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La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville

Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:

Ce roman épistolaire nous conte l'histoire classique d'une jeune fille, provinciale d'origine modeste, qui monte à Paris. Après avoir profité, sans en abuser, de la bonté d'une amie de la famille, la facilité et la vie dans la grande ville incitent notre héroïne à se faire «entretenir» par un marquis. La maîtresse sera en bons termes avec la marquise puisque son propre frère en est l'amant. Mais ces amours ne durent guère et la déchéance sera grande?
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Tandis que tu me croyais à Au**, j’étais en Italie; j’étais à ***: on me renvoyait tes lettres. J’ai dépensé les trois quarts de mon bien, pour réussir; mais j’ai réussi, et je ne regrette rien: le crime était trop odieux, pour ne pas être puni. J’ai su à Paris que le monstre avait dans sa ville une fille unique, charmante, âgée de seize ans. J’ai dirigé toute ma conduite sur cette connaissance. Je suis parti, je suis arrivé; j’ai vu la duègne le même soir, comme si j’eusse été dépêché par son patron; j’ai attaqué sa fidélité: elle m’a d’abord paru incorruptible; j’ai prodigué l’or, l’or ouvrit la tour de Danaé; la vieille a cédé enfin j’ai eu la preuve encore une fois du mot de Jugurtha«Ô Ville vénale, tu seras à qui pourra te payer.» La jeune personne m’a été livrée. Non content de lui ôter ce qu’on nomme l’honneur, j’ai cherché à porter le vice dans son âme, et j’y ai réussi: lorsqu’elle a été corrompue, je l’ai déterminée à fuir avec moi. Elle a fui, elle est ici; elle va subir le sort d’Ursule, et le mauvais lieu est tout prêt: viens l’humilier, ensuite je la livre à l’horreur de son sort. Mais je mettrai des bornes à ma vengeance. J’avertirai son père, et je lui ferai trouver sa fille au centre du désordre, quand elle aura passé par toutes les épreuves que je lui destine. Je ne suis plus le même. La beauté ne me touche plus: le récit d’Ursule, lorsque mon cœur s’amollit, me remet en fureur, et me rend plus féroce qu’un tigre, qu’un Jagga. Je t’attends, rue… Viens: aie du moins le courage de la vengeance.

Lettre 138. Edmond, à Zéphire.

[Il a horreur de la vengeance, qu’il eût prise lui-même mais le vice vu dans les autres est toujours laid, quoiqu’on l’excuse en soi-même.].

31 juin.

Chère petite, trouve-toi ce soir rue… Gaudet y est ce n’est plus mon ami; je ne le reconnais plus; c’est un forcené. Il a fait une action infâme, abominable, que je déteste; il faut avoir été…, pour porter la vengeance à cet excès. Dans ma fureur, je poignarderais encore le vieillard: mais sa fille! l’innocence, la beauté, l’avoir mise au rang de ces infortunées… Viens, ma fille: empare-toi de la signora Filippa, sous prétexte de vouloir porter la vengeance encore plus loin que lui, et tâchons de la sauver…

La main me tremble, et je suis hors de moi! Elle est charmante! quelle rage pour le vieil infâme!

Lettre 139. Gaudet, à Zéphire.

[Il est forcené de fureur et de rage; lui, ce corrupteur abominable, plus coupable encore que celui qu’il punit!].

8 juillet.

Charmante follette. Avertis-moi, quand la Filippa sera dans l’état que je désire: c’est-à-dire, telle qu’Ursule était, lorsqu’elle fut mise entre les mains des chirurgiens; c’est ainsi que je veux la rendre à son père. Ne l’épargne pas surtout! Si tu hésitais, lis cet écrit que je t’envoie; il te mettra en fureur, comme j’y suis. Quelles indignités ce malheureux a fait éprouver à la sœur de mon ami! qu’il sente à son tour la rage naturelle à l’homme, blessé dans ce sexe, dont toutes les injures nous sont bien plus sensibles que les nôtres: parce qu’on nous humilie dans ce que nous devons défendre. Deux choses sont essentielles aux femmes, Zéphire; (ta mère ne m’entendra peut-être pas?) l’honneur et la beauté: leur honneur blessé, ne se répare pas plus que leur beauté flétrie; par cette raison, qui a déshonoré notre femme, notre fille, ou notre sœur, est voué à l’éternelle vengeance, à la plus cruelle qu’on puisse imaginer. Quelle honte n’a pas répandue sur Ursule l’infâme dont tu vas lire les forfaits, dans cet écrit, que j’ai copié sur celui tracé de la main d’Ursule elle-même! Elle me les avait dits de bouche; j’ai voulu qu’elle les écrivît pour les avoir toujours présents. Venge ton amie et la mienne; venge Edmond; point de pitié; dis à ta mère la récompense que je lui destine: cent louis; ils sont tout prêts, et j’épuiserais avec plaisir les restes de ma fortune pour une si belle action. Oui, oui, belle, noble, grande! elle punit un crime affreux?… On m’a peut-être cru indifférent pour l’honneur de la sœur de mon ami, la manière dont je lui ai quelquefois écrit, pourrait donner cette idée: qu’on en juge à présent par ma vengeance, il m’en coûte cinq cent mille francs; j’en aurais fait autant pour ma sœur; mais pas au-delà. Adieu, Zéphire. La pitié serait ici un vice dans ton excellent cœur. Quelle relation!… Ursule l’a écrite, et sans en être prévenue, comme si elle eût voulu donner à ma fureur toute l’activité qui lui est nécessaire, elle a mis cet écrit à la poste; je l’ai reçu, comme s’il eût été d’hier; je l’ai lu avec la même avidité, que s’il m’eût appris quelque chose de nouveau: j’ai frémis de même… Frémis aussi, sensible Zéphire, et deviens féroce.

Lettre 140. Zéphire, à Edmond.

[Elle montre son âme compatissante.].

9 juillet.

Viens, cher ami. Voilà une lettre de Gaudet: elle me fait horreur. L’infortunée a été mise malgré moi entre les mains de ma mère: elle est perdue, si tu ne la délivres. J’ai tâché de parler ce matin à Filippa: mais elle est si avide des plaisirs dangereux qu’on lui veut procurer, qu’elle ne m’écoute pas. Bon Dieu! elle ne me ressemble guère! ils sont nuls pour moi, si ce n’est… donnés par l’homme que j’adore… Cette fille m’intéresse: sa jeunesse, sa naissance, sa beauté, sa douceur naturelle, qui rend décent en elle jusqu’au libertinage effréné que Gaudet a soufflé dans son cœur… Ne me parle pas de ces bâtards! ton ami l’est: ces gens-là ont tous une âme de fer, ou de boue. Laure vient d’arriver; elle a vu l’Italienne, et elle pense comme moi. «D’ailleurs, dit-elle, n’y en a-t-il pas assez de fait, et en la rendant telle qu’elle est à son père, n’est-ce pas assez, pour faire mourir de rage le vieil infâme?» Adieu, mon ami: tu es bon, et je compte sur ta bonté.

P.-S. – Ah, ciel! j’entends du bruit chez Filippa!… Je vais à son secours…

1 heure après.

C’était un soldat qui la battait: elle est tout en sang. Je me suis jetée sur ce misérable, que ma mère et ma sœur regardaient faire, je l’ai culbuté, jeté dehors, par ma seule vivacité… Viens, mon bon ami!

Réponse sur une carte.

[Il a partagé la vengeance.].

Ne me tourmente pas, Zéphire: je le suis assez par mes remords!… Que deviendra tout ceci! Moi! moi! j’ai pu faire servir à la vengeance, ce que la nature… Je n’ose achever.

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