Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
«Quoi qu’il puisse arriver du côté de Michel, de Blanche, de Maurice, d’Edmée, je les connais tous et je les aime, ne bougez pas. Je suis là, je veille, je réponds de tout, sauf du mouvement imprudent qui livrerait un de vos membres aux dents de la mécanique. Ne vous inquiétez pas de Michel surtout. C’est un lion, celui-là. Il a fallu l’enchaîner et le museler.
«Vous me verrez cette nuit…»
La baronne Schwartz s’arrêta parce qu’une discussion bruyante avait eu lieu dans son antichambre. La porte s’ouvrit et Michel entra, le visage rougi par une course forcée, et les cheveux baignés de sueur.
– Je savais bien que je trouverais tout le monde ici! s’écria-t-il. On ne voulait pas me laisser passer, mais rien ne me résiste aujourd’hui… te voilà installé toi, fiancé!
Il adressa un signe de tête souriant à Maurice, baisa la main de sa mère et toucha de ses lèvres le front d’Edmée.
La baronne ne peut retenir un sourire, tant cela ressemblait à une famille.
– Blanche ne nous manquera plus demain! pensa-t-elle tout haut.
– Je vous dérange? reprit Michel. Je ne suis pas de vos secrets. Je vais vous dire les miens: je sors de prison.
– De prison! répétèrent la baronne et Edmée.
– Sainte-Pélagie, où j’avais été inséré de très bonne heure par les soins de ce bon M. Bruneau et de sa digne associée, Mme la comtesse Corona. Que leur ai-je fait à ces deux-là, le savez-vous, ma mère?
– Non, répondit la baronne; je l’ignore.
Elle rêvait, et je ne sais quelle frayeur la prenait.
Sans avoir aucune idée de ce qui allait se passer, elle prévoyait une violente catastrophe, et André, en parlant de Michel, le voulait enchaîné et muselé. André qui menait tout, André, le destin de cette heure suprême.
– Il fait bon à avoir des amis, poursuivit Michel. Le temps d’écrire un mot à Lecoq et de recevoir la réponse, ma lettre de change était soldée. Et fouette, cocher! Savez-vous ce que j’apprends chez moi? La cassette enlevée! Entre parenthèses, si elle contenait des bijoux ou des valeurs, vous pouvez être tranquille, ma mère, le brigand n’aura pas eu le temps d’en faire usage.
– Quel brigand? demanda la baronne de plus en plus inquiète.
– Vous allez voir; j’ai mon idée depuis longtemps. L’escalier a été redescendu quatre à quatre, et j’ai voulu en avoir le cœur net… Une occasion, vraiment! les gens de police étaient en bas, donnant le signalement d’un quidam qui était mon homme, et s’informant…
– Je t’en prie, de qui parles-tu? murmura Mme Schwartz. Et Edmée, avec autorité:
– Dites le nom, Michel!
– Le nom? voilà que je l’oublie, le nom! mais c’est un des noms que prend ce Bruneau, quand il fait un mauvais coup…
– Et pourquoi le cherchait-on? demanda Maurice.
– Pas pour le prix de vertu, mon beau-frère. Je trouverai le nom. En tout cas, j’ai mis les chiens sur la piste, la maison a été cernée, et le commissaire, nouant son écharpe, a monté les escaliers de ce Bruneau… Qu’est-ce que vous avez donc?
Autour de lui régnait un grand silence, et tout le monde était pâle.
– Je cherche ce diable de nom, reprit-il; attendez… Maynotte, parbleu! André Maynotte!
La baronne se leva toute droite, et Michel recula devant son regard épouvanté. En ce moment, Mme Sicard, heureuse de faire du zèle, entra tout effarée.
– M. le baron! s’écria-t-elle. M. le baron qui veut venir dans la chambre de Madame!
– Faites entrer, dit Julie machinalement.
M. le baron Schwartz parut presque aussitôt derrière la camériste. Ces trois dernières journées l’avaient beaucoup changé et vieilli, mais il affectait un grand calme.
– Nouvelles! dit-il en promenant un regard morne, mais sourdement inquiet, sur les quatre personnes qui étaient là. Singulières! Enterrement superbe. Comtesse Corona assassinée cette nuit.
– La comtesse Corona! assassinée! répéta la baronne, comme si sa cervelle ébranlée avait peine à saisir le sens des mots.
– Jolie femme! malheureux, dit M. Schwartz.
Il ajouta, avec une évidente intention de porter coup, et sans ellipse, cette fois:
– M. le Préfet a été charmant pour nous. Il viendra ce soir.
Et à l’oreille de sa femme:
– Nous cédons à une panique. Je suis plus fort que jamais!
– Et pour la comtesse Corona, commença Julie, sait-on?…
– Habits Noirs, interrompit le banquier, reprenant sa sténologie. Maison cernée, rue Sainte-Elisabeth.
– Du côté de la rue Saint-Martin? demanda Michel vivement.
– Juste, répondit M. Schwartz qui pirouetta et se dirigea vers la porte. Un nommé Bruneau.
– Ce serait ce coquin! s’écria Michel en suivant, malgré lui, le banquier.
Edmée et Maurice avaient saisi les mains de la baronne qui défaillit. Michel dit encore:
– Le hasard a voulu… J’ai donné aux agents des indications…
– Bonnes! fit M. Schwartz, passant le seuil sans se retourner; traquenard organisé. Pas un chat sorti des deux maisons qui se touchent, sauf cette créature, Trois-Pattes, M. Mathieu.
Michel revint vers sa mère et la vit, qui chancelait entre les bras de Maurice et d’Edmée. Comme il s’approchait, elle le repoussa de la main avec une sorte d’horreur.
– André Maynotte est ton père! balbutia-t-elle en fermant les yeux.
Michel resta un instant foudroyé; puis, sans mot dire, il s’élança dehors. Il allait par les rues, courant comme un furieux et ne sachant par quel extravagant moyen il essayerait de rompre la ligne des assiégeants qui entourait son père, lorsqu’à la hauteur de la porte Saint-Martin, il s’entendit appeler par son nom.
Trois-Pattes passait dans son panier, traîné par un chien de boucher. Il semblait être en belle humeur. Sa figure, immobile comme un masque, avait presque un sourire dans le fourré de poils hérissés qui l’encadrait.
– Je viens de chez vous, monsieur Michel, dit-il, pour vous donner des nouvelles du voisin Bruneau. Si on s’inquiète de lui quelque part, allez-y et dites que tous les rendez-vous tiennent pour ce soir. Dites aussi que la cassette est en bonnes mains, la cassette que vous n’aviez pas su garder. Je vous salue, jeune homme; en prison, vous regardez à vos pieds en vous promenant: il y a des trappes!
VII On joue la poule
La reine Lampion était une belle femme: Sophie Piston, amante de Piquepuce, et la sensible Sapajou, dame des pensées de Cocotte avaient de doux charmes et buvaient l’absinthe comme des anges du ciel; il y avait encore Riquette, qui levait le pied proprement; Caporal, qui fumait mieux qu’un poêle, et Rebecca, toujours enceinte des paquets qu’elle volait dans les magasins de nouveautés: c’étaient de chères filles qui avaient à la fois la beauté, présent des dieux, et le talent, qui s’acquiert par l’étude. Mais Mazagran éclipsait toutes ses rivales.
Mazagran avait la vogue. Elle était chauve par suite de maladie, mais il lui restait plusieurs dents, et quand une violente couche de rouge enluminait sa joue tannée, elle vous retournait le cœur comme un gant. Telle fut l’enchanteresse qui tendit ses lacs amoureux dans les sentiers de l’ardent Similor.