L'autre univers [Delenda Est - fr]
- Автор: Андерсон Пол Уильям
- Год: 1956
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Bruno Martin
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «L'autre univers [Delenda Est - fr]». Краткое содержание книги:
— Que dites-vous, Manse ? s’enquit Van Sarawak.
Everard le lui répéta.
— Non ! fit le Vénusien.
— Si.
— Bon Dieu, non ! Je vais…
Everard lui prit le bras et lui dit froidement.
— Tenez-vous tranquille. Je sais ce que je fais. Nous ne pouvons pas prendre parti en ce monde, nous sommes contre tout le monde, vous feriez bien de le comprendre. La seule chose à faire, c’est de feindre de marcher dans le jeu pendant un temps. Et ne le répétez pas à Deirdre.
Van Sarawak baissa la tête et réfléchit un moment.
— D’accord, fit-il sans enthousiasme.
La résidence littornienne se trouvait sur la côte sud de Nantucket, près d’un village de pêcheurs, mais protégée par des murs. L’ambassade avait bâti, à l’image de son pays, de longues maisons de rondins avec des toits arqués comme le dos d’un chat, une salle commune, et des communs autour d’une cour dallée. Everard, une fois réveillé, déjeuna tristement sous les yeux de Deirdre, tandis qu’ils abordaient au quai privé. Il y avait déjà là une vedette plus importante, et le coin fourmillait d’hommes à l’air dur. Les yeux d’Arkonsky s’illuminèrent ; il dit en afallonien :
— Je vois qu’on a amené la machine magique. On va se mettre au travail.
Quand Boierik eut traduit, Everard eut froid au cœur.
Les invités – le Cimbre tenait à les désigner sous ce nom – furent conduits dans une vaste salle où Arkonsky fit une génuflexion devant une idole à quatre visages : cette Svantevit que les Danois avaient réduite en bois à brûler dans l’autre Histoire. Il y avait un bon feu dans l’âtre, pour lutter contre la fraîcheur de l’automne, et des gardes postés le long des murs. Everard n’avait d’yeux que pour le saute-temps qui brillait là sur le plancher.
— Il paraît que la lutte a été dure à Catuvellaunan, lui dit Boierik. Il y a eu de nombreux morts, mais les nôtres ont pu battre en retraite sans être suivis. (Il toucha prudemment une poignée de guidon.) Et cette chose peut vraiment apparaître quand elle le veut, dans l’air ?
— Oui.
Deirdre lança à Everard un regard de mépris comme il ne s’en était jamais attiré, puis s’écarta de lui avec hauteur.
Arkonsky lui dit quelque chose pour qu’elle le traduise. Elle lui cracha aux pieds. Boierik soupira et parla à Everard :
— Nous désirons une démonstration de la machine. Vous et moi, nous allons partir dessus. Je vous préviens que mon arme sera dans vos reins ; vous me direz à l’avance tout ce que vous aurez l’intention de faire et s’il arrive quoi que ce soit d’anormal, je tire. Mais je suis sûr que nous resterons tous bons amis.
Everard fit un signe affirmatif. Il se sentait les muscles noués, les paumes moites et froides.
— Tout d’abord, je dois prononcer une formule magique.
Il lança un coup d’œil. Il nota du premier regard les coordonnées spatiales des cadrans de position et le temps indiqué par la montre du saute-temps. Un second lui montra Van Sarawak assis sur un banc, sous les canons du pistolet d’Arkonsky et des fusils des gardes ; Deirdre était aussi assise, toute droite, le plus loin possible de lui. Everard calcula au plus juste la position du banc par rapport au saute-temps, leva les bras et, s’exprimant en temporel, psalmodia :
— Sarawak, je vais tenter de vous tirer d’ici. Restez exactement où vous êtes en ce moment ; exactement. Je vous prendrai au vol. Si tout va bien, cela se produira une minute après que j’aurai disparu d’ici avec notre camarade hirsute.
Les traits du Vénusien demeurèrent impassibles. Il y avait une mince couche de sueur sur son front.
— Très bien, reprit Everard en Cimbrien approximatif. Enfourchez le siège arrière, et nous allons mettre en marche ce cheval magique.
Le grand homme obéit. Quand Everard se fut installé sur le siège avant, il sentit contre ses reins un canon de pistolet qui tremblait.
— Dites à Arkonsky que nous serons de retour dans une demi-heure, ajouta-t-il.
Ils employaient ici approximativement le même système horaire que dans le monde d’Everard ; l’un et l’autre étaient dérivés du système babylonien. Cela fait, Everard dit :
— La première chose que nous allons faire, c’est apparaître en l’air au-dessus de l’océan et planer.
— T-t-très bien, fit Boierik, d’un ton peu assuré.
Everard régla les commandes sur quinze kilomètres est, trois cents mètres d’altitude, puis il mit le contact.
… Ils étaient à califourchon comme des sorcières, au-dessus de l’étendue verte des eaux ; au lointain une vague tache signalait la terre. Le vent violent les souffletait et Everard serrait les genoux. Il entendit Boierik pousser un juron, ce qui le fit sourire.
— Alors, cela vous plaît ? demanda-t-il.
— C’est… c’est merveilleux. (L’habitude commençant à agir, le Cinabre reprit de l’enthousiasme.) Mais avec des machines pareilles, nous pouvons survoler les villes ennemies et les écraser sous le feu !
Ceci apporta une certaine mesure de réconfort à Everard pour ce qu’il devait faire.
— Et maintenant, en avant, annonça-t-il, en mettant le saute-temps en mouvement. (Boierik poussa un cri de joie.) A présent, nous allons voler instantanément jusqu’à votre pays natal.
Everard mit le contact de manœuvre. Le saute-temps fit un looping et s’élança avec une accélération de trois g.
Bien averti pourtant, le Patrouilleur lui-même eut du mal à tenir bon. Il ne sut jamais si ce fut la boucle ou le piqué qui avait projeté Boierik dans le vide ; il n’eut que la brève et affreuse vision de l’homme plongeant dans le vent, vers la mer.
Puis, pendant un court instant, Everard plana au-dessus des vagues. Sa première réaction fut un frisson… et si Boierik avait eu le temps de tirer ? La seconde fut un sentiment de remords. Il les chassa toutes les deux et se concentra sur le problème du sauvetage de Van Sarawak.
Il régla les verniers spatiaux à trente centimètres du banc des prisonniers, le temps à une minute après son départ. Il garda la main droite à proximité des commandes – il allait devoir faire vite – et la gauche libre.
La machine se matérialisa en un clin d’œil presque devant Van Sarawak. Everard le prit par sa tunique et l’attira dans le champ spatio-temporel tout en manœuvrant à l’envers le cadran des temps et en remettant instantanément le contact.
Une balle ricocha sur du métal. Everard aperçut Arkonsky qui criait. Puis tout disparut ; ils se trouvèrent deux mille ans plus tôt sur une colline herbeuse qui descendait à la mer.
Everard se laissa choir en avant sur son guidon, le corps parcouru de frissons.
Un cri le ramena à lui. Il se tourna et vit Van Sarawak étendu sur la colline. Le Vénusien avait encore le bras passé autour de la taille de Deirdre !
Le vent s’était apaisé ; la mer roulait son écume et des nuages passaient très haut dans le ciel.
— Je ne peux guère vous le reprocher, Sarawak, dit Everard, les yeux baissés, mais cela complique singulièrement les choses.
— Qu’est-ce que je devais faire ? (Il y avait quelque chose de dur dans la voix du Vénusien.) La laisser derrière pour que ces salauds la tuent… ou pour qu’elle disparaisse avec tout son univers ?
— Au cas où vous l’auriez oublié, nous sommes conditionnés à ne pas révéler l’existence de la Patrouille aux personnes étrangères. Nous ne pourrions pas dire la vérité, même si nous en avions envie… et moi, du moins, je n’en ai nulle envie.
Il regarda la jeune fille. Elle était debout et respirait profondément, le regard vague. Le vent caressait ses longs cheveux et sa robe mince. Elle hocha la tête comme pour s’éclaircir les idées et accourut à eux en leur prenant les mains.