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Электронная книга - «Jack». Краткое содержание книги:

En décembre 1858, refusé par l'institution jésuite de Vaugirard, Jack, fils adultérin d'Ida de Barancy, une demi-mondaine, échoue dans le collège insalubre du mulâtre Moronval. Ida succombe au charme d'un des professeurs, le rimailleur d'Argenton, et quitte son riche amant pour son poète. Jack s'enfuit du collège et rejoint le couple après maintes tribulations. L'intelligence de l'enfant se développe au contact du docteur Rivals. Mais d'Argenton, qui ne l'aime pas, décrète qu'il sera ouvrier. Dans une île bretonne, Jack apprend son dur métier de fondeur chez les Roudic…
Roman noir, comme le Petit Chose, inspiré par une histoire authentique, Jack reprend la trame d'une enfance malheureuse, alors à la mode. La narration se centre sur le destin de Jack et en souligne l'implacable et fatal développement.
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Après le dîner, une de leurs promenades favorites, par ces longues soirées d’été, était le square des Buttes-Chaumont que l’on venait de terminer, square immense et mélancolique, improvisé sur les anciennes hauteurs de Montfaucon, orné de grottes, de cascades, de colonnades, de ponts, de précipices, de bois de pins dégringolant tout le long de la butte. Ce jardin avait un côté artificiel et romanesque qui faisait à Ida de Barancy une illusion de parc grandiose. Elle laissait traîner sa robe avec délices sur le sable des allées, admirait les massifs exotiques, les ruines où volontiers elle eût écrit son nom. Puis, quand ils s’étaient bien promenés, ils montaient s’asseoir tout en haut sur un banc dominant la vue admirable que l’on a de ces sommets. Un Paris bleuâtre, noyé de poussière flottante et de lointain, s’étendait à leurs pieds. Une cuve gigantesque, surmontée de buées chaudes, de rumeurs confuses. Les collines qui entourent les faubourgs formaient dans cette brume comme un cercle immense, que Montmartre d’un côté, le Père-Lachaise de l’autre rejoignaient à l’ancien Montfaucon.

Plus près d’eux, ils avaient le spectacle de la joie populaire. Dans les allées tournantes, entre les quinconces du jardin, les petits boutiquiers en grande tenue circulaient autour de la musique, pendant que là-haut, sur ce qu’il restait des vieilles buttes, parmi la verdure pelée et le sol d’ocre rouge, des familles d’ouvriers, dispersées comme un grand troupeau aux flancs du mont, couraient, se vautraient, faisaient des glissades, enlevaient de grands cerfs-volants, avec des cris jetés dans un air extrêmement sonore, au-dessus de la tête des promeneurs. Chose étrange, ce square magnifique disposé en plein quartier ouvrier, une flatterie de l’Empire aux habitants de La Villette et de Belleville, leur semblait trop soigné, trop ratissé; et ils le délaissaient pour leurs anciennes buttes, plus accidentées, plus campagnardes. Ida regardait ces jeux non sans un certain dédain, et, là encore, son attitude, l’alanguissement de sa tête sur sa main ouverte, les arabesques de son ombrelle sur le sable, tout disait: «Que je m’ennuie!» Jack se sentait bien insuffisant devant cette mélancolie persistante; il aurait voulu connaître quelque honnête famille pas trop vulgaire, où sa mère eût trouvé des femmes à qui confier toutes les puérilités de son esprit. Une fois, il crut avoir rencontré ce qu’il cherchait. C’était justement dans le jardin des Buttes-Chaumont, un dimanche. Devant eux marchait un vieux bonhomme de tournure rustique, voûté, en veste brune, escorté de deux petits enfants vers lesquels il se penchait de cet air d’intérêt, de patience inaltérable qu’ont seulement les grands-pères.

– Voilà une tournure que je connais, disait Jack à sa compagne, mais oui… Je ne trompe pas… C’est bien M. Roudic.

Le père Roudic, en effet, mais si vieilli, si affaissé, que l’ancien apprenti d’Indret l’avait reconnu surtout à la fillette qui marchait près de lui, carrée, joufflue, taillée à coups de rabot, une réduction de Zénaïde, tandis qu’il ne manquait au petit garçon qu’un képi de la douane pour ressembler parfaitement à M. Mangin.

– «Tiens! le petit gas…» dit le bonhomme à Jack qui l’abordait, et il eut un sourire triste qui éclaira sa figure en en montrant tous les ravages. Alors Jack s’aperçut qu’il portait un grand crêpe à son chapeau, et, de peur de raviver un récent chagrin, il n’osait lui demander des nouvelles de personne, lorsqu’à un tournant d’allée Zénaïde fit son apparition, plus massive que jamais, à présent qu’elle avait changé sa jupe à gros plis pour une vraie robe et sa coiffe guérandaise pour un chapeau parisien. Un vrai paquet, mais l’air si bon enfant. Elle donnait le bras à M. Mangin, l’ancien brigadier, monté en grade, passé aux douanes de Paris, et dont l’uniforme en drap fin était passementé d’or sur les manches. Comme Zénaïde était fière de ce joli officier, comme elle paraissait l’aimer, son petit Mangin, malgré sa façon de le mener tambour battant, de répondre pour lui à tout propos! Il faut croire d’ailleurs que Mangin aimait à être mené ainsi, car il avait une physionomie heureuse, ouverte, et rien qu’à la façon dont il regardait sa femme, on sentait que si c’était à refaire, maintenant qu’il la connaissait, il la prendrait bien sans dot. Jack présenta sa mère à tous ces braves gens; puis, comme on marchait en deux groupes:

– Qu’est-il donc arrivé? demanda-t-il tout bas à Zénaïde. Est-ce que madame Clarisse…

– Oui, elle est morte, il y a deux ans, d’une façon affreuse, noyée dans la Loire, par accident.

Zénaïde ajouta, en baissant la voix:

– Nous disons «par accident,» à cause du père; mais vous qui la connaissiez, Jack, vous savez bien que ce n’est pas par accident qu’elle est morte, et qu’elle s’est fait périr elle-même, du chagrin de ne plus voir son Nantais… Ah! vraiment, il y a de ces hommes… on ne sait pas ce qu’ils vous font boire!

Elle était loin de se douter, la bonne Zénaïde, qu’en parlant ainsi elle serrait le cœur à Jack qui regardait sa mère en soupirant.

– Pauvre père Roudic, continua Zénaïde, nous avons bien cru qu’il passerait, lui aussi… Et encore, il ne s’est jamais douté de la vraie vérité. Sans ça… Quand M. Mangin a été nommé à Paris, nous l’avons emmené avec nous, et nous vivons tous ensemble, rue des Lilas, à Charonne, une petite rue où il n’y a que des jardins, tout près de la caserne de la douane… Il faudra venir le voir, n’est-ce pas, Jack?… Vous savez qu’il a toujours bien aimé son petit gas… Peut-être parviendrez-vous à lui faire desserrer les dents. À nous il ne nous dit jamais un mot… Il n’y a que les enfants qui l’amusent, qui l’intéressent… Mais rapprochons-nous. Il a déjà regardé deux ou trois fois de notre côté. Il se doute bien que nous parlons de lui, et il n’aime pas cela.

Ida, qui était en grande conversation avec M. Mangin, s’arrêta court en voyant Jack près d’elle. Que disait elle donc de si mystérieux? Un mot du père Roudic le mit tout de suite au courant:

– Ah! dam! oui, dam! Un beau parleur, et qui aimait bien la galette de blé noir.

Il comprit qu’il s’agissait de d’Argenton. On avait demandé à Ida des nouvelles de son mari; et, heureuse de parler de lui, elle s’était étendue sur ce sujet intéressant. Le talent du poète, ses luttes artistiques, la haute situation qu’il occupait dans la littérature, les sujets de drames ou de romans qu’il roulait dans sa tête, elle avait tout raconté, tout analysé, pendant que les autres l’écoutaient par politesse, sans rien comprendre. On se sépara en se promettant de se revoir. Jack était enchanté d’avoir rencontré ces braves gens, plus agréables à fréquenter pour sa mère que les Lévêque et les Levindré, et d’une condition sociale un peu au-dessus du couple Bélisaire. Il alla donc chez eux quelquefois avec Ida, et retrouva dans un étroit logement de faubourg les coquillages, les éponges, les hippocampes, sur la cheminée comme à Indret, et les images de piété de la chambre de Zénaïde, et la grosse armoire à ferrures, tout un intérieur breton expatrié près des fortifications avec une illusion de campagne autour de lui. Il se plaisait dans ce milieu honnête et d’une propreté toute provinciale. Mais il ne tarda pas à s’apercevoir que sa mère s’ennuyait avec Zénaïde, trop laborieuse, trop positive pour elle, et que là, comme partout où il la conduisait, elle était poursuivie de la même mélancolie, du même dégoût qu’elle exprimait par ces trois mots:

– Ça sent l’ouvrier!

La maison de la rue des Panoyaux, le couloir, la chambre qu’elle occupait avec son fils, le pain qu’elle mangeait, tout lui semblait imprégné d’une odeur, d’un goût particuliers, de cet air vicié que les quartiers pauvres, les accumulations de peuple, les fumées des usines, la sueur du travail, entretiennent dans certaines parties des grandes villes. Ça sent l’ouvrier! Si elle ouvrait sa fenêtre, elle retrouvait cette odeur dans la cour; si elle sortait, la rue lui apportait dans ses bouffées malsaines et les gens qu’elle voyait, son Jack lui-même quand il revenait de l’atelier avec sa blouse tachée d’huile, exhalaient cette même odeur indigente, qui s’attachait à elle, la pénétrait d’une immense tristesse, de cet écœurement qui fait les suicides.

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