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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– C’est juste, dit Porthos.

– Vous comprenez, ajouta l’évêque avec la rapide précision du commandement: il y a là six chiens, qui seront forcés de s’arrêter à la grosse pierre sous laquelle le renard s’est glissé, mais à l’ouverture trop étroite de laquelle ils seront, eux, arrêtés et tués.

Les Bretons s’élancèrent, le couteau à la main.

Quelques minutes après, un lamentable concert de gémissements, de hurlements mortels; puis, plus rien.

– Bien, dit Aramis froidement. Aux maîtres, maintenant!

– Que faire? dit Porthos.

– Attendre l’arrivée, se cacher et tuer.

– Tuer? répéta Porthos.

– Ils sont seize, dit Aramis, du moins pour le moment.

– Et bien armés, ajouta Porthos avec un sourire de consolation.

– Cela durera dix minutes, dit Aramis. Allons!

Et, d’un air résolu, il prit un mousquet et mit son couteau de chasse entre ses dents.

– Yves, Goennec et son fils, continua Aramis, vont nous passer les mousquets. Vous Porthos, vous ferez feu à bout portant. Nous en aurons abattu huit avant que les autres s’en doutent, c’est certain; puis tous, nous sommes cinq, nous dépêcherons les huit derniers le couteau à la main.

– Et ce pauvre Biscarrat? dit Porthos.

Aramis réfléchit un moment.

– Biscarrat le premier, répliqua-t-il froidement. Il nous connaît.

Chapitre CCLIV – La grotte

Malgré l’espèce de divination qui était le côté remarquable du caractère d’Aramis, l’événement, subissant les chances des choses soumises au hasard, ne s’accomplit pas tout à fait comme l’avait prévu l’évêque de Vannes.

Biscarrat, mieux monté que ses compagnons, arriva le premier à l’ouverture de la grotte, et comprit que, renard et chiens, tout s’était engouffré là. Seulement, frappé de cette terreur superstitieuse qu’imprime naturellement à l’esprit de l’homme toute voie souterraine et sombre, il s’arrêta à l’extérieur de la grotte, et attendit que ses compagnons fussent réunis autour de lui.

– Eh bien? lui demandèrent les jeunes gens tout essoufflés, et ne comprenant rien à son inaction.

– Eh bien! on n’entend plus les chiens; il faut que renard et meute soient engloutis dans ce souterrain.

– Ils ont trop bien mené, dit un des gardes, pour avoir perdu tout à coup la voie. D’ailleurs, on les entendrait rabâcher d’un côté ou de l’autre. Il faut, comme le dit Biscarrat, qu’ils soient dans cette grotte.

– Mais alors, dit un des jeunes gens, pourquoi ne donnent-ils plus de voix?

– C’est étrange, dit un autre.

– Eh bien! mais, fit un quatrième, entrons dans cette grotte. Est-ce qu’il est défendu d’y entrer, par hasard?

– Non, répliqua Biscarrat. Seulement, il y fait noir comme dans un four, et l’on peut s’y rompre le cou.

– Témoins nos chiens, dit un garde, qui se le sont rompu, à ce qu’il paraît.

– Que diable sont-ils devenus? se demandèrent en chœur les jeunes gens.

Et chaque maître appela son chien par son nom, le siffla de sa fanfare favorite, sans qu’un seul répondît, ni à l’appel, ni au sifflet.

– C’est peut-être une grotte enchantée, dit Biscarrat. Voyons.

Et mettant pied à terre, il fit un pas dans la grotte.

– Attends, attends, je t’accompagne, dit un des gardes voyant Biscarrat prêt à disparaître dans la pénombre.

– Non, répondit Biscarrat, il faut qu’il y ait quelque chose d’extraordinaire; ne nous risquons donc pas tous à la fois. Si, dans dix minutes, vous n’avez point de mes nouvelles, vous entrerez, mais tous ensemble, alors.

– Soit, dirent les jeunes gens, qui ne voyaient point, d’ailleurs, pour Biscarrat grand danger à tenter l’entreprise; nous l’attendons.

Et, sans descendre de cheval, ils firent un cercle autour de la grotte.

Biscarrat entra donc seul, et avança dans les ténèbres jusque sous le mousquet de Porthos.

Cette résistance que rencontrait sa poitrine l’étonna; il allongea la main et saisit le canon glacé.

Au même instant, Yves levait sur le jeune homme un couteau, qui allait retomber sur lui de toute la force d’un bras breton, lorsque le poignet de fer de Porthos l’arrêta à moitié chemin.

Puis, comme un grondement sourd, cette voix se fit entendre dans l’obscurité:

– Je ne veux pas qu’on le tue, moi.

Biscarrat se trouvait pris entre une protection et une menace, presque aussi terribles l’une que l’autre.

Si brave que fût le jeune homme, il laissa échapper un cri, qu’Aramis comprima aussitôt, en lui menant un mouchoir sur la bouche.

– Monsieur de Biscarrat, lui dit-il à voix basse, nous ne vous voulons pas de mal, et vous devez le savoir si vous nous avez reconnus; mais, au premier mot, au premier soupir, au premier souffle, nous serons forcés de vous tuer comme nous avons tué vos chiens.

– Oui, je vous reconnais, messieurs, dit tout bas le jeune homme. Mais pourquoi êtes-vous ici? qu’y faites-vous? Malheureux! malheureux! je vous croyais dans le fort.

– Et vous, monsieur, vous deviez nous obtenir des conditions, ce me semble?

– J’ai fait ce que j’ai pu, messieurs; mais…

– Mais?…

– Mais il y a des ordres formels.

– De nous tuer?

Biscarrat ne répondit rien. Il lui en coûtait de parler de corde à des gentilshommes.

Aramis comprit le silence de son prisonnier.

Monsieur Biscarrat, dit-il, vous seriez déjà mort si nous n’avions eu égard à votre jeunesse et à notre ancienne liaison avec votre père; mais vous pouvez encore échapper d’ici en nous jurant que vous ne parlerez pas à vos compagnons de ce que vous avez vu.

– Non seulement je jure que je n’en parlerai point, dit Biscarrat, mais je jure encore que je ferai tout au monde pour empêcher mes compagnons de mettre le pied dans cette grotte.

– Biscarrat! Biscarrat! crièrent du dehors plusieurs voix qui vinrent s’engouffrer comme un tourbillon dans le souterrain.

– Répondez, dit Aramis.

– Me voici! cria Biscarrat.

– Allez, nous nous reposons sur votre loyauté.

Et il lâcha le jeune homme.

Biscarrat remonta vers la lumière.

– Biscarrat! Biscarrat! crièrent les voix plus rapprochées.

Et l’on vit se projeter à l’intérieur de la grotte les ombres de plusieurs formes humaines.

Biscarrat s’élança au-devant de ses amis pour les arrêter, et les rejoignit comme ils commençaient à s’aventurer dans le souterrain.

Aramis et Porthos prêtèrent l’oreille avec l’attention de gens qui jouent leur vie sur un souffle de l’air.

Biscarrat avait regagné l’entrée de la grotte, suivi de ses amis.

– Oh! oh! dit l’un d’eux en arrivant au jour, comme tu es pâle!

– Pâle! s’écria un autre; tu veux dire livide?

– Moi? fit le jeune homme essayant de rappeler toute sa puissance sur lui même.

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