Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
De fait, le goûteur du Procurateur longeait fébrilement le mur de manganozas dans l’espoir de trouver une ouverture pour s’enfuir.
— Il est à moi ! lança Navigorn en se ruant vers lui.
— Là-bas s’écria Septach Melayn. Le Procurateur ! Qu’on me le laisse !
À une cinquantaine de mètres, Dantirya Sambail le regardait en souriant dans le tumulte du champ de bataille qu’était devenu son campement. Vêtu d’une simple tunique de toile retenue par une ceinture, chaussé de bottines de cuir souple à bout pointu, il ne semblait pas équipé pour le combat. Mais il avait ramassé quelque part un gros sabre et un poignard à lame mince et longue. Une arme dans chaque main, il fit signe à Septach Melayn d’avancer pour l’affronter en combat singulier. Les yeux violets brillant dans le visage mafflu et rougeaud du Procurateur le regardaient avec ce qui ressemblait à une profonde tendresse.
— Très bien, fit Septach Melayn. Voyons qui de nous est le meilleur, Dantirya Sambail.
Ils avancèrent lentement l’un vers l’autre, chacun fixant son adversaire comme s’il n’y avait eu personne autour d’eux. Le Procurateur tenait le stylet de la main droite, le sabre de la gauche. Septach Melayn s’en étonna ; à sa connaissance, Dantirya Sambail était droitier et un bon gros sabre était son arme préférée. Que manigançait-il ? Voulait-il essayer d’écarter l’épée de son adversaire d’un grand moulinet pour viser le cœur avec son poignard ?
Aucune importance ; il ne réussirait pas. Septach Melayn avait la conviction que le moment était enfin venu de débarrasser la planète de ce monstre.
— Sur le champ de bataille de Thegomar Edge, vous aviez aussi deux armes pour affronter Prestimion, si je ne me trompe, lança Septach Melayn d’un ton cordial. Vous aviez une hache, n’est-ce pas, et aussi un sabre ? Mais il a quand même pris le meilleur sur vous, à ce qu’il paraît.
Les deux hommes tournaient l’un autour de l’autre, cherchant à se placer au mieux. Le Procurateur était plus lourd et plus fort. Septach Melayn plus jeune et plus rapide ; il avait une allonge supérieure.
— Oui, il a pris le meilleur sur vous et vous a accordé la vie sauve. Mais je ne suis pas Prestimion, Dantirya Sambail. Quand je prendrai le meilleur sur vous, ce sera la fin. Et pas trop tôt.
— Vous parlez trop, avec vos frivolités et vos bouclettes ! Vous n’êtes qu’un dandy puéril !
— Un dandy ? Peut-être. Mais puéril, Dantirya Sambail ? Puéril ?
— C’est ce que vous êtes. Approchez, Septach Melayn. Voyons enfin ce que vous êtes capable de faire avec une épée !
— Je consens de grand cœur à vous faire une démonstration.
Septach Melayn, s’avança, ouvrant volontairement sa garde pour encourager le Procurateur à dévoiler son jeu. Mais Dantirya Sambail se contenta de se déplacer en crabe, brandissant le stylet et le sabre comme s’il ne savait pas lui-même quelle arme utiliser. Septach Melayn allongea une botte élégante, pour le simple plaisir de montrer au Procurateur l’éclat du soleil sur sa lame rapide comme l’éclair. Dantirya Sambail hocha la tête en souriant.
— Bien joué, mon garçon, très bien. Mais vous n’avez pas fait couler le sang.
— Jamais quand je décide de frapper dans le vide. Maintenant, regardez bien.
Le moment était venu de faire appel à toutes ses qualités d’escrimeur pour mettre rapidement un terme au combat. Il n’avait aucune envie de jouer avec le Procurateur ; cet homme avait déjà échappé trop souvent à la fin qu’il méritait. Prestimion lui avait offert la possibilité d’en finir : à lui d’achever la tâche. Pas question d’un duel dans les règles, pas question de lui laisser la possibilité d’élaborer une nouvelle traîtrise.
Septach Melayn repartit à l’attaque, feinta négligemment sur la gauche, étouffant un petit rire en voyant Dantirya Sambail prendre cela pour une vraie botte. Tandis que le Procurateur parait le coup avec son sabre, Septach Melayn déplaça sa lame et enfonça la pointe dans la chair du bras qui tenait le poignard. La vue du sang alluma dans les yeux magnifiques du Procurateur une étincelle de fureur et peut-être de peur. Avec un hurlement rageur, il se rua sur son adversaire et abattit son sabre. Un coup à couper un homme en deux, que Septach Melayn esquiva avec aisance. Avec un charmant sourire, il poussa une botte à gauche, plia proprement le poignet et glissa la lame entre les côtes de Dantirya Sambail, l’enfonçant jusqu’à ce qu’il soit certain d’avoir atteint le cœur.
Voilà, se dit Septach Melayn. C’est fait. Ce puits de méchanceté ne fera plus de mal à personne.
Ils restèrent un moment tout près l’un de l’autre. Le Procurateur s’appuyait sur lui, respirant difficilement. Puis il sembla ne plus respirer du tout. Un frisson parcourut son corps à la manière d’une éruption volcanique qui fait trembler le sol et un jet de sang vermeil sortit de ses lèvres. Le Procurateur ne bougeait plus, tel un poids mort contre Septach Melayn qui tendit le bras pour retirer le sabre de la main inerte. L’arme tomba ; Septach Melayn poussa le Procurateur qui bascula sur le côté.
— Un dandy puéril, oui, murmura Septach Melayn. Vous avez raison, c’est certainement ce que je suis… Adieu, Dantirya Sambail. On ne vous regrettera pas beaucoup, je pense.
Mais il n’était pas envahi par un sentiment de triomphe, pas encore ; il n’éprouvait que le sentiment léger de satisfaction de celui qui se sait allégé d’un fardeau. Il regarda autour de lui pour voir comment les autres s’en sortaient.
Gialaurys affrontait trois ou quatre hommes du Procurateur en même temps ; il ne semblait pas avoir besoin d’un coup de main. Il se retourna au milieu de la mêlée, vit Septach Melayn debout près du corps inerte du Procurateur et lui adressa un sourire radieux de félicitations.
Navigorn, semblait-il, n’avait pas eu autant de chance. Il revenait de la barrière de manganozas, l’air accablé. De longues éraflures zébraient de rouge un côté de son visage.
— Cette ordure de Mandralisca m’a échappé ! Il s’est enfoncé dans ces satanés palmiers comme s’ils n’existaient pas et il a disparu… Je l’aurais suivi sans ces arbres de malheur ! Regardez comme ils m’ont lacéré !
Rien ne devait ternir l’heure de gloire de Septach Melayn. Il balança une grande tape amicale sur l’épaule de Navigorn.
— C’est grand dommage, mais il ne faut pas vous en vouloir. Ce goûteur est un démon et il n’est jamais facile d’attraper les démons. Il n’ira pas loin tout seul, soyez-en assuré. Puisse-t-il finir dans l’estomac des crabes des marais ! Regardez ! poursuivit Septach Melayn en montrant les corps qui jonchaient le sol. Regardez le Procurateur ! Et Barjazid est là-bas ! Le travail est fini, Navigorn ! Il ne reste qu’un peu de nettoyage à faire !
À trois mille kilomètres de là, quand la tension se relâcha, Prestimion eut l’impression qu’un câble géant venait de se rompre. Le choc fut si brutal que la tête lui tourna et qu’il recula en titubant.
Dekkeret bondit aussitôt à ses côtés pour le prendre par le bras.
— Je n’ai pas besoin d’aide, merci ! fit Prestimion en se dégageant.
Il ne dut pas être très convaincant, car Dekkeret resta près de lui, attentif.
Prestimion croyait avoir compris ce qui venait de se passer dans le campement du Procurateur, mais il ne pouvait en être certain. En tout état de cause, après son voyage avec le casque et l’affrontement avec Venghenar Barjazid, il était au bord de l’épuisement. Il avait froid, comme après avoir nagé longtemps dans une eau glaciale, et tout tourbillonnait dans sa tête. Il ferma les yeux, prit deux ou trois longues inspirations pour essayer de retrouver son équilibre. Puis il se tourna vers la Dame.