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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Causons donc, ma mère, dit-il, car vous savez que je suis prêt à mourir plutôt que de vous voir menacés par un danger que j’aurai créé…

Les quatre personnages s’assirent. C’étaient: Louis de Lorraine, cardinal de Guise; Charles de Lorraine, duc de Mayenne; Marie-Catherine de Lorraine, duchesse de Montpensier, et Anna d’Este, duchesse de Nemours, veuve de François de Guise, tué par Poltrot de Méré au siège d’Orléans.

La mère de Guise avait une figure de fanatique. Sous les bandeaux gris de ses cheveux que recouvrait une dentelle noire, ses yeux avaient une étrange expression d’implacable résolution. Si elle avait été belle, cette beauté s’était figée. Elle était comme une morte en qui survit encore une malédiction. Elle ressemblait à Catherine de Médicis. Seulement, tandis que la mère des Valois était surtout superstitieuse, la mère des Guise était une croyante dans toute la terrible force que ce terme pouvait alors signifier.

Le duc de Mayenne, jouisseur heureux de vivre, lent à prendre une décision, plus lent à l’exécuter, gros mangeur, excellent buveur, affligé du reste de cette légendaire corpulence dont le Béarnais devait tant se moquer, très brave à ses heures, était le type le plus «humain» de la famille. Une table bien servie lui paraissait plus à considérer qu’un titre de plus ou de moins, et le fumet d’une bonne bouteille de bourgogne plus délectable que la fumée de l’encens accordée aux grands de la terre; avait-il tort? D’ailleurs, ce n’était pas un de ces balourds, comme on a eu tort de le représenter. Il était fin, rusé, doué d’une des plus précieuses qualités de l’homme en société: c’est-à-dire l’indulgence. Cette indulgence, ce scepticisme d’homme qui a un peu tout vu et qui a constaté qu’au fond, ce n’est guère la peine de tant se donner de mal – dès qu’il ne s’agit pas de vivre et de bien vivre, cette qualité, disons-nous, lui donnait une sorte de supériorité sur ses frères et lui permit de traverser la vie sans accrocs graves.

Le cardinal de Guise était l’antithèse vivante du duc de Mayenne. Troisième fils de François de Lorraine, il avait été destiné, comme cela se pratiquait dans les grandes maisons, à l’état ecclésiastique, tandis que Charles, le deuxième fils, était destiné aux armes et qu’Henri, l’aîné, était l’héritier, chef de la famille. Mais il semblait qu’il y eût un quiproquo. Charles, duc de Mayenne, eût fait un moine admirable et l’ordre de primogéniture en avait fait un homme d’armes. Louis, qui eût été un reître accompli, une sorte d’Alexandre Farnèse, était, malgré lui, homme d’Église. On voyait rarement ce cardinal à l’église: en revanche, on le rencontrait souvent, bardé de fer, à la tête de ses bandes de pillards sans vergogne. C’était un être de farouche rudesse et d’opiniâtre violence. Aussi orgueilleux que son frère aîné, aussi violent, guerrier redoutable, chef de bataille expérimenté, il avait de plus un sens politique et diplomatique qui faisait défaut au grand Henri. Il était un peu la pensée dans cette famille, tandis qu’Henri n’était guère que le bras. Son ambition s’élevait à de vastes et lointains désirs. Et s’il avait toujours poussé son frère à s’emparer de la couronne, c’est que peut-être il espérait que cette couronne viendrait un jour se poser sur sa propre tête!…

Quant à Marie de Montpensier, ayant déjà eu l’occasion de la présenter à nos lecteurs, nous nous dispenserons d’esquisser ici sa jolie frimousse de Parisienne délurée, sémillante, très capable de commettre en riant quelque crime atroce, sans trop s’apercevoir que c’est un crime.

Ces cinq personnages étant donc réunis dans le vaste cabinet tout tapissé d’armes, tandis que le reste de l’hôtel est plein du bruit des conversations et du cliquetis des éperons, tandis que Paris hurle à la mort et demande du sang, tandis enfin que postée au fond de la Cité comme une araignée au centre de sa toile, Fausta Ire songe, combine, agit, et de loin inspire ces esprits si différents, assistons à ce conseil de famille d’où tant d’événements devaient sortir pour aboutir à une catastrophe.

La duchesse de Nemours avait pris place dans le grand fauteuil de son fils aîné. Elle se trouvait placée le dos à la fenêtre, et face à un immense portrait de François de Guise qui, ses deux mains gantées de fer appuyées sur la croix de l’estramaçon, le casque à triple panache à ses pieds, semblait la regarder.

Henri de Guise était assis devant elle, tournant le dos au portrait. À droite, le cardinal de Guise s’était placé, ses jambes croisées l’une sur l’autre, calme d’apparence, mais tourmentant le manche de sa dague. À gauche, c’était Mayenne qui, ne trouvant pas de fauteuil assez large pour lui, avait approché deux chaises pour en faire un seul siège. Enfin, un peu en arrière de sa mère, appuyée au dossier du fauteuil, Marie de Montpensier souriait et jouait avec les ciseaux d’or qu’elle portait suspendus à sa ceinture par une chaînette – les fameux ciseaux destinés à tonsurer Henri III et à lui faire sa troisième couronne.

Le cardinal de Guise parla le premier et dit:

– J’ai reçu de celle qui nous guide l’ordre d’attendre à Notre-Dame l’arrivée de mon frère Henri. J’avais tout préparé pour la cérémonie du couronnement. Six cardinaux et douze évêques envoyés par Sa Sainteté Fausta m’entouraient. Trois cents curés, doyens ou vicaires, étaient prêts à se répandre dans Paris pour annoncer la bonne nouvelle. Tout était prêt: mon frère seul ne l’était pas, puisqu’il n’est pas venu à Notre-Dame!

Henri fronça le sourcil. Mais déjà le duc de Mayenne prenait la parole à son tour.

– Par ma foi, dit-il, je suis bien venu d’Auxerre à Paris à franc étrier, sur le reçu d’une missive à moi dépêchée par la belle Fausta. Je dis: à franc étrier, et ce n’est pas peu dire. En route, je me disais: «Pourvu que j’arrive à temps!» Je suis même arrivé trop tôt, puisque j’ai pu disposer deux mille combattants dans les rues, et que moi-même, avec mille bons pertuisaniers, j’ai pris position dans le Louvre. Mais en vain j’y ai attendu mon frère Henri.

Henri se mordit les lèvres.

– J’avais cinq cents bourgeois et hommes du peuple sur la Grève, dit à son tour la duchesse de Montpensier. Ces braves gens avaient reçu le mot d’ordre de notre incomparable Fausta. Elle me fit un signe. Je criai: «Vive le roi!… Et mes gens de crier à tue-tête: Vive le roi!…» Mais il n’y eut point de roi! Je vous garantis, mon frère, que Paris est bien vexé d’avoir crié «Vive le roi!» et de n’avoir point de roi.

– Paris est ivre, dit Mayenne, et vous savez comme il a l’ivresse mauvaise.

– Paris gronde, ajouta rudement le cardinal.

– Paris! Paris! éclata Henri. Vous ne parlez que de Paris. On dirait à vous entendre que le royaume de France commence à la porte Bordelle pour finir à la porte Montmartre! Aller à Notre-Dame pour m’y faire couronner! Marcher de là sur le Louvre pour y décréter la déchéance de Valois! C’était possible. C’était facile, trop facile!… Et les provinces, qu’en faites-vous? Et les parlements qui me dénoncent comme fauteur de trouble et de sédition, qu’en faites-vous? Et les évêques fidèles à Sixte qui m’imposent comme condition une parfaite soumission à Rome, qu’en faites-vous? Et le roi d’Espagne qui demande les preuves de mon droit à la couronne, qu’en faites-vous? Roi, je veux l’être, autant pour moi que pour vous. Mais par le ciel, je veux l’être à la manière d’un vrai roi qui prend sa place légitime, et non à la façon d’un larron qui dispute sa couronne à la France ameutée. Que m’apportez-vous? Paris!… Mais c’est moi qui l’ai conquis, Paris!… Paris, c’est moi! Pouvez-vous me donner les parlements, les évêques, Rome, l’Espagne? Non!… Et bien, une femme me donne tout cela d’un mot. Catherine de Médicis!… Oui, Catherine, qui vieille, à bout de forces, et voyant en son fils Henri le dernier représentant des Valois, préfère encore un Guise à un Navarre! Catherine qui sait que son fils est condamné, rongé par une maladie implacable! Catherine qui m’a supplié d’attendre un an, rien qu’un an! d’attendre, dis-je, la mort de son fils! de donner à ce fils une année de tranquillité! Catherine, enfin, qui m’a promis, juré, contre cette tranquillité accordée à l’agonie de son fils, de me faire désigner comme le successeur légitime!… Voici donc mon plan: je vais à Chartres. En fidèle sujet, je ramène le roi à Paris. Pour prix de mes services, il me donne la lieutenance générale, c’est-à-dire la vice-royauté, c’est-à-dire un pied sur les marches du trône. Cette année de répit, je la passe à gouverner sous le nom de ce roi qui sera trop heureux qu’on le laisse processionner avec ses mignons pour le salut de son âme. Et quand il meurt, naturellement, sans secousses, sans guerre dans le royaume et à l’extérieur, je suis le roi légitime… Avez-vous mieux à m’offrir?

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