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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Sur le palier, ils se séparèrent: Raoul affectant de remercier Son Altesse, Henriette plaignant ou faisant semblant de plaindre de tout son cœur le malheureux qu’elle venait de condamner à un aussi horrible supplice.

– Oh! dit-elle en le voyant s’éloigner pâle et l’œil injecté de sang; oh! si j’avais su, j’aurais caché la vérité à ce pauvre jeune homme.

Chapitre CXCIII – La méthode de Porthos

La multiplicité des personnages que nous avons introduits dans cette longue histoire fait que chacun est obligé de ne paraître qu’à son tour et selon les exigences du récit. Il en résulte que nos lecteurs n’ont pas eu l’occasion de se retrouver avec notre ami Porthos depuis son retour de Fontainebleau.

Les honneurs qu’il avait reçus du roi n’avaient point changé le caractère placide et affectueux du respectable seigneur; seulement, il redressait la tête plus que de coutume, et quelque chose de majestueux se révélait dans son maintien, depuis qu’il avait reçu la faveur de dîner à la table du roi. La salle à manger de Sa Majesté avait produit un certain effet sur Porthos. Le seigneur de Bracieux et de Pierrefonds aimait à se rappeler que, durant ce dîner mémorable, force serviteurs et bon nombre d’officiers, se trouvant derrière les convives, donnaient bon air au repas et meublaient la pièce.

Porthos se promit de conférer à M. Mouston une dignité quelconque, d’établir une hiérarchie dans le reste de ses gens, et de se créer une maison militaire; ce qui n’était pas insolite parmi les grands capitaines, attendu que, dans le précédent siècle, on remarquait ce luxe chez MM. de Tréville, de Schomberg, de La Vieuville, sans parler de MM. de Richelieu, de Condé, et de Bouillon-Turenne.

Lui, Porthos, ami du roi et de M. Fouquet baron, ingénieur, etc., pourquoi ne jouirait-il pas de tous les agréments attachés aux grands biens et aux grands mérites?

Un peu délaissé d’Aramis, lequel, nous le savons, s’occupait beaucoup de M. Fouquet, un peu négligé, à cause du service, par d’Artagnan, blasé sur Trüchen et sur Planchet, Porthos se surprit à rêver sans trop savoir pourquoi; mais à quiconque lui eût dit: «Est-ce qu’il vous manque quelque chose, Porthos?» il eût assurément répondu: «Oui.»

Après un de ces dîners pendant lesquels Porthos essayait de se rappeler tous les détails du dîner royal, demi-joyeux, grâce au bon vin, demi-triste, grâce aux idées ambitieuses, Porthos se laissait aller à un commencement de sieste, quand son valet de chambre vint l’avertir que M. de Bragelonne voulait lui parler.

Porthos passa dans la salle voisine, où il trouva son jeune ami dans les dispositions que nous connaissons.

Raoul vint serrer la main de Porthos, qui, surpris de sa gravité, lui offrit un siège.

– Cher monsieur du Vallon, dit Raoul, j’ai un service à vous demander.

– Cela tombe à merveille, mon jeune ami, répliqua Porthos. On m’a envoyé huit mille livres, ce matin, de Pierrefonds, et, si c’est d’argent que vous avez besoin…

– Non, ce n’est pas d’argent; merci, mon excellent ami.

– Tant pis! J’ai toujours entendu dire que c’est là le plus rare des services, mais le plus aisé à rendre. Ce mot m’a frappé; j’aime à citer les mots qui me frappent.

– Vous avez un cœur aussi bon que votre esprit est sain.

– Vous êtes trop bon. Vous dînerez bien, peut-être?

– Oh! non, je n’ai pas faim.

– Hein! Quel affreux pays que l’Angleterre?

– Pas trop; mais…

– Voyez-vous, si l’on n’y trouvait pas l’excellent poisson et la belle viande qu’il y a, ce ne serait pas supportable.

– Oui… je venais…

– Je vous écoute. Permettez seulement que je me rafraîchisse. On mange salé à Paris. Pouah!

Et Porthos se fit apporter une bouteille de vin de Champagne.

Puis, ayant rempli avant le sien le verre de Raoul, il but un large coup, et, satisfait, il reprit:

– Il me fallait cela pour vous entendre sans distraction. Me voici tout à vous. Que demandez-vous, cher Raoul? que désirez-vous?

– Dites-moi votre opinion sur les querelles, mon cher ami.

– Mon opinion?… Voyons, développez un peu votre idée, répondit Porthos en se grattant le front.

– Je veux dire: Êtes-vous d’un bon naturel quand il y a démêlé entre vos amis et des étrangers?

– Oh! d’un naturel excellent, comme toujours.

– Fort bien; mais que faites-vous alors?

– Quand mes amis ont des querelles, j’ai un principe.

– Lequel?

– C’est que le temps perdu est irréparable, et que l’on n’arrange jamais aussi bien une affaire que lorsque l’on a encore l’échauffement de la dispute.

– Ah! vraiment, voilà votre principe?

– Absolument. Aussi, dès que la querelle est engagée, je mets les parties en présence.

– Oui-da?

– Vous comprenez que, de cette façon, il est impossible qu’une affaire ne s’arrange pas.

– J’aurais cru, dit avec étonnement Raoul, que, prise ainsi, une affaire devait, au contraire…

– Pas le moins du monde. Songez que j’ai eu, dans ma vie, quelque chose comme cent quatre-vingts à cent quatre-vingt-dix duels réglés, sans compter les prises d’épées et les rencontres fortuites.

– C’est un beau chiffre, dit Raoul en souriant malgré lui.

– Oh! ce n’est rien; moi, je suis si doux!… D’Artagnan compte ses duels par centaines. Il est vrai qu’il est dur et piquant, je le lui ai souvent répété.

– Ainsi, reprit Raoul, vous arrangez d’ordinaire les affaires que vos amis vous confient?

– Il n’y a pas d’exemple que je n’aie fini par en arranger une, dit Porthos avec mansuétude et une confiance qui firent bondir Raoul.

– Mais, dit-il, les arrangements sont-ils au moins honorables?

– Oh! je vous en réponds; et, à ce propos, je vais vous expliquer mon autre principe. Une fois que mon ami m’a remis sa querelle, voici comme je procède: je vais trouver son adversaire sur-le-champ; je m’arme d’une politesse et d’un sang-froid qui sont de rigueur en pareille circonstance.

– C’est à cela, dit Raoul avec amertume, que vous devez d’arranger si bien et si sûrement les affaires?

– Je le crois. Je vais donc trouver l’adversaire et je lui dis: «Monsieur, il est impossible que vous ne compreniez pas à quel point vous avez outragé mon ami.»

Raoul fronça le sourcil.

– Quelquefois, souvent même, poursuivit Porthos, mon ami n’a pas été offensé du tout; il a même offensé le premier: vous jugez si mon discours est adroit.

Et Porthos éclata de rire.

«Décidément, se disait Raoul pendant que retentissait le tonnerre formidable de cette hilarité, décidément j’ai du malheur. De Guiche me bat froid, d’Artagnan me raille, Porthos est mou: nul ne veut arranger cette affaire à ma façon. Et moi qui m’étais adressé à Porthos pour trouver une épée au lieu d’un raisonnement!… Ah! quelle mauvaise chance!»

Porthos se remit, et continua:

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