La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Je crois que voilà tout pour votre bibliothèque; les romans qui ont quelque mérite, garniront une pièce entière. Pour l’histoire, la philosophie, la physique, fuyez tout cela; une femme savante, ou seulement pensante, est toujours laide, je vous en avertis sérieusement, et surtout une femme auteur…
À propos! qu’est-ce donc que m’a dit Laure? que vous vouliez écrire. Ah ciel! une femme autrice! mais c’est le comble du délire! Examinons cela ensemble de sang-froid; car à vous parler sincèrement, je n’en ai rien cru; ainsi vous êtes désintéressée. Il me semble que si je voyais à la promenade une jolie femme qui me plût infiniment, dont je ne pourrais détourner la vue, il suffirait de me dire: – Elle est autrice: elle a fait tel et tel ouvrage, pour m’inspirer à son égard un dégoût si complet, qu’il irait jusqu’aux nausées. – Pourquoi cela, me direz-vous? – Ah! le voici, ma belle. Une femme autrice sort des bornes de la modestie prescrite à son sexe. La première femme auteur est, je crois, Sapho: elle écrivit en vers, comme quelques-unes de nos belles d’aujourd’hui. Je leur demande si elles souhaitent qu’on leur attribuent les mœurs de cette lesbienne? Toute femme qui se produit en public, par sa plume, est prête à s’y produire comme actrice, j’oserais dire comme courtisane: si j’en étais cru, dès qu’une femme se serait fait imprimer, elle serait aussitôt mise dans la classe des comédiennes, et flétrie comme elles. Ainsi, je ne permettrais d’écrire qu’aux femmes entretenues et aux actrices. J’accorderais aux autrices le privilège flétrissant des filles de théâtre, qui les soustrait au pouvoir paterneclass="underline" car c’est là surtout ce qui établit la bassesse des comédiennes, les tire du rang, de citoyennes, et les place dans la clam des prostituées. Si jamais vous en veniez à vous faire inscrire, il faudrait que les circonstances les plus malheureuses vous y eussent réduite; ce que toute la prudence humaine ne peut quelquefois prévoir. Vous, pourriez écrire alors, si vous en aviez le talent: mais il faudrait faire des ouvrages utiles aux femmes seulement, en leur dévoilant tout ce qui les dégrade, sans jamais vous donner l’air d’instruire les hommes! Si vous avez besoin d’un guide dans cette carrière, ne prenez jamais un savant de l’Acade; ces messieurs ne sont pas propres à vous y diriger; ils gâtent les ouvrages des femmes, par leur régularité pédantesque. J’en ai vu l’exemple le plus frappant au sujet des Lettres de Catesby, cet ouvrage charmant d’une femme que j’excepte de cette critique, ainsi qu’une autre non moins célèbre?: le libraire de Catesby connaissait un philosophe; il le consulta sur le manuscrit: celui-ci le jugea inférieur aux Lettres de Fanny, de la même auteur. Pour son honneur, il faut croire, qu’il ne l’avait pas lu, ou que la philosophie ne se connaît guère en élégance et en intérêt.
Il ne me reste plus à vous dires pour terminer cette longue lettre, premièrement qu’un mot sur les préjugés écoutez-les, toutes les, fois que leurs chimères peuvent avoir des effets réels sur l’esprit de ceux que vous aurez intérêt de ménager.
Deuxièmement que je vous crois beaucoup plus facile à conduire que votre frère, qui tient des bas-Bourguignons pour l’entêtement. C’est un vice des paysans de tous les pays, mais surtout des paysans français. Il en est peu d’aussi malheureux, non par le genre de notre gouvernement, qui est fort bon, mais par les charges, et par les seigneurs, qui ont trop d’autorité. Dans un village, comme le vôtre, où il n’y a pas de seigneur visible, parce que c’est un corps, où l’on a des bois communaux, où les habitants s’assemblent pour des affaires d’intérêt commun, pour des nominations de syndics, de collecteurs, de pâtres, on est républicain comme un Genevois, entêté, fier, ou du moins patriarcal, comme votre père. Au lieu que dans les autres villages, où séjournent les seigneurs, on est bas, rampant, souple; mais sans énergie, sans capacité pour le bien. Tous ces villages policés ne valent pas le vôtre: on a beau y fêter les seigneurs, ils ont beau faire du bien, la manière dont ils le font, empêche qu’on ne les aime. Je m’applaudis de ce que vous n’êtes pas née dans ces derniers endroits; vous en avez l’âme plus noble, vous en êtes plus capable des grandes choses. À la vérité, vous auriez été Rosière: mais où cela vous aurait-il menée?… À propos des Rosières, c’est une épidémie depuis quelque temps. Je ne sais qu’en penser, et au fond de l’âme, j’ai senti que je désapprouvais ces. institutions, avant de pouvoir m’en rendre raison à moi-même. Ce n’est que cette répugnance machinale, qui m’a fait en chercher la cause. J’ai d’abord vu que la vertu de village est simple, naïve, sans prétention, et que le Rosiérat détruit ces trois qualités, pour y substituer une dangereuse émulation, l’envie, l’hypocrisie. J’ai ensuite vu que pour augmenter le mal, les seigneurs et les dames de paroisse venaient eux-mêmes donner le prix, en étalant leur magnificence aux yeux de simples paysans – ce qui fait tenir à ces bonnes gens, un propos que j’ai entendu: «Mais qu’avons-nous donc fait à Dieu, nous qui sortons d’Adam, comme ces gens-là, pour être pauvres, impuissants, méprisés, tandis…» J’ai ensuite observé, que des endroits voisins d’un rosiéra, il se faisait une émigration nombreuse de laquais, de femmes de chambre, de cuisinières, qui venaient en foule à Pans, éblouis par la magnificence du seigneur et de la dame; que plusieurs de ces filles devenaient des catins, etc. J’en ai conclu, que si on institue des Rosières, il faut éviter de mettre de l’ostentation dans la cérémonie; que ni les seigneurs ni les dames ne doivent y donner de l’éclat; la vertu de village est une violette, que fane l’air de la ville, ou la présence de: ceux qui l’ont, l’or, les diamants l’éclipsent, au lieu de la faire briller… Mais je sors ici de mon sujet. Revenons-y, et je termine.