Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
XVIII
Nouveau procédé pour exploiter les houillères. – Mines à la poudre et mines à la chaux vive. – Incomparables avantages de ces dernières. – Circonstances accidentelles ayant produit un phénomène analogue sur les bords du Zambèze. – Terrible effondrement. – La fin de quatre misérables. – Les Batokas vivront. – Épilogue.
L’exploitation des houillères nécessite fréquemment l’emploi de fourneaux de mines dont l’explosion disloque et désagrège d’énormes blocs de charbon de terre qui, en raison de leur volume, résisteraient au pic de l’ouvrier.
L’usage de la poudre qui, pendant longtemps, fut, par excellence, l’agent explosif, offre de nombreux dangers, surtout au fond des charbonnages qui atteignent parfois des profondeurs considérables.
Il est en effet impossible d’arriver à régulariser cette force brutale, de façon à obtenir des résultats à peu près constants en dépit de l’expérience et des précautions les plus minutieuses.
Deux coups de mine creusés, chargés et enflammés d’une façon absolument identiques, produiront des effets les plus divers et les plus inattendus. L’un effondrera un banc tout entier, lézardera des galeries et compromettra la sécurité des ouvriers, quand l’autre ne produira qu’une fumée suffocante et un tapage d’enfer. L’un et l’autre pourront, en outre, mettre en liberté et enflammer une notable quantité de grisou, et amener la catastrophe si redoutée du laborieux personnel des houillères.
De nombreux essais avaient été tentés en vue de remplacer par d’autres corps détonants cette substance si capricieuse, mais en vain. Les découvertes elles-mêmes de la chimie contemporaine avaient été inutiles, jusqu’au jour où un modeste artisan, servi par le hasard, et hâtons-nous de le dire, par son esprit observateur, donna une solution à cette question si essentielle.[55]
Voici en quoi consiste cette invention qui, bien que mise en pratique depuis deux ans à peine, donne d’excellents résultats dans certains charbonnages.
Son principe repose sur la propriété que possède la chaux vive d’augmenter considérablement de volume et avec une force d’expansion très intense, quand on la met en contact avec de l’eau. On a donc pensé à utiliser ces propriétés pour substituer l’emploi de la chaux à celui de la poudre. Les trous de mine sont percés avec le fleuret dans la couche de charbon, à la profondeur de un mètre, au diamètre de sept ou huit centimètres, et espacés les uns des autres d’environ un mètre et demi. Puis on les charge avec des cartouches de chaux.
Celles-ci ne sont que des étuis de papier mince ou d’étoffe claire, remplis de chaux vive en poudre. Le long de ces cartouches que l’on bourre très légèrement, se trouve une rainure dans laquelle se loge un tube en fer muni d’un robinet.
Les mines une fois chargées, les ouvriers y injectent de l’eau au moyen d’une petite pompe à bras, puis ferment ce robinet quand la quantité d’eau est reconnue suffisante. La chaux entre aussitôt en effervescence, se gonfle, presse de tous côtés sur la substance qui l’emprisonne, la disloque peu à peu, sans secousses, et c’est là l’essentiel, de façon que, au bout de quelques minutes, le bloc circonscrit par ces trous, se détache sans explosion, sans fumée, et surtout sans risque d’enflammer le grisou.
On comprend, sans qu’il soit besoin de plus longues explications, les incomparables avantages de ce système, qui enlève à cette pénible exploitation des houillères, une partie de ses périls.
Le lecteur se demandera, nous n’en doutons pas, pourquoi cette petite incursion dans le domaine industriel, alors que nous avons laissé, sur la rive droite du Zambèze, nos héros dans une situation des plus dangereuses.
Parce que, répondrons-nous, c’est le procédé le plus simple pour revenir directement près d’eux, et expliquer avec toute la clarté désirable, les causes et les effets probables du phénomène qui les met en péril.
On n’a pas oublié les configurations des lieux où va se passer le dernier acte de ce drame terrible. Au bord du Zambèze, en aval des chutes, se trouve un banc de houille affleurant le sol à sa partie supérieure, et pénétrant dans l’intérieur de la terre à une profondeur indéterminée. Au centre de ce banc de houille, la grotte naturelle dont Sam Smith a fait son entrepôt, et dans laquelle les hasards de son existence aventureuse l’ont mis en face du Révérend qui, de son côté, est venu s’y échouer après d’émouvantes péripéties.
On se souvient aussi de la présence de cette ligne blanche, formée d’un calcaire grossier, qui, sur une largeur de trois ou quatre mètres, et une longueur de plusieurs centaines de mètres, est emprisonnée dans l’épaisseur de la veine de charbon qu’elle coupe du haut en bas.
On se rappelle enfin ce coup de grisou, provoqué par le Révérend, l’incendie violent qui en fut la conséquence, sa propagation rapide à travers les couches de charbon de terre, grâce à l’énergique courant d’air établi entre les deux ouvertures de la grotte, et l’épouvante des Batokos à la vue de la fumée résultant de cette combustion.
La réunion de ces trois facteurs différents : charbon, calcaire et feu, va dans un moment, grâce à l’adjonction d’un quatrième facteur, la pluie d’orage, donner lieu à un phénomène analogue à celui que produit dans les charbonnières européennes l’usage des mines chargées à la chaux.
Mais, dans quelles formidables proportions !
La première conséquence de l’incendie qui brûla pendant une demi-journée au moins, fut de transformer en un four à chaux naturel la grotte de charbon de terre. La flamme, d’une violence inouïe, calcina tout le banc de calcaire mêlé à la houille, et qui se trouvait être du carbonate de chaux. Elle le décomposa, lui enleva son acide carbonique, et le transforma en protoxyde de calcium, qui est la chaux employée dans les constructions, la même dont les propriétés ont été utilisées par les ingénieurs des houillères européennes.
Voici donc une mine énorme organisée naturellement grâce à cette transformation chimique du calcaire en chaux, et par la position que cette chaux occupe relativement aux matières sur lesquelles doit porter son action.
Qu’une cause accidentelle mette en présence de cette substance une certaine quantité d’eau dont elle est si avide, et le phénomène se produira.
C’est ce qui arriva. La pluie succédant à l’orage avec une incomparable intensité, satura en un moment cette ligne immense de chaux vive qui se gonfla dans toute son étendue, pesa naturellement avec une force irrésistible sur la masse qui l’emprisonnait et la chassa dans la direction de l’abîme.
Le décollement de ce bloc énorme, contenant la grotte de Sam Smith et l’hypogée séculaire des anciens rois cafres avec leur trésor, s’opéra d’abord lentement, et avec ces oscillations accompagnées de craquements qui effrayèrent les Européens spectateurs de cette scène étrange.
Le bushranger, ignorant naturellement le péril qui le menaçait, n’était pas demeuré inactif, depuis le moment où il avait fait la découverte stupéfiante de ce merveilleux trésor. Voulant à tout prix et le plus tôt possible s’arracher de cette obscure prison qui lui pesait d’autant plus que ses vœux étaient accomplis, il résolut de faire sauter la portion de voûte s’opposant à sa sortie. Il bourra de poudre la moitié d’une anfractuosité profonde, appliqua une mèche à ce pétard, y mit le feu et se retira en attendant l’explosion.
Celle-ci se produisit, comme on l’a vu, quelques secondes à peine avant le moment où commença l’effondrement général.
55
On attribue cette découverte à M. Paget-Maseley. Mais, nous croyons pouvoir affirmer que l’honorable ingénieur en fit seulement le premier l’application dans les mines de Belgique et d’Angleterre. L. B.