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Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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Dans chaque quartier, dans chaque rue, toute personne qui était suspecte aux yeux du voisinage, qui avait témoigné quelque sympathie à la Réforme, ceux-là, protestants ou non, étaient traqués; la même hideuse scène se reproduisit sur tous les points de Paris. L’infortuné – homme ou femme – voyait subitement entrer chez lui une bande de vingt à trente forcenés. On lui courait sus. Le pauvre diable se sauvait sautant quelquefois par la fenêtre. Alors, la chasse infernale commençait jusqu’à ce que le suspect tombât ou se trouvât acculé; les coups de poignard le labouraient, on traînait son corps jusqu’au feu le plus voisin, ou jusqu’à la Seine, et tout était dit!…

Au jour venu, le massacre avait pris des proportions fantastiques. Cela devait durer ainsi pendant six jours! En province, dans les grandes villes, les mêmes scènes d’horreur se reproduisaient… près d’un mois plus tard, on tuait encore dans certaines localités éloignées!…

À Paris, dans cette matinée d’août, si belle et si radieuse, sous le regard du grand soleil qui poursuivait paisiblement sa course, l’humanité se transforma. Les hommes devinrent des carnassiers. On vit des femmes boire du sang des victimes. Et toujours ce cri sinistre de «Vive Jésus! Mort aux parpaillots!» Ce cri vous entrait dans la tête, affolant, grinçant, comme une vrille. La rumeur était indescriptible. Toutes les cloches mugissaient à la fois, sans arrêt, sans répit. Cela formait au-dessus de Paris comme un ouragan de bronze. Seul, le gros bourdon de Saint-Germain-l’Auxerrois s’était tu après avoir donné le signal. Mais on n’avait plus besoin de lui.

L’énorme clameur des cloches, avec les hurlements des carnassiers, avec les plaintes déchirantes des victimes, les pétarades des pistolets, les sourdes détonations des arquebuses, tout cela ne formait qu’une seule voix où il y avait du grondement de tonnerre, du mugissement d’océan, du crépitement de pluie enflammée, du sifflement de rafales, comme si les éléments fussent devenus insensés! On respirait une odeur âcre et fade, on respirait des chairs grillées, du sang, on ne voyait que du feu, de la fumée, et dans ces tourbillons de fumée, des visages hideux, des rires féroces, des yeux terribles, des ombres qui couraient, l’éclair rouge d’un poignard au poing.

Du sang! du sang! Il y en avait partout, le long des murs, en larges éclaboussures, sur les chaussées en flaques gluantes, dans les ruisseaux épaissis qui roulaient lourdement… Et, par un singulier phénomène il y avait des quartiers qui demeuraient paisibles, des rues où, pendant plusieurs heures, on ne se douta pas que Paris était à feu et à sang.

Dans un petit marché en plein air qui se tenait derrière Saint-Merry, dans une cour, marchandes et ménagères causaient gaiement, étonnées seulement de ces bruits de cloches qu’elles ne comprenaient pas…

À cent pas de la Seine, non loin de la Bastille, des vieillards jouaient aux boules, ou se chauffaient au soleil… Il y avait ainsi des coins tranquilles autour desquels tourbillonnait le grand carnage, comme au milieu du tourbillon de l’Océan en furie. Il y a par places des coins de mer qui semblent tout étonnés de leur tranquillité… Près de la porte Bussy qui ouvrait sur le faubourg Saint-Germain, toute une bande d’enfants jouait à saute-mouton… deux huguenots poursuivis, firent irruption dans la bande et tombèrent frappés de coups de couteaux… l’un des enfants mourut sur-le-champ de saisissement et de frayeur…

En dehors de ces rares endroits qui, par un prodige habituel à tous les cyclones, échappaient à l’horreur, tout, dans Paris, offrait l’image d’une ville dévastée par quelque grand cataclysme; des centaines de maisons flambaient; des milliers de cadavres jonchaient les rues; dans les carrefours, s’élevaient des bûchers où brûlaient des corps d’hérétiques; des processions de prêtres chantant le Te Deum traversaient par moments, l’épouvantable champ de carnage, aux cris de: «Vive la messe! Mort aux parpaillots!…»

Voilà ce que les Pardaillan virent en cette matinée de dimanche, fête de Saint-Barthélemy…

Parfois, sur les grèves que la tempête balaie de ses souffles titanesques, se présente un passionnant spectacle. Les loques fuligineuses des nuées fuient éperdument sur la face livide du ciel; dans le tragique crépuscule qui s’abat sur la terre, les arbres de la côte se courbent et gémissent parmi de grands craquements; les flots reculent des masses pesantes, échevelées; les vagues se heurtent, et de ces chocs sortent des roulements de tonnerre; les chevelures d’algues, sur la tête des rochers, se hérissent; de vastes écumes mugissantes pâlissent l’Océan qui tourbillonne, gronde, râle, se roule et hurle; l’homme assiste avec une secrète horreur à ces déchaînements, et alors son cœur se serre…

Tout à coup, dans l’espace, apparaît un couple hardi d’oiseaux de mer: dès lors, tout l’intérêt du prodigieux décor se concentre sur ces deux êtres et l’homme les suit des yeux. Les deux audacieux voyageurs aériens piquent droit dans la tempête. La tempête, d’un large coup d’aile, les repousse aux confins de l’horizon; où sont-ils? Disparus? Les voilà! Bec ouvert, plumes hérissées, ils s’élancent. La tempête les reprend, les jette à l’orient, à l’occident; ils reculent, ils reviennent; elle les repousse: obstinés, dédaigneux, ils piquent et repiquent droit dans le vent furieux…

Pareils à ces grands albatros intrépides, les deux Pardaillan, obstinés, cherchaient à piquer droit sur l’hôtel Montmorency; ils reculaient jusqu’aux confins de Paris, revenaient à la charge, entraînés, poussés en avant, ramenés en arrière, ballottés par le cyclone qui ravageait la cité, l’université et la ville…

XLI PROFILS DE GARGOUILLES

Quelle heure était-il? Ils ne savaient pas. Où étaient-ils? Ils ne savaient pas. Ils étaient quelque part, accrochés à la borne cavalière qui se dressait sous un auvent où les avait entraînés un violent reflux de peuple.

À dix pas, sur leur droite, on saccageait un hôtel.

Devant l’hôtel, on dressait un bûcher: les meubles, les sièges de l’hôtel s’entassaient.

Alors, quelqu’un mit le feu au bûcher.

Un homme parut, tenant dans ses bras un cadavre.

– Vive Pezou! hurla la foule autour du bûcher.

Le cadavre, c’était celui du duc de La Rochefoucauld. L ’homme, c’était Pezou. Le chevalier de Pardaillan le distingua nettement dans les tourbillons de fumée. Pezou avait les bras nus. Ses bras étaient rouges. Pezou avait une figure effroyable; ses yeux hors de la tête, ses lèvres retroussées, il reniflait bruyamment, il aspirait le carnage; il ne proférait aucun cri, mais de ses lèvres convulsivement ouvertes, s’échappait un grondement continu; il avait la marche et l’attitude du tigre; autour de lui, sa bande avait les mêmes faces crispées; les mêmes yeux flamboyants, les mêmes bouches aux lèvres retroussées… des tigres! Il n’y avait là que des tigres…

– Ça fait le quarantième! hurla l’un d’eux. Bravo Pezou!

Pezou sourit, marcha sur le bûcher, le cadavre dans les bras.

Le cadavre du malheureux La Rochefoucauld avait la gorge ouverte par une large plaie d’où le sang continuait à couler.

Pezou et sa bande entourèrent le bûcher qui déjà flambait.

Pezou monta sur une table.

Alors, il leva le corps, comme pour le jeter au sommet de l’entassement.

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