Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
«Je vous ai résumé le contenu de ces lettres qui sont en ce moment peut-être au pouvoir de notre ennemi mortel. Chacun de vous deux, ce matin, m’a apporté sa mauvaise nouvelle, comme si toutes les heures de tous les jours devaient grossir le faisceau des menaces qui barrent ma route: Maurice m’a appris l’enlèvement de la cassette, Edmée le vol du brassard. Les deux coups partent de la même main. Tout ce que j’ai fait depuis dix-sept ans est inutile. La loi est à ma porte, comme au lendemain du jour où, pour la première fois, le malheur nous frappa.
«Mais les choses ont bien changé, mes enfants; je n’ai plus peur. S’il y a encore du froid dans mes veines, c’est à la pensée de ma fille. Pour ce qui est de moi, je suis résignée, et je suis prête…
Le cœur d’Edmée parlait dans ses beaux yeux mouillés de larmes. Elle prit la main de la baronne et l’effleura de ses lèvres. Maurice dit:
– Mon père s’est trompé comme tant d’autres au début de cette infernale affaire. Mon père est un homme intègre et bon. Si j’allais vers mon père…
Le regard triste et résolu de la baronne l’arrêta.
– Il ne nous est même pas permis de nous défendre, prononça-t-elle avec lenteur. Vous pouvez tout pour l’avenir de ma fille qui va vous être confié, Maurice; pour moi, vous ne pouvez rien, personne ne peut rien, sinon celui qui a droit de choisir un flambeau pour éclairer cette nuit; celui qui a souffert plus que nous, pour nous; celui que j’ai pleuré avec des larmes de sang, et dont la résurrection m’apporte une joie empoisonnée, car entre nous deux il y a un abîme.
– Il vit? murmura Edmée.
Maurice avait déjà ressuscité celui-là dans le drame. Le drame le poursuivait, grandi à la taille d’une prophétie. La main pâle de la baronne pressa son front qui brûlait.
– Je le sentais autour de moi, dit-elle. Bien souvent, je réprimais l’élan de mon cœur comme on écarte une superstition, qu’elle soit espoir ou crainte. Mais j’avais beau faire: le pressentiment était le plus fort; il devenait certitude et il me semblait que ce fantôme bien-aimé, ignorant le châtiment de ma vie et le fond de mon cœur, s’appelait désormais la vengeance.
«Je ne me trompais pas: j’ai été un instant condamnée par sa justice.
«J’en ai fini avec le passé, mes enfants; reste le présent. Encore une fois, vous avez le droit de tout savoir.
La baronne tira de son sein une lettre qui semblait froissée et humide. Elle dit avec un triste sourire, faisant allusion à cette apparence de vétusté:
– Elle est d’aujourd’hui pourtant! Elle est de mon mari, reprit-elle en affermissant sa voix par un effort de celui qui reste mon mari devant Dieu. Vous êtes bien jeunes tous deux, mais vous mesurerez plus tard dans toute son étendue le sacrifice de la pauvre femme qui a éclairé pour vous, sans rien réserver, sans rien cacher, l’abîme de sa honte et de son malheur.
Edmée et Maurice se levèrent d’un commun mouvement, et tous les trois restèrent un instant embrassés.
– André Maynotte, poursuivit la baronne en un sanglot, était à dix pas de moi, dans l’église Saint-Roch, quand je donnai cette main, qui ne m’appartenait pas, à M. le baron Schwartz. Il quitta la France, pour ne pas me perdre, après avoir fait une longue maladie. Une main qui jamais n’eut pitié était sur lui. L’arme qui déjà l’avait poignardé redoubla son coup. Il fut condamné à être pendu, pour vol, à Londres.
«Pour vol, deux fois condamné pour vol! Lui, l’honneur incarné! Il s’évada des prisons de Londres, comme il avait brisé sa chaîne à Caen, car, vis-à-vis des démons qui le poursuivent, il y a comme une timide Providence qui arrête la torture au moment où elle va devenir mortelle. Ces lignes, à demi effacées par mes larmes, racontent quinze années de sa vie. Et c’est un cruel miracle ce qu’on peut souffrir sans mourir.
«André vivait pour son fils. Moi, il ne m’aimait plus. Et comment m’eût-il aimée! Il vivait aussi pour se venger. Il est Corse. Il s’était glissé dans le camp ennemi. Deux condamnations, l’une à vingt ans de travaux forcés, l’autre à mort lui donnaient un horrible droit. À ces profondeurs, il y a des lois faites pour combattre la loi. Je vous ai dit ce que sont les Habits Noirs; les maîtres du premier degré eux-mêmes ne pouvaient plus rien contre André, sacré par l’apparence de son double crime.
«Ils pouvaient seulement le tromper; ils le firent, égarant sa volonté vengeresse en dirigeant ses colères contre un innocent, innocent, du moins, au point de vue du crime qui fut notre malheur commun, mon Edmée chérie. Pendant des années, André crut que M. le baron Schwartz était l’auteur du vol commis à Caen, au préjudice de votre infortuné père dans la nuit du 14 juin 1825.
«Il y avait d’étranges témoignages à l’appui de cette erreur. Et dès le temps où André était prisonnier à Caen, il m’écrivait, rappelant la venue de ce Schwartz, pauvre et sans ressources, dans notre magasin, rappelant ce hasard qui le plaça dans la même diligence que moi quand je m’enfuis à Paris, rappelant les paroles du cabaretier Lambert, complice du voclass="underline" «L’Habit-Noir a fait d’une pierre deux coups; il en tenait pour la petite marchande de ferrailles!»
«Et André me retrouvait, mariée à ce mendiant d’autrefois, qui maniait maintenant des centaines de mille francs, et qui avait supprimé le message à lui confié dans l’île de Jersey!
«Ce qui a sauvé le baron Schwartz, c’est une autre erreur; André a cru que je l’aimais.
«Et André est le plus grand cœur qui soit au monde!
«Il était jugé; il s’était fait juge. Il n’agit pas comme ceux qui l’avaient condamné, lui qui n’avait pourtant ni le frein de la loi, ni la lumière des débats, ni les témoignages rendus sous la foi du serment. Il avait le temps de s’éclairer. Sa vie s’était donnée à cette œuvre. Il attendit, il chercha, il trouva.
La baronne déplia la lettre et l’ouvrit, sautant les deux premières pages, chargées d’une écriture fine et serrée.
– Tout ceci est là-dedans, dit-elle, portant le papier à ses lèvres d’un geste involontaire et presque religieux. Le reste doit vous être lu, parce qu’il contient notre ligne de conduite.»… L’homme qui me vendit le brassard est mort: celui qui se servit du brassard existe. Vous le connaissez, Julie, depuis plus longtemps que moi, car il fut cause de notre départ de Corse. J’ai la main sur lui, comme il eut si longtemps la main sur moi. Dans vingt-quatre heures, l’association des Habits Noirs sera brisée. Je sais tout. Dieu m’a permis de lire dans votre cœur comme en un livre. Le passé ne peut pas renaître, et cependant j’ai eu bien de la joie à l’heure où mon regard a pu plonger jusqu’au fond de votre pensée. Vous avez dit vrai; sur l’échafaud, vous m’eussiez suivi… Mais la vie avec la honte est un plus rude supplice.
«Je n’ai rien à vous pardonner. Je donnerais pour vous plus que mon sang.
«M. Schwartz, sans être coupable dans les mesures de mes premiers soupçons, a mérité un châtiment. Il sera puni dans la juste mesure de son péché: rien de plus, il est père d’une douce enfant dont vous êtes la mère. Les choses sont prévues et réglées autour de vous, indépendamment de vous; n’oubliez pas cela. Ceux qui s’approchent imprudemment de certains rouages, mis en mouvement par la vapeur, peuvent être entraînés et broyés. Vous êtes, pour quelques heures, entourée de mystérieux engrenages, mus par une puissance plus violente que la vapeur. Ne bougez pas, c’est un conseil et c’est un ordre.