Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Angélique se révolte Part 2 - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Angélique se révolte Part 2

Электронная книга - «Angélique se révolte Part 2». Краткое содержание книги:

Angélique se révolte Part 2
1 ... 8 9 10 11 12 13 14 15 16 ... 55
Перейти на страницу:

Elle eut un choc bizarre. Elle se voyait sur une route défoncée dans un décor semblable, un cavalier se tournait vers elle et il avait le sourire de maître Gabriel.

– Non, s'entendit-elle répondre après un instant assez long. Je ne suis que votre servante, maître Gabriel. On jaserait...

– Il est vrai que nous ne sommes pas ici aux abords de Paris, sur la route de Charenton.

Le voile se déchira. La Polak était à ses côtés. Elle avait les pieds glacés comme aujourd'hui2.

Comme aujourd'hui, elle avait au cœur l'angoisse d'un enfant menacé : Cantor enlevé par les Bohémiens. Des cavaliers avaient fait halte. L'un d'eux l'avait prise en croupe pour la ramener vers Paris. C'était un jeune homme protestant fils d'un marchand de La Rochelle.

– Me reconnaissez-vous, à présent ? demanda le marchand.

– Oui, vous êtes le cavalier qui m'avez secourue un soir d'hiver, il y a des années.

Elle demeurait figée sous la pluie. Douze années s'abolissaient. Les deux scènes étaient proches, jumelles. Elles avaient le même goût de détresse, de solitude infinie. Dans l'abandon total, un visage d'homme étranger, un sourire compatissant apportait un fugitif réconfort.

Ce qui la frappait d'abord dans cette découverte, c’était surtout cela. La similitude des deux situations, avec, entre elles, les sommets vertigineux d’honneurs et de richesses à la cour de France.

« Ainsi, se dit-elle, il a fallu que tu boucles, par deux fois, le cercle infernal pour comprendre ?... pour comprendre que tu n'avais nulle place en ce royaume, et qu'il te fallait partir... partir au-delà des mers... »

Avec un mélange de soulagement et d'humiliation, elle songeait en pensant à maître Gabriel : « Heureusement, il ne m'a connue que misérable... »

Il avait dû garder le souvenir d'une pauvresse des faubourgs, il avait retrouvé une brigande des grands chemins. Il n'y avait rien là de bien rassurant. La générosité avec laquelle il l'avait accueillie sous son toit n'en était que plus admirable. Cela correspondait mal à la morale, prudente à l'excès, de son caractère.

– Pourquoi avez-vous fait cela ? dit-elle d'un élan, je veux dire : comment avez-vous eu assez confiance en moi pour m'ouvrir votre maison ?

II avait suivi sans peine le raisonnement qu'elle n’énonçait pas, et il comprit le sens de sa question.

– Je crois à la valeur de certains signes, répondit il. Le visage entrevu un soir d'hiver, comme le symbole ravissant et déchirant de la grande ville cruelle, me poursuivait et, au cours des années, j'avais fini par me persuader qu'il aurait un autre sens que celui d'un souvenir, que cette rencontre avait été comme un avertissement... ce coup de glas qui sonne quelque part dans l'éternité du destin, dont l’écho se perd... Mais quelque chose arrive et l'on « souvient d'avoir été averti.... Quand je vous ai reconnue au cours de cette échauffourée, cela ne m'a pas paru tellement étonnant. C'était écrit. Je ne pouvais faire autrement que de m'intéresser à vous et à votre enfant. Je sentais que c'était mon devoir de faire tout pour vous sortir de cette prison avant qu'il ne soit trop tard. J'ai bénéficié de l'absence du juge catholique.

Il remarqua, rêveur :

– ... Pourquoi ai-je dit ces mots : avant qu'il ne soit trop tard ?... Il est vrai que j'étais persuadé que le temps pressait, que c'était pour vous une question d'heures. J'étais hanté par ces paroles de la Bible : « Délivre ceux qu'on traîne à la mort. Ceux qu'on va égorger, sauve-les... » Je sens que votre présence parmi nous a une immense portée mais laquelle ?

– Je crois savoir laquelle, dit Angélique poussée elle aussi par l'atmosphère insolite de ces confidences et de cette lande désolée, battue de vent et déserte maintenant autour d'eux. C'est que je dois vous sauver un jour, vous et les vôtres, comme vous m'avez sauvée...

Chapitre 5

Quelqu'un la dépassa et dit :

– La Française !

Angélique se retourna. Un homme s'était arrêté et !a contemplait bouche bée. Il portait un habit aux broderies de dorures fanées, de souliers à talons rouges dont le cuir s'écaillait, un chapeau à la plume défraîchie. Il clignait des yeux comme une chouette au soleil.

– La Française, répéta-t-il, la Française aux yeux verts !

Angélique avait simultanément envie de fuir et de savoir. Machinalement, elle s'avança vers lui. Il bondit comme un écureuil.

– Cette fois, aucun doute. C'est bien vous... Un tel regard ! Mais...

Il détaillait sa mise modeste, son bonnet cachant étroitement sa chevelure.

– ... Mais... vous n'étiez donc pas marquise ? On l’affirmait pourtant à Candie... et je l'ai cru... J'ai pourtant vu vos papiers, que diable !... Que faites-vous ici, sous cet accoutrement ?...

Maintenant, elle le reconnaissait, surtout à son menton mal rasé.

– Monsieur Rochat... Vous ?... Est-ce possible ? Vous avez donc réussi à quitter les colonies du Levant comme vous le souhaitiez ?

– Et vous, vous avez donc réussi à échapper à Moulay Ismaël ?

« Le bruit avait couru qu'il vous avait fait périr dans les tortures...

– Non, puisque me voici !

– J'en suis fort heureux.

– Et moi donc !... Ah ! cher monsieur Rochat, quel plaisir de vous revoir.

– Plaisir entièrement partagé, chère madame.

Ils se serrèrent les mains avec effusion. Jamais Angélique n'aurait pu croire que de retrouver la personnalité falote du fonctionnaire colonial pourrait la combler à ce point. Ils étaient tous deux comme les seuls survivants d'une terre magique se rencontrant aux limbes.

Rochat, traduisant leur sentiment mutuel, s'écria :

– Ah ! Enfin !... quelqu'un de « là-bas »... avec qui parler !... dans ce port septentrional, sans âme, sans couleurs... quel soulagement ! J'exulte !

Derechef, il lui serra les mains à les briser, puis s'assombrit.

– ... Mais... vous n'étiez donc pas marquise ?...

– Chut ! fit-elle en regardant autour d'elle.

« Trouvons un endroit tranquille pour nous entretenir et je vous expliquerai, murmura Angélique. Rochat dit, avec une moue dédaigneuse que, malheureusement, il ne connaissait guère d'endroits à La Rochelle, où l'on puisse boire du vrai café turc. Il y avait bien la « Taverne de la Nouvelle France » où l'on servait un breuvage de ce nom mais c'était de « leur » café des Iles. Rien de commun avec les fèves des plateaux d'Éthiopie, dûment grillées selon les rites et dont on buvait « là-bas », en Orient, le divin extrait. Ils se rendirent néanmoins à la piteuse taverne en question, heureusement déserte à cette heure, et s'assirent dans l'encoignure d'une fenêtre. Rochat refusa le café proposé.

– Franchement, je ne vous le recommande pas. Une teinture de réglisse mélangée de décoction de glands, voilà ce qu'ils appellent ici : café...

Ils se rabattirent sur un petit vin des Charentes, toujours maître ici et assuré de plaire, que le patron accompagna d'une opulente assiette de fruits de mer et de coquillages.

– La seule chose acceptable dans ce triste pays, dit Rochat : les crustacés, les oursins, les huîtres... je m'en gave... (Il eut un regard désabusé vers le treillis des vergues et des cordages qui obscurcissait le ciel lumineux...) Que c'est triste ! Où sont les galères de Malte et leurs bannières, les oriflammes des pirates chrétiens, les petits ânes et leurs paniers d'oranges... Simon Dansat et sa barbe rouge !

Angélique était tentée de lui faire remarquer que ce port n'était ni aussi septentrional, ni aussi dénué de couleurs qu'il paraissait le croire.

– Ne vous plaigniez-vous pas, jadis, de vous enliser en Orient ? Vous ne rêviez que du retour dans la métropole.

1 ... 8 9 10 11 12 13 14 15 16 ... 55
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)