Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Je pénétrai dans le logis, intérieur simple de poète, qui ne recherche point les délicates ornementations, intérieur d’érudit surtout, car il était un des humanistes les plus remarquables de son époque.
Il avait eu des débuts pénibles, très pénibles. Ayant abandonné à ses sueurs sa part d’héritage, il s’était mis à travailler la médecine, après avoir fait de magnifiques études latines et grecques.
M. Maxime Du Camp, dans ses indiscrétions littéraires, dit de lui : « Nul poète grec, nul poète latin qui ne lui fût connu. Il en faisait sa lecture habituelle et savait n’être point pédant. »
Le besoin de produire le harcelant, il se mit à donner des leçons pour vivre, tout en écrivant des vers. C’est alors qu’il composa Melœnis, une merveille exquise de grâce, de force et de rythme, son chef-d’œuvre peut-être.
Puis, il vint à Paris, où il eut son premier grand succès avec Madame de Montarcy. Il habita Mantes ensuite, puis Rouen vers la fin de sa vie. Son dernier succès au théâtre fut la Conjuration d’Amboise.
Ses deux recueils de vers, Festons et Astragales et Dernières Chansons, le classent au premier rang des vrais poètes de notre siècle.
Son grand malheur est d’avoir toujours été pauvre, ou d’être venu trop tard à Paris. Paris est le fumier des artistes ; ils ne peuvent donner que là, les pieds sur les trottoirs et la tête dans son air capiteux et vif, toute leur complète floraison. Et il ne suffit pas d’y venir ; il faut en être, il faut que ses maisons, ses habitants, ses idées, ses mœurs, ses coutumes intimes, sa gouaillerie, son esprit vous soient familiers de bonne heure. Quelque grand, puissant, génial qu’on soit, on garde, quand on ne sait pas devenir parisien jusqu’aux moelles, quelque chose de provincial. Bouilhet, dont les poésies détachées sont comparables aux plus belles choses des grands poètes, montre dans son théâtre, plein cependant de richesses exceptionnelles, une certaine tendance vers une grandeur un peu convenue dont il se fût peut-être débarrassé s’il avait pu, comme bien d’autres, venir à vingt ans sur les boulevards.
Pendant six mois, je le vis chaque semaine, tantôt chez lui, tantôt chez Flaubert. Timide en public, il était, dans l’intimité, débordant d’une verve incomparable, d’une verve nourrie, de grande allure classique, pleine de souffle épique et de finesse en même temps.
J’appris un jour qu’il était fort malade. Il mourut brusquement le lendemain.
Et je me rappelle la foule, la foule inconsciente, incapable de subtiles délicatesses, piétinant ses fleurs, écrasant les plates-bandes, broyant les œillets, les roses, tout ce qu’il aimait d’un amour chantant et attendri, pour se presser autour du lourd cercueil de chêne que quatre croque-morts emportaient en déchiquetant, tout le long d’une allée, deux fines bordures de bouquets bleus.
Et je répétais machinalement les tristes vers de la dernière pièce d’un dernier livre :
Les journaux locaux viennent d’annoncer que l’inauguration du monument aura lieu le 24 de ce mois. Espérons que cette nouvelle sera démentie et qu’on fixera une date plus éloignée. En précipitant ainsi cette cérémonie qui pourrait attirer devant le buste du poète disparu tous les poètes jeunes et vieux de la France actuelle : Banville, Coppée, Silvestre, Mendès, Bourget, etc., on s’exposerait à n’avoir, ce jour-là, autour du monument que les Rouennais lettrés, peu nombreux, et les amis particuliers de l’écrivain, ce qui serait insuffisant.
Quand il écrivait ces vers de la Dernière Nuit, le poète dont on inaugurait le buste à Rouen l’autre jour, Louis Bouilhet, songeait au noir guignon qui le poursuivit jusqu’à la mort. Il fut pauvre et il demeura toujours un peu méconnu du public, bien que mis à sa place par les vrais lettrés.
Il était un poète-artiste, et l’art, en poésie comme en prose, est ce qui demeure le plus méconnu du lecteur vulgaire. Le commun des hommes veut tout simplement qu’on lui exprime avec des rimes les choses qu’il pense communément. La rime n’est guère pour lui qu’un moyen mnémotechnique ; et il demeure étranger aux subtiles délicatesses des rythmes, à l’ordonnance euphonique des mots, à la concordance de l’harmonie avec l’idée. Et voilà pourquoi le public, presque toujours, prend l’ombre pour la réalité, les faux poètes pour les vrais, préfère Musset à Baudelaire et des ritournelles patriotiques aux œuvres superbes de Lecomte de Lisle.
Qui donc sait par cœur Midi, les Éléphants, Caïn, les Hurleurs, le Sommeil du Condor ? — Personne, sauf les poètes.
M. Leconte de Lisle est, et restera, un grand poète ignoré, pas même académicien, mais plus immortel cependant que trente-huit au moins des quarante ; car les œuvres de cette envergure sont plus fortes que l’opinion des ignorants. Louis Bouilhet, malgré d’éclatants triomphes au théâtre, resta incompris du monde, qui ne connut guère et n’apprécia point, par inconséquence naturelle, les plus rares beautés du poète : Melœnis, les Fossiles et ses exquises poésies légères. Il en souffrit. Bien que ne parlant presque jamais de lui, il laissa parfois percer sa tristesse :
Cette malchance invincible l’a poursuivi jusqu’après sa mort. Ses vrais amis (j’entends les amis de l’artiste) espéraient que l’inauguration du monument qu’on vient d’élever à sa mémoire serait l’occasion d’un réveil de sa gloire endormie. Tous seraient venus parmi les poètes : Banville, Silvestre, Sully Prudhomme, Bourget, Catulle Mendès, Richepin, Coppée, Bouchor, etc. Et que de romanciers, que de journalistes, que d’auteurs dramatiques, vieux amis du mort, ou admirateurs fidèles, auraient voulu se réunir autour de son buste ! Rouen, Rouen même, semblait prête à célébrer pompeusement son enfant disparu. Les autorités offraient leur concours.
On s’est contenté d’une cérémonie piteuse, par suite, dit-on, de je ne sais quelles questions d’amour-propre local, ou peut-être grâce simplement à la maladresse de quelques membres rouennais du comité.