Bouge ton pied, que je voie la mer
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #109
- Год: 1982
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-01992-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Bouge ton pied, que je voie la mer». Краткое содержание книги:
J'ai bougé mon pied.
Elle a vu la mer.
Et du même coup, le spectacle le plus effarant, le plus incrédulant, le plus tout ce que tu voudras qui se puisse imaginer !
Si tu ne crains pas les péripéties, entre avec nous dans la ronde, mon pote.
On n'a pas le temps de s'embêter.
D'ailleurs, on n'a même pas le temps de comprendre.
Mais on n'est pas là pour ça, hein ?
Un élan galvaniseur m’incite à taper du talon. L’instant est tricolore sur fond doré.
— Je le suis, monsieur le directeur !
— Si donc vous êtes prêt, que votre valise le soit également, San-Antonio ! Et surtout ne vous surchargez pas ! Allez droit à l’essentiel : un smoking, quelques chemises de soie, deux ou trois pulls en cachemire, votre pardessus de vigogne. Si vous possédez une Rolex en or, prenez-la : on file dans un endroit chic. Et n’oubliez pas votre passeport : on va voyager. Il me reste des fonds secrets « d’avant », San-Antonio. Pas mal, voire même beaucoup. J’ai toujours été parcimonieux, mais à présent, nous allons les faire valser. Quand le cygne chante, il n’économise pas sa voix, c’est carrément le contre-ut !
1 ET QUART
Le taxi brimbale sur la route peu encombrée. Il brinquebale, même, selon moi, à certains nids-de-poules, car je marque une nette différence entre brimbaler et brinquebaler (qui peut se dire aussi bringuebaler) bien que le dictionnaire nous les fournisse comme étant de signification identique. Je suis davantage secoué dans un véhicule qui brinquebale que dans un qui brimbale.
Cela dit pour combattre un peu ton ignardise au passage, mais nous allons parviendre dans le vif du sujet, rassure-toi.
D’ailleurs, un panneau indicateur annonce que nous atteignons Marbella.
Le driverman laisse la ville et ses buildinges sur sa gauche pour foncer en direction du fameux Fuente, haut lieu de l’hostellerie espagnole (est-ce Pagnol ?).
Belle réalisation que cet établissement en forme de village luxueux, à l’architecture plaisante, au modernisme raffiné, enrichi d’une végétation luxuriante. Deux piscines, un ruisseau enchanteur qu’enjambent çà et là des ponts de rêve, des arbres exotiques bondés de blanches colombes et d’aimables zoziaux musicaux. Bon, voilà pour le dépliant.
Je te passe les restaurants, les bars, la discothèque patronnée par Régine bien entendu, comme partout en Europe, Amérique, Afrique et Océanie, de même que les tennis où Borg Borygme vient donner des cours du soir après la messe de minuit des années bissextiles. Je te fais grâce de la plage dédaignée par la clientèle, car d’effrayants tout-un-chacun peuvent y déambuler, le littoral appartenant à tout le monde depuis le changement de monarchie.
Moyennant une certaine quantité de pesetas, on nous conduit dans nos appartements, face à la piscine principale où, malgré la saison, des vacanciers font encore trempette (les trempettes de la renommée). Chacun de nous dispose d’une suite impressionnante, ne comprenant pas moins de trois pièces et deux salles de bains, ce qui est beaucoup pour un seul homme, que si au moins, les baignoires se trouvaient côte à côte, on pourrait se fourbir un panard dans chacune d’elles.
Le Vieux n’a pas moufté pendant le voyage. Taciturne, hermétique, il a passé notre temps de vol à lire Le Monde dans le texte, refusant le plateau-repas proposé par une brune hôtesse, aimable et mal rasée.
Il semble hanté par des pensées accapareuses dont il vaut mieux ne pas le distraire. C’est sans doute la première fois qu’Achille fait la police buissonnière et il en consécute des états d’âme.
— Quand vous aurez achevé votre installation, montez donc me voir, bougonne-t-il, vu qu’il s’est octroyé l’appartement du dessus.
Ayant garni quelques cintres à habits et quelques tiroirs, je m’offre un verre du xérès dont la direction pourvoit ses clients et je grimpe chez le Dabe.
Je le trouve en grande conversation avec une fabuleuse personne grande, belle et blonde, distinguée, habillée par l’élite de la couture. Regard presque mauve, lèvres fascinantes. Tout le reste formide, judicieux, bien placé ; bref, la toute grande réussite au rayon des produits humains.
Le Vieux nous présente :
— Mon plus précieux collaborateur, presque mon dauphin, le commissaire San-Antonio… Mademoiselle Véra Gunter, une amie de ma fille que j’ai l’agréable surprise de rencontrer au Fuente.
Vieux tartufe ! Il rencontre les jolies filles de passage dans sa chambre, cézig-pâte ! A d’autres, Achille. Je pige pourquoi il a été biché par le démon de l’enquête, mon vieux crabe ! La main à la pâte, qu’il affirmait, ce futé ! La main au cul, oui ! Et son côté valse des fonds secrets ! La seule chose qui m’intrigue, c’est le pourquoi il m’a drivé avec lui en voyage de noces ! Dis, il contracterait pas des goûts pervers en prenant du carat, le Big Boss ? Il compterait pas sur la main-d’œuvre extérieure pour terminer ce qu’il serait seulement capable de commencer ?
Je mate la môme jusqu’au fond de la France profonde. Superbe, te répété-je. Et d’une intelligence qui éclaire son ravissant minois. Quel âge ? Vingt-cinq ou six, pas plus.
Nos mains se font la connaissance. J’attarde un brin le contact, manière de lui faire piger qu’entre elle et la reine d’Angleterre j’hésiterais pas si le choix m’était proposé. Elle feint de pas s’en apercevoir.
— Le hasard est grand, hé ? s’extasie le Dirluche.
Il a retrouvé toute sa frite. Il jubile. Je crois savoir pourquoi il se montrait tendu pendant le voyage : il craignait que sa merveilleuse amie-de-fille ne soit pas au rendez-vous !
— Je vais vous dire pourquoi nous sommes ici, San-Antonio, décide gravement Pépère.
— Je vais vous laisser, s’empresse Mlle Gunter.
— Du tout ! égosille Achille. Ce n’est pas un secret. Mon cher ami, poursuit-il à mon intention, au cours des discussions que j’ai eues avec l’ami Kaufmann, ce dernier m’a appris qu’il était venu en Europe avec son épouse et qu’il avait laissé celle-ci au Fuente de Marbella pour qu’elle y passe quelques jours de vacances. L’endroit l’avait séduit. Il m’a semblé comprendre qu’il était venu ici afin d’y rencontrer quelqu’un d’important. Je suis convaincu que nous devons interviewer la dame Kaufmann avant qu’elle ne soit informée de son veuvage. Il s’agit de faire vite et de forcer gentiment le mur de son intimité. Véra va pouvoir nous aider à le faire. Au travail, mon cher !
Je file un nouveau coup de périscope sur la souris.
Travailler avec une auxiliaire pareille ! Je me ferais éboueur, s’il le fallait !
Elle est comme moi, Véra : elle adore le porto vieux. Le serveur nous en apporte un de derrière les haz de leña (ce qui, traduit de l’espanche, devrait vouloir dire « de derrière les fagots ») et nous le sirotons en achevant de faire connaissance.
— Il y a longtemps que vous êtes ici ? demandé-je.
— Depuis hier, répond la Sublime. Mais j’ai déjà déblayé le terrain.
— C’est-à-dire ?
— Je sais qui est Mme Kaufmann, je connais le numéro de sa chambre, les gens qu’elle fréquente et une partie de ses habitudes.
La question qui me combuste les labiales part au détour de ma réflexion :
— Vous êtes l’amie de la fille, la collaboratrice ou quoi d’autre ?
— Les deux premiers, mais pas « quoi d’autre », malgré les empressements de votre glorieux directeur. Effectivement je suis très liée à sa fille et il m’a demandé à plusieurs reprises des… tuyaux, mon père étant diplomate, ce qui me vaut d’accéder à des milieux généralement fermés. Pour le reste, j’ai droit à une cour en règle, Achille étant, en présence d’une jeune femme, pareil à un poisson dans de la grande friture.
— Et cela vous amuse de jouer à l’agente de renseignements ?
— Quelquefois. Mais je pense aussi qu’il est de mon devoir de me rendre utile. J’ai été élevée par une grand-mère pour qui sa qualité de Française était la première de toutes.