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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Mais, au nom du Ciel, que t’est-il donc arrivé? demandèrent toutes les voix.

– Tu n’as pas une goutte de sang dans les veines, mon pauvre ami, fit un autre en riant.

– Messieurs, c’est sérieux, dit un autre; il va se trouver mal; avez-vous des sels?

Et tous éclatèrent de rire. Toutes ces interpellations, toutes ces railleries se croisaient autour de Biscarrat, comme se croisent au milieu du feu les balles dans une mêlée.

Il reprit ses forces sous ce déluge d’interrogations.

– Que voulez-vous que j’aie vu? demanda-t-il. J’avais très chaud quand je suis entré dans cette grotte, j’y ai été saisi par le froid; voilà tout.

– Mais les chiens, les chiens, les as-tu revus? en as-tu entendu parler? en as-tu eu des nouvelles?

– Il faut croire qu’ils ont pris une autre voie, dit Biscarrat.

– Messieurs, dit un des jeunes gens, il y a, dans ce qui se passe, dans la pâleur et dans le silence de notre ami, un mystère que Biscarrat ne veut pas, ou ne peut sans doute pas révéler. Seulement, et c’est chose sûre, Biscarrat a vu quelque chose dans la grotte. Eh bien! moi, je suis curieux de voir ce qu’il a vu, fût-ce le diable. À la grotte, messieurs! à la grotte!

– À la grotte! répétèrent toutes les voix.

Et l’écho du souterrain alla porter comme une menace à Porthos et à Aramis ces mots: «À la grotte! à la grotte!»

Biscarrat se jeta au-devant de ses compagnons.

– Messieurs! messieurs! s’écria-t-il, au nom du Ciel n’entrez pas!

– Mais qu’y a-t-il donc de si effrayant dans ce souterrain? demandèrent plusieurs voix.

– Voyons, parle, Biscarrat.

– Décidément, c’est le diable qu’il a vu, répéta celui qui avait déjà avancé cette hypothèse.

– Eh bien! mais, s’il l’a vu, s’écria un autre, qu’il ne soit pas égoïste, et qu’il nous le laisse voir à notre tour.

– Messieurs! messieurs! de grâce! insista Biscarrat.

– Voyons, laisse-nous passer.

– Messieurs, je vous en supplie, n’entrez pas!

– Mais tu es bien entré, toi?

Alors, un des officiers qui, d’un âge plus mûr que les autres, était resté en arrière jusque-là et n’avait rien dit, s’avança:

– Messieurs, dit-il d’un ton calme qui contrastait avec l’animation des jeunes gens, il y a là-dedans quelqu’un ou quelque chose qui n’est pas le diable, mais qui, quel qu’il soit, a eu assez de pouvoir pour faire taire nos chiens. Il faut savoir quel est ce quelqu’un ou ce quelque chose.

Biscarrat tenta un dernier effort pour arrêter ses amis; mais ce fut un effort inutile. Vainement il se jeta au-devant des plus téméraires; vainement il se cramponna aux roches pour barrer le passage, la foule des jeunes gens fit irruption dans la caverne, sur les pas de l’officier qui avait parlé le dernier, mais qui, le premier, s’était élancé l’épée à la main pour affronter le danger inconnu.

Biscarrat, repoussé par ses amis, ne pouvant les accompagner, sous peine de passer aux yeux de Porthos et d’Aramis pour un traître et un parjure, alla, l’oreille tendue et les mains encore suppliantes, s’appuyer contre les parois rugueuses d’un rocher, qu’il jugeait devoir être exposé au feu des mousquetaires.

Quant aux gardes, ils pénétraient de plus en plus avec des cris qui s’affaiblissaient à mesure qu’ils s’enfonçaient dans le souterrain.

Tout à coup, une décharge de mousqueterie, grondant comme un tonnerre, éclata sous les voûtes.

Deux ou trois balles vinrent s’aplatir sur le rocher auquel s’appuyait Biscarrat.

Au même instant, des soupirs, des hurlements et des imprécations s’élevèrent, et cette petite troupe de gentilshommes reparut, quelques-uns pâles, quelques-uns sanglants, tous enveloppés d’un nuage de fumée que l’air extérieur semblait aspirer du fond de la caverne.

– Biscarrat! Biscarrat! criaient les fuyards, tu savais qu’il y avait une embuscade dans cette caverne, et tu ne nous as pas prévenus!

– Biscarrat! tu es cause que quatre de nous sont tués; malheur à toi, Biscarrat!

– Tu es cause que je suis blessé à mort, dit un des jeunes gens en recueillant son sang dans sa main, et en le jetant au visage de Biscarrat; que mon sang retombe sur toi!

Et il roula agonisant aux pieds du jeune homme.

– Mais, au moins, dis-nous qui est là! s’écrièrent plusieurs voix furieuses.

Biscarrat se tut.

– Dis-le ou meurs! s’écria le blessé en se relevant sur un genou, et en levant sur son compagnon un bras armé d’un fer inutile.

Biscarrat se précipita vers lui, ouvrant sa poitrine au coup; mais le blessé retomba pour ne plus se relever, en poussant un soupir, le dernier.

Biscarrat, les cheveux hérissés, les yeux hagards, la tête perdue, s’avança vers l’intérieur de la caverne, en disant:

– Vous avez raison, mort à moi qui ai laissé assassiner mes compagnons! je suis un lâche!

Et, jetant loin de lui son épée, car il voulait mourir sans se défendre, il se précipita, tête baissée, dans le souterrain.

Les autres jeunes gens l’imitèrent.

Onze, qui restaient de seize, plongèrent avec lui dans le gouffre.

Mais ils n’allèrent pas plus loin que les premiers: une seconde décharge en coucha cinq sur le sable glacé, et comme il était impossible de voir d’où partait cette foudre mortelle, les autres reculèrent avec une épouvante qui peut mieux se peindre que s’exprimer.

Mais, loin de fuir comme les autres, Biscarrat, demeuré sain et sauf, s’assit sur un quartier de roc et attendit.

Il ne restait plus que six gentilshommes.

– Sérieusement, dit un des survivants, est-ce le diable?

– Ma foi! c’est bien pis, dit un autre.

– Demandons à Biscarrat; il le sait, lui.

– Où est Biscarrat?

Les jeunes gens regardèrent autour d’eux, et virent que Biscarrat manquait à l’appel.

– Il est mort! dirent deux ou trois voix.

– Non pas, répondit un autre, je l’ai vu, moi, au milieu de la fumée, s’asseoir tranquillement sur un rocher; il est dans la caverne, il nous attend.

– Il faut qu’il connaisse ceux qui y sont.

– Et comment les connaîtrait-il?

– Il a été prisonnier des rebelles.

– C’est vrai. Eh bien! appelons-le, et sachons par lui à qui nous avons affaire.

Et toutes les voix crièrent:

– Biscarrat! Biscarrat!

Mais Biscarrat ne répondit point.

– Bon! dit l’officier qui avait montré tant de sang-froid dans cette affaire, nous n’avons plus besoin de lui, voilà des renforts qui nous arrivent.

En effet, une compagnie des gardes, laissée en arrière par leurs officiers, que l’ardeur de la chasse avait emportés, soixante-quinze à quatre-vingts hommes à peu près, arrivait en bel ordre, guidée par le capitaine et le premier lieutenant. Les cinq officiers coururent au-devant de leurs soldats et, dans un langage dont l’éloquence est facile à concevoir, ils expliquèrent l’aventure et demandèrent secours.

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