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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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– Cette fois, c'est la bonne, murmura-t-il.

Sur cette agression, les avis de la colonie, fort secouée par les conditions horribles de cet attentat sans précédent dans les annales, demeuraient partagés. Les uns parlaient d'une bête sauvage qui l'aurait mise en pièces, les autres, d'une attaque d'un parti d'Iroquois sournoisement rôdant en cette fin d'été.

– Avez-vous des détails ? Ce n'est pas courant qu'une dame de qualité se fasse attaquer par une bête sauvage en l'île de Montréal, bien peuplée.

– Madame de Gorrestat était allée se promener à la brune, vers la pointe du Moulin, tout à l'extrémité ouest de l'île. Seule. Malgré la réputation de piété et de vertu qu'elle s'était déjà méritée, il y eut certaines mauvaises langues pour chuchoter qu'elle y avait un rendez-vous galant.

– Toujours la même ambiguïté quand on parle d'ELLE. Les uns sont innocents et veulent croire à son charme, les autres savent et se taisent et ne parlent qu'après. Elle s'est donc éloignée seule vers la pointe du Moulin. Et ensuite ?

L'ancien compagnon d'enfance d'Ambroisine eut un sourire sardonique.

– Et l'Archange était là ! Et le monstre !...

– Qu'a-t-on vu ?

– Rien ! Ni personne ! Aucunes traces alentour, ni de pas, ni de pattes... sauf, chuchote-t-on, de griffes sur l'écorce d'un arbre... Mais, rien. S'il y eut traces, elles furent effacées. Ce qui habilita par la suite la thèse d'une attaque d'Indiens, car pour effacer des traces avec tant de talent, il fallait être un esprit ou un habitué des bois. Il fallait bien donner à M. de Gorrestat de quoi alimenter sa douleur et son désir de représailles. On sut le persuader que la mort de sa femme était due à un parti d'Iroquois, et, bien qu'à l'évidence, d'après ses blessures, celle-ci ait été plutôt victime d'une bête féroce, ce qui aussi ne laissait pas, malgré tout, de paraître invraisemblable si près de la ville, l'époux effondré et qui n'avait pas eu le courage de regarder le corps, puisa la force de faire face à son épreuve dans un brûlant désir de vengeance.

« Un chef huron vint proposer « une chaudière », c'est-à-dire une expédition de guerre. L'armée, les seigneurs canadiens et les alliés sauvages se mirent en branle. Pour justifier ce déploiement de navires et de canots chargés d'armes vers le lac Champlain, on eut recours à la ruse. Le nouveau gouverneur envoya une convocation aux Principaux des Cinq-Nations, souhaitant les rencontrer et leur offrir festin pour les honorer. Les Iroquois qui regrettaient de n'avoir pas été au pawa de Fort-Frontenac à Cataracoui, comme chaque année, se rendirent à l'invite du nouvel Onontio. Au cours du repas, les Principaux furent enlevés et chargés de chaînes, et depuis dirigés sur Québec d'où on les enverra ramer sur les galères du roi.

« Seuls Outtaké, qui était en expédition au loin, et, l'on croit, Tahontaghète échappèrent.

« L'armée continua en direction de la Vallée des Cinq-Lacs. Mais l'hiver, surgissant brusquement et avec une sévérité sans égale, les troupes durent rebrousser chemin, non sans pertes. Ils se sont retirés dans les forts et les comptoirs de traites, et reprendront la campagne au printemps.

– Le Mal continue sur sa trace. Est-elle vraiment morte ?

– Autant que peut l'être une personne dont la tête a été retrouvée sur la fourche d'un arbre, alors que le corps gisait au sol à quelques pas de là.

La prophétie s'est accomplie.

Treizième partie

La confession

Chapitre 67

Dès qu'il eut repris des forces et fut en état de panser lui-même les plaies de ses jambes, il alla emménager dans la chambre de Lymon White. L'âtre de cette petite pièce correspondait avec la cheminée centrale qui, bâtie sur les modèles de Nouvelle-Angleterre, s'ouvrait sur quatre foyers différents. L'un, sur l'ancienne chambre des Jonas. Les deux autres, sur la grande salle.

Il entrepris de ranimer la maison engourdie. La nuit, il ne cessait de surveiller les feux. Il entrait à pas de loup, ressortait comme une ombre.

Angélique, n'ayant plus à se préoccuper de tout, dormait d'un sommeil plus réparateur. Il montait sur la plate-forme pour flairer les changements de temps, pour se prouver, pensait-elle, que l'hiver relâchait son étreinte.

Il neigea d'abondance et les portes et fenêtres furent à nouveau bloquées. Mais cette neige elle-même était signe de redoux.

Le gel, si redoutable, marquait un recul.

Ils déblayaient avec constance l'entrée du tunnel qui ne débouchait que sur l'univers clos, blanc et gris de la neige doucereuse et envahissante. Cependant, Angélique ne la haïssait pas. Elle préférait cette neige, penchée sur eux comme pour les envelopper et les cacher dans son giron, au cercle sans fin d'un univers sans vie ou au sifflement des tempêtes. Cette neige les avait sauvés à l'automne.

Que l'hiver était long ! Pourtant, chaque jour marquait une avance.

Si elle se représentait l'état dans lequel avait été déposé sur le seuil celui qui, avec beaucoup de soin et de vigilance, aujourd'hui l'aidait, elle ne pouvait que se féliciter de la marche du temps.

Ce matin-là, elle était assise à côté de la cheminée et roulait des bandes de charpie qu'elle avait auparavant lessivées dans l'eau bouillante additionnée de cendres. De ces bandes, elle avait fait un abondant usage, mais désormais elle pouvait aligner les petits rouleaux de toile blanche et les ranger en réserve dans son coffre de pharmacie en souhaitant de n'avoir plus à s'en servir d'ici longtemps.

Soudain, le père d'Orgeval apparut devant elle, vêtu de sa soutane noire.

À sa vue, elle resta stupéfaite.

Il était tel qu'elle l'avait imaginé autrefois, lorsqu'il était leur ennemi inconnu, et qu'elle appréhendait sans cesse de le voir se dresser devant elle, accusateur et implacable, et à plusieurs reprises, hantée par cette image, elle avait cru le voir surgir, silhouette noire, le confondant avec d'autres. Soit, une fois sur le Pénobscot, à l'orée d'un bois – mais ce n'était pas lui, c'était le Père de Vernon. Soit dans la petite maison de Ville-d'Avray au pied de l'escalier, un soir à Québec – et c'était simplement Joffrey, son époux, qui rentrait tardivement vêtu de son caban noir. Ou bien, dans la pénombre de la maison des jésuites, toujours à Québec, l'apparition inopinée de l'un d'eux l'avait fait tressaillir, mais elle avait reconnu une fois de plus, le père de Guérande. Et ainsi, beaucoup d'autres fois, pour une silhouette entr'aperçue, elle avait pensé :

« Cette fois, c'est lui !... Voici l'heure du combat. »

Mais toujours, s'abritant derrière d'autres porte-parole, il s'était dérobé.

Et maintenant voici qu'il était là, la main posée sur sa poitrine tenant l'extrémité du crucifix où brillait le rubis, mince, délié, presque élégant dans sa robe noire, dont la large ceinture serrant sa taille amaigrie lui conférait une silhouette quasi féminine, avec une allure espagnole, à l'imitation du grand Ignace de Loyola, par le haut col aux revers blancs arrondis.

Simultanément, elle pensa : « Qu'il est beau ! » puis « D'où tient-il cette soutane ! ». Enfin, avec une frayeur panique, « Il va partir ! ».

Mais, sans lui laisser le temps d'ouvrir la bouche, il la priait de ne point s'émouvoir et de ne pas interrompre sa tâche. Il souhaitait simplement lui parler.

Puis, devinant sa crainte, il affirma que cela ne remettait pas en cause sa présence auprès d'eux. Il resterait à leurs côtés jusqu'au retour du printemps, jusqu'à ce qu'il puisse lui-même les remettre entre les mains de leurs amis.

Il y avait seulement deux ou trois points encore qu'il tenait à éclaircir entre eux.

Tout d'abord, il parla de son ami le plus cher, Claude de Lomé-nie-Chambord.

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