Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Parfois nous traversions des contrées encore intactes. Les colons, inquiets, debout sur leurs portes, nous demandaient des nouvelles du feu, comme on s’informait en France, au moment de la guerre allemande, de la marche de l’ennemi.
On apercevait des chacals, des hyènes, des renards, des lièvres, cent animaux différents, fuyant devant le fléau, affolés par l’épouvante de la flamme.
Au détour d’un vallon, je vis soudain les cinq fils télégraphiques si chargés d’hirondelles qu’ils ployaient étrangement, formant ainsi, entre chaque poteau, cinq guirlandes d’oiseaux.
Mais le cocher fit claquer son grand fouet. Un nuage de bêtes s’envola, s’éparpilla dans l’air ; et les gros fils de fer, soulagés tout à coup, bondirent, se détendant comme la corde d’un arc. Ils palpitèrent longtemps encore, agités de longues vibrations qui se calmaient peu à peu.
Mais bientôt nous pénétrâmes dans les gorges du Chabet-el-Akhra. Laissant la mer à gauche, on entre dans la montagne entrouverte. Ce passage est un des plus grandioses qu’on puisse voir. La coupure souvent se rétrécit ; des pics de granit, nus, rougeâtres, bruns ou bleus, se rapprochent, ne laissant à leur pied qu’un mince passage pour l’eau ; et la route n’est plus qu’une étroite corniche taillée dans le roc même, au-dessus du torrent qui roule.
L’aspect de cette gorge aride, sauvage et superbe change à tout instant. Les deux murailles qui l’enferment s’élèvent parfois à près de deux mille mètres ; et le soleil ne peut pénétrer au fond de ce puits que juste au moment où il passe au-dessus.
À l’entrée, de l’autre côté, on arrive au village de Kerrata. Les habitants depuis huit jours regardaient la fumée noire de l’incendie sortir du sombre défilé comme d’une gigantesque cheminée.
Le gouvernement de l’Algérie a prétendu après coup que ce désastre, qu’il aurait pu facilement empêcher avec un peu de prévoyance et d’énergie, ne venait pas des Kabyles. On a dit aussi que les forêts brûlées ne contenaient pas plus de cinquante mille hectares.
Voici d’abord une dépêche du sous-préfet de Philippeville.
« J’ai été informé de Jemmapes par maire et administrateur que toutes les concessions forestières sont anéanties et que le feu a ravagé tous les douars de la commune mixte, les villages de Gastu, Aïn-Cberchar, le Djendel ont été menacés.
À Philippeville, tous les massifs boisés ont brûlé.
Stora, Saint-Antoine, Valée, Damrémont, ont failli devenir la proie des flammes.
À El-Arrouch, peu de dégâts en dehors de cinq cents hectares brûlés dans les douars des Oulad-Messaoud, Hazabra et El-Ghedir.
À Saint-Charles, six cents hectares brûlés environ entre l’Oued-Deb et l’Oued-Goudi, et huit cents hectares au nord-est et au sud-est. Fourrages et gourbis détruits.
À Collo mixte et Attia, le feu a tout ravagé.
Les concessions Teissier, Lesseps, Levat, Lefebvre, Sider, Bessin, etc., sont détruites en tout ou partie. Plus quarante mille hectares de bois domaniaux. Des fermes, des maisons du Zériban ont été dévorées par les flammes. On compte de nombreuses victimes humaines. Ce matin, nous avons enterré trois zouaves morts victimes de leur dévouement près de Valée.
Les dégâts sont incalculables et ne peuvent être évalués même approximativement.
Le danger a disparu en grande partie par suite de la destruction de tous les bois. Le vent a aussi changé de direction, et je pense qu’on se rendra maître des derniers foyers, notamment dans les propriétés Besson, de Collo, et à l’Estaya près Robertville.
J’ai envoyé hier cent cinquante hommes de troupes à Collo, en réquisitionnant un transatlantique de passage. »
Ajoutons à cela les incendies des forêts du Zeramna, du Fil-Fila, du Fendeck, etc.
M. Bisern, adjudicataire pour quatorze années des forêts d’El-Milia, a écrit ceci :
« Mon personnel a fait preuve de la plus grande énergie. Il s’est exposé très gravement, et par deux fois nous avons pu nous rendre maîtres du feu. C’est en pure perte. Pendant que nous le combattions d’un côté, les Arabes le rallumaient d’un autre, et dans plusieurs endroits différents. »
Voici une lettre d’un propriétaire :
« J’ai l’honneur de vous signaler que, vers le milieu de la nuit de dimanche à lundi, mon fermier Ripeyre, de garde sur ma propriété sise au-dessus du champ de manœuvre, a vu quatre tentatives d’incendie : dans le terrain communal, à quelques centaines de mètres de ma propriété, une autre au-dessus de Damrémont, et la quatrième au-dessus de Valée. Le vent ayant manqué, le feu n’a pu se propager. »
Voici une dépêche de Djidjelli :
Djidjelli, 23 août, 3 h 16 du soir. »
« Le feu ravage la concession forestière des Reni-Amram, appartenant à M. Carpentier Édouard, de Djidjelli. »
La nuit dernière, il a été allumé en vingt endroits différents ; un cantonnier, arrivant de la mine de Cavalho, a vu distinctement tous les foyers.
Ce matin, presque sous les yeux du caïd Amar-ben-Habilès, de la tribu des Reni-Foughal, le feu a été mis au canton de Mezrech ; et un quart d’heure après il prenait sur un autre point du même canton, en sens contraire du vent.
Enfin, au même instant, à quatre cents pas du groupe formé par le caïd et une cinquantaine d’Arabes de sa tribu, toujours à l’opposé de la direction du vent, un nouveau foyer d’incendie éclatait.
Il est donc de toute évidence que le feu est mis par les populations indigènes, et en exécution d’un mot d’ordre donné. »
J’ajouterai que, ayant moi-même passé six jours au milieu du pays incendié, j’ai vu, de mes yeux vu, en une seule nuit, le feu jaillir simultanément sur huit points différents, au milieu des bois, à dix kilomètres de toute demeure.
Il est certain que si nous exercions une surveillance active dans les tribus, ces désastres, qui se reproduisent tous les quatre ou cinq ans, n’auraient point lieu.
Le gouvernement croit avoir fait ce qu’il faut quand il a renouvelé, à l’approche des grandes chaleurs, les instructions concernant l’établissement des postes-vigies institués par l’article 4 de la loi du 17 juillet 1874. Cet article est ainsi conçu :
« Les populations indigènes, dans les régions forestières, seront, pendant la période du 1er juillet au 1er novembre, astreintes, sous les pénalités édictées à l’article 8, à un service de surveillance, qui sera réglé par le gouverneur général. »
On soupçonne les indigènes de vouloir incendier les forêts… et on les leur confie à garder !
N’est-ce pas d’une naïveté monumentale ?
Cet article sans doute a été ponctuellement exécuté. Chaque indigène était à son poste… Seulement… il a mis le feu.