L'autre univers [Delenda Est - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Bruno Martin
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «L'autre univers [Delenda Est - fr]». Краткое содержание книги:
Un homme de la Renaissance Scientifique souligna un autre aspect. D’accord, les survivants avaient le devoir de remettre en place la voie normale du temps. Mais ils avaient aussi un devoir envers la connaissance. Il y avait là une chance unique d’étudier toute une phase nouvelle de l’humanité ; on devrait se livrer à plusieurs années de travaux anthropologiques avant de… Everard eut du mal à le faire taire. Il ne restait pas assez de Patrouilleurs pour courir un tel risque.
Les groupes d’étude devaient fixer le moment exact et les circonstances du changement. Les discussions sur les méthodes à appliquer furent interminables. Everard scrutait furieusement la nuit préhumaine par la fenêtre et se demandait si, en définitive, les tigres à dents de sabre ne faisaient pas du meilleur travail que leurs successeurs simiesques.
Quand il eut enfin dépêché ses émissaires, il ouvrit une bouteille et s’enivra en compagnie de Van Sarawak.
Réuni de nouveau le lendemain, le comité directeur entendit les rapports de ses envoyés, qui avaient parcouru un total impressionnant d’années dans le futur. On avait sauvé une douzaine de Patrouilleurs dans des situations plus ou moins embarrassantes ; une vingtaine avaient tout bonnement disparu et il n’en serait plus question.
Le rapport du groupe d’espionnage était plus intéressant. Il semblait que deux mercenaires helvètes eussent joint Hannibal dans les Alpes et gagné sa confiance. Après la guerre, ils avaient occupé de hautes situations à Carthage ; sous les noms de Phrontes et Himilco, ils avaient pratiquement dirigé le gouvernement, organisé l’assassinat d’Hannibal et établi de nouveaux records de vie pompeuse. Un des Patrouilleurs avait vu leurs demeures et les hommes eux-mêmes :
— Une quantité d’améliorations auxquelles on n’avait pas pensé dans l’antiquité classique. Les hommes m’ont paru être des Neldoriens du 205e millénaire.
Everard fit un signe d’assentiment. C’était une époque de banditisme qui avait « déjà » donné du fil à retordre à la Patrouille…
— Je pense que l’affaire est claire, dit-il. Peu importe qu’ils aient été avec Hannibal avant Ticinus ou non. Nous aurions un mal de tous les diables à les arrêter dans les Alpes sans nous trahir et sans transformer nous-mêmes à notre tour l’avenir. Ce qui compte, c’est qu’ils paraissent avoir supprimé les Scipions et c’est à ce point qu’il nous faut intervenir.
Un Britannique du XIXe siècle, capable, mais très « colonel de l’armée des Indes », déroula une carte et fit un exposé de ses observations aériennes de la bataille du Ticinus. Il s’était servi d’un télescope à l’infrarouge pour examiner les opérations à travers les nuages.
— Et ici se trouvaient les Romains…
— Je sais, dit Everard. Une mince ligne rouge. C’est le moment où ils ont pris la fuite qui est crucial, mais la confusion même de cet instant nous donne notre chance. D’accord, il va falloir encercler le terrain sans nous faire voir ; mais je ne crois pas que nous puissions réellement envoyer plus de deux agents sur les lieux mêmes. Le Bureau d’Alexandrie peut nous fournir les costumes, à Van Sarawak et à moi.
— Mais, je pensais que ce privilège me serait réservé, dit l’Anglais.
— Non, je regrette, fit Everard avec un demi-sourire. Ce n’est d’ailleurs pas un privilège. Il s’agit de risquer sa peau, tout cela pour effacer tout un monde peuplé de vos propres semblables…
— Mais, bon sang…
— Il faut que j’y aille, dit Everard en se levant. Je ne sais pas pourquoi, mais il faut que j’y aille.
Van Sarawak fit un signe de tête.
Ils laissèrent leur saute-temps dans un bouquet d’arbres et se mirent en marche à travers champs. Autour de l’horizon et dans le ciel, une centaine de Patrouilleurs en armes attendaient, mais ce n’était qu’une faible consolation, au milieu des javelots et des flèches. Des nuages menaçants fuyaient devant un vent aigre et sifflant, il y avait des averses ; l’Italie ensoleillée était à la fin de son automne.
La cuirasse pesait aux épaules d’Everard qui trottait dans la boue. Il avait un casque, des jambières, un bouclier romain au bras gauche et un glaive à la ceinture ; mais il tenait de la main droite un paralyseur. Van Sarawak le suivait, semblablement équipé, les yeux en éveil sous son panache d’officier qui dansait dans la bise.
Les trompettes mugissaient, et les tambours battaient. Leur bruit se perdait presque dans les hurlements et les piétinements des hommes, les hennissements des chevaux et le sifflement des flèches. La légion de Carthage avançait, cognait du glaive contre les lignes romaines qui fléchissaient. Çà et là, la bataille se divisait déjà en petits nœuds de combattants qui portaient au hasard des coups sans conviction.
Le combat avait dépassé cette zone et se poursuivait au-delà. La mort était tout autour d’eux. Everard se pressa à la suite des forces romaines, vers les aigles étincelantes au lointain. Par-dessus les casques et les cadavres, il distingua une bannière qui flottait triomphalement, rouge vif et pourpre sur le fond tourmenté du ciel. Masse grise et monstrueuse, trompe levée et barrissant, un escadron d’éléphants chargeait.
Il avait déjà vu la guerre. C’était toujours la même chose – non pas un dessin propre de lignes sur une carte ni un courage bruyant, mais des hommes haletants, suants et saignants, et ahuris.
Un mince jeune homme au visage sombre s’agitait non loin, s’efforçant d’arracher la javeline qui lui avait transpercé l’estomac. C’était un cavalier carthaginois, mais le paysan romain assis près de lui, à regarder sans y croire le moignon de son bras, ne lui accordait aucune attention.
Un vol de corbeaux planait au-dessus d’eux, dans le vent, en attente.
— Par ici, murmura Everard. Et vite ! La ligne va céder d’un moment à l’autre.
Sa respiration lui irritait la gorge tandis qu’il se traînait vers les étendards de la République. Il songea soudain qu’il avait toujours souhaité qu’Hannibal eût été vainqueur… Il y avait quelque chose de répugnant dans l’avidité froide et sans imagination de Rome. Et voilà qu’il était en train d’essayer de sauver la Ville. Après tout, la vie était le plus souvent une drôle d’affaire.
C’était une consolation de savoir que Scipion l’Africain devait être l’un des rares honnêtes hommes à survivre à la guerre.
Les clameurs et les bruits s’amplifièrent et les Romains reculèrent. Everard vit quelque chose qui ressemblait à une vague se brisant contre un roc. Mais c’était le roc qui avançait, en hurlant, en tailladant et en pointant.
Il se mit à courir. Un légionnaire le dépassa, criant de panique. Un vétéran romain aux cheveux gris cracha à terre, se campa sur ses jambes et resta sur place jusqu’à ce qu’il eût été taillé en pièces. Les éléphants d’Hannibal barrirent et levèrent leurs défenses courbes. Les rangs carthaginois restaient serrés, avançant sous l’impulsion inhumaine des tambours. La cavalerie se livrait à des escarmouches sur les flancs, dans un flamboiement de lances.
En avant, maintenant ! Everard vit des hommes à cheval, des officiers romains. Ils brandissaient leurs aigles en hurlant, mais personne ne les entendait dans le tumulte.
Un petit groupe de légionnaires passa et s’arrêta. Leur chef héla les Patrouilleurs :
— Arrivez ici ! Nous allons leur faire voir, par le ventre de Vénus !
Everard hocha la tête et voulut passer outre. Le Romain gronda et bondit vers lui :
— Arrive, capon…
Un rayon de paralyseur lui coupa la parole et il s’abattit dans la boue. Ses hommes frissonnèrent, quelqu’un cria et le groupe prit la fuite.
Les Carthaginois étaient tout près, bouclier contre bouclier, épées rougies de sang. Everard distinguait une cicatrice livide sur la joue d’un homme, le grand nez busqué d’un autre. Un javelot lancé rebondit sur son casque ; il baissa la tête et se mit à courir.