter les os au moindre souffle.