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Le soleil des rebelles

Электронная книга - «Le soleil des rebelles». Краткое содержание книги:

Le nouveau Luca di Fulvio !
Le jeune prince Marcus est encore un enfant lorsqu'il assiste impuissant au massacre de toute sa famille.
Seul rescapé de cette boucherie ennemi héréditaire de la famille de Marcus qui va s'asseoir sur le trône, Marcus ne doit son salut qu'à la jeune Héloïse, fille d'Agnès, la lavandière du village qui l'accueillera sous son toit pour l'élever comme s'il était son fils.
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Agnete l’étreignit avec force. « Dieu soit loué, dit-elle en l’étouffant presque par sa fougue. J’ai cru vous perdre tous les deux, aujourd’hui. » Elle s’écarta de sa fille, elle-même incrédule, et essuya ses larmes avec tendresse.

« Il est vivant…, répéta Eloisa, un léger sourire montant à ses lèvres.

— Vous êtes vivants », acquiesça Agnete. Elle sourit, heureuse. « Vous êtes vivants tous les deux. »

Dans ce moment de joie, tout à coup, Eloisa se rendit compte que tout aurait pu se passer différemment. « J’ai essayé de me tuer… murmura-t-elle, effrayée. J’ai pris le poison de la princesse… le flacon… qui était… »

Agnete écarquilla les yeux. Soudain, elle éclata de rire.

« Qu’est-ce qu’il y a, mère ? demanda Eloisa, ahurie.

— Le poison… je l’ai… » Agnete voulait parler mais le rire l’en empêchait. « Le poison… » Rouge à force de rire, Agnete se tapa sur les cuisses.

« Mère ! »

Agnete dut reprendre sa respiration. « Le poison, je m’en suis servie pour chercher l’antidote, dit-elle enfin. Dans le flacon c’était… » Elle éclata de rire à nouveau. « C’était du laxatif ! » Et elle ne pouvait plus s’arrêter de rire.

Eloisa comprit qu’elle riait en réaction à la peur de ce qui aurait pu arriver.

En soignant ses blessures, Agnete lui raconta l’exécution de l’imposteur, sensé avoir empoisonné la princesse. Et que Mikael s’était battu comme un lion.

« Mais comment il a fait pour… ? », l’interrompit Eloisa.

Agnete s’assombrit et dit avec sérieux : « Il s’est passé quelque chose d’incroyable. Ahlwin est mort. Et aussi sa femme, et la veuve de Cvetko et une jeune fille dont je ne connais pas le nom, la fille d’un bûcheron. Même la vieille Astrid est à moitié morte. » Un profond respect se lisait dans son regard. « Pendant que Mikael s’échappait, Ahlwin s’est jeté sur les soldats et il est mort en combattant… Pauvre homme, il voulait mourir depuis si longtemps, ajouta-t-elle avec une profonde tristesse. Mais c’est quand les soldats sont montés à cheval pour se lancer à la poursuite de Mikael que le plus incroyable est arrivé. » Les yeux d’Agnete s’emplirent d’émotion. « La première, c’était la vieille Astrid… Tu te souviens ? Ce qu’elle disait quand il était arrivé dans la vallée ? Qu’il ne tiendrait pas une semaine… Là, elle s’est mise devant les chevaux, les bras grands ouverts. Petite comme elle était… on aurait dit un colosse. Un cheval a pris peur et désarçonné son cavalier, mais le suivant l’a renversée. Elle est dans un triste état. Alors toutes les femmes, comme si elles s’étaient concertées, ont formé un mur de leurs corps… Ce fut terrible… et magnifique. » Agnete pleurait. « C’est elles qui ont sauvé Mikael. Elles ont été plus courageuses que les hommes. La veuve de Cvetko, la femme d’Ahlwin et sa jeune fille sont mortes piétinées par les sabots des chevaux. Certaines ont des fractures aux bras ou aux jambes, la tête enfoncée, les côtes… » Agnete cacha son visage dans ses mains et sanglota. Elle répéta d’une voix inaudible : « C’était magnifique…

— Il est vivant », ne cessait de dire Eloisa, serrant sa mère entre ses bras.

À la tombée de la nuit, la porte s’ouvrit.

« C’est l’heure de la tétée », dit la vieille servante qui avait tiré le lait d’Eloisa les jours précédents. Elle portait le bébé affamé, qui criait.

Eloisa se leva d’un bond et prit le petit, qu’elle couvrit de baisers en lui murmurant : « Ne pleure pas, chut… Ne pleure pas ». Elle délaça sa robe et lui donna le sein, savourant la douceur de ses lèvres sur sa peau.

« Je suis désolée, ma fille, dit la servante, mortifiée. Personne ne savait rien. Je croyais que…

— Va-t-en d’ici, abominable vieille, siffla Eloisa.

— T’as entendu ce que ma fille a dit ? renchérit Agnete en marchant vers la servante. Va-t-en ou je t’arrache les yeux. »

L’autre s’éclipsa rapidement.

Mais avant qu’Agnete ne referme la porte, elle aperçut une lumière vacillante au fond du couloir. Eloisa et Agnete crurent voir un fantôme.

Lukrécia était pâle et maigre. Ses yeux étaient comme deux globes saillants dans son visage émacié. Titubante, elle s’appuya au montant de la porte. « Est-ce que… ça va ? leur demanda-t-elle d’une petite voix.

— Princesse… vous êtes vivante, vous aussi ! », s’écria Eloisa, incapable de dire autre chose.

Agnete aida Lukrécia à s’asseoir et l’on n’entendit plus que la succion béate du petit Marcus III de Saxe.

73

« Mon nom est Raffaele Fortebraccio di Bentivoglio, baron d’Hermagor par l’investiture de sa Majesté Rex Romanorum Vaclav le Paresseux », commença Raphael avec solennité mais sans emphase.

Mikael comprit qu’il n’allait pas entendre un conte de fées où tout finit bien. Il émanait du vieil homme une tristesse infinie.

« Mon père était le comte de Castelforte, poursuivit Raphael. Ma famille descend d’une lignée très ancienne de guerriers. Mes ancêtres ont combattu et sont morts pour la chrétienté dès la cinquième croisade, si désastreuse. Pendant des siècles, la guerre a été notre… métier. » Raphael hésita. « À mesure que le temps passait, notre richesse et nos possessions augmentaient, mais notre âme se desséchait. Petit à petit nous avons perdu nos idéaux. Nous sommes devenus des mercenaires. Une guerre valait l’autre. Nous choisissions tel ou tel camp par opportunisme, en pariant sur le vainqueur, pour éviter une défaite qui aurait entraîné notre ruine. Au fil des générations, la transformation devint plus radicale. » Ses yeux dans ceux de Mikael, il sourit avec mélancolie. « Tu te rappelles quand nous parlions de ce goût amer que tu sentais dans ta bouche ? »

Mikael acquiesça. Il se souvenait du jour où, furieux, il lui avait dit : « Vous ne connaissez pas la vie. » Et il eut l’impression d’être un imbécile présomptueux.

« Il y a eu un moment où je me suis dit que ce goût qui m’empoisonnait était héréditaire, comme les cheveux blonds ou un grain de beauté dans le dos. » Raphael lui toucha la main. « Tu comprends pourquoi je t’ai toujours dit que le pire danger dans les mensonges, c’est de finir par y croire soi-même ?

— Et risquer de ne plus avoir de vie.

— C’est ça, mon garçon.

— J’ai rencontré un homme à Constance, continua Mikael. Lui aussi m’a dit que la seule chose qui compte, c’est la vérité.

— Et c’était un homme digne ?

— Oui. Il est mort pour défendre sa vérité. Ils disaient que c’était un hérétique, mais je ne sais pas juger des affaires d’Église.

— Dans les temps où nous vivons, celui qui pense avec sa tête est un hérétique ou un rebelle. Le système marche à la perfection depuis des siècles. Tu as raison, il est temps que le monde change. » Il allait reprendre son récit quand Mikael l’interrompit.

« Pourquoi vous dites que les rebelles cherchent le soleil la nuit ? »

Raphael haussa les épaules. « C’est une de ces phrases stupides qui m’échappent de temps en temps. En tous cas, je crois que les rebelles sont des gens qui cherchent à sortir des ténèbres où les puissants et l’Église tiennent à les maintenir. Mais cette manie de philosopher, tu l’as définie un jour comme elle le mérite : ce sont des bavardages.

— Je me trompais », dit Mikael.

Raphael rit doucement. « Tu as raison, il ne faut jamais contrarier un moribond.

— Continuez votre récit. S’il vous plaît, dit Mikael, troublé.

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