La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]
- Автор: Duneton Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Éditions Livre de Poche
- ISBN: 978-2253027041
- Жанр: Лингвистика
Электронная книга - «La Puce à l'oreille [Anthologie des expressions populaires avec leur origine]». Краткое содержание книги:
Pourquoi dit-on lorsqu'on ne sent pas bien, qu'on n'est pas dans son assiette, ou au contraire qu'on reprend du poil de la bête si l'on va mieux ? Pourquoi passer l'arme à gauche veut-il dire « mourir » et mettre à gauche « faire des économies » ?…
Ce livre a pour objet de répondre à toutes ces questions. Ce n'est pas un dictionnaire mais un récit, écrit à la première personne par un écrivain fouineur, sensible à l'originalité du langage.
Un récit alerte, souvent drôle, qui mêle l'érudition au calembour, mené à la manière d'une enquête policière et qui aiguillonne à vif la curiosité du lecteur.
L’époque, d’autre part, avait la puce en poupe ! Peut-être par attention naturelle, mais sans doute aussi à cause de l’expression, la puce eut ses heures de gloire dans le domaine érotique. En 1579 tout un recueil de vers lui fut consacré sous le titre La Puce de Mademoiselle Desroches. La jeune fille ainsi nommée avait en effet suscité de la part de divers poètes une série de vers coquins, et elle en avait elle-même écrit sur ce sujet chatouilleux. Voici par exemple ceux que lui avait dédiés E. Pasquier :
Il s’ensuivit une mode des puces liées à l’« objet aimé », qui dura presque un demi-siècle. Au XVIIe, un soupirant qui avait la chance de capturer une puce sur le corps de sa belle l’attachait avec une minuscule chaîne en or, ou bien, reprenant la fantaisie de Panurge, la faisait enchâsser dans un médaillon et « la portait au cou comme une relique. » (P. Larousse.)
À la fin du siècle, Furetière concluait : « On dit que quelcun a la puce à l’oreille, quand il est fort éveillé, ou quand il a quelque passion agréable qui l’empêche de dormir. » Au XVIIIe, le mot faisait encore image ; c’est sur la même équivoque « oreille, coquille », que joue Diderot dans Jacques le Fataliste, en même temps que sur la démangeaison prémonitoire, lorsque le héros blessé entend dans la chambre voisine les ébats nocturnes de sa jeune hôtesse et de son mari :
« … je suis sûre que je vais être grosse !
— Voilà comme tu dis toutes les fois.
— Et cela n’a jamais manqué quand l’oreille me démange après, et j’y sens une démangeaison comme jamais.
— Ton oreille ne sait ce qu’elle dit.
— Ne me touche pas ! laisse là mon oreille ! laisse donc, l’homme ; est-ce que tu es fou ?…
[…]
— Ah ! Ah !
— Eh bien ! qu’est-ce !
— Mon oreille !…
— Eh bien ! ton oreille ?
— C’est pis que jamais.
— Dors, cela se passera.
— Je ne saurais. Ah ! l’oreille ! ah ! l’oreille !
— L’oreille, l’oreille, cela est bien aisé à dire…
« Je ne vous dirai point ce qui se passait entre eux ; mais la femme, après avoir répété l’oreille, l’oreille plusieurs fois de suite à voix basse et précipitée, finit par balbutier à syllabes interrompues l’o… reil… le, et à la suite de cette o… reil… le, je ne sais quoi, qui, joint au silence qui succéda, me fit imaginer que son mal d’oreille s’était apaisé d’une ou d’une autre façon, il n’importe : cela me fit plaisir. Et à elle donc ! »
Avoir la gaule
C’est avoir une « érection naturelle de la verge » comme dit Furetière pour « bander »… L’expression paraît dater de la fin du XIXe siècle :