Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
La reine reprit trois fois des tripes !
Puis, à la fin du déjeuner, comme un de ces hommes en qui tous les respects sont plantés avait conseillé à Ernestine d’enlever du mur un autographe d’Emilio Castelar, elle s’approcha de l’auguste convive :
« Dites donc, la Reine, on m’a dit d’enlever ça parce que vous alliez venir. C’est-il vrai que ça vous fâchera que je l’aie laissé ? Mais voyez-vous, M. Castelar est mon ami, et, moi, je n’cache jamais mes amis. »
La reine répondit : « Vous avez eu raison. M. Castelar est notre ennemi ; mais je sais lui rendre justice ; c’est un homme de grand talent. »
Quand la voiture royale s’en alla, Ernestine, debout sur la porte, cria : « Au revoir, la Reine ! » Un monsieur présent, un peu choqué, lui dit : « Vous l’empêcherez de revenir, vous être trop familière. » Elle riposta : « Eh bien, si a n’veut pas r’venir, a ne reviendra pas. Moi je n’me gêne point. »
La reine d’Espagne revint deux fois.
On pourrait raconter sur Ernestine des multitudes d’anecdotes. Elle a vu tant de monde et tant de choses !
Au moral on ne la connaît guère. Elle est brave fille, familière, avec des dehors toujours joyeux et, peut-être, des dedans pas toujours gais. En elle semble s’être incarné l’esprit normand, bon enfant, rieur et rusé. Car elle est rusée comme personne, mais rusée dans le bon sens du mot, sans aucune perfidie méchante, rusée inconsciente, astucieuse par instinct, pleine de moyens, de diplomatie voilée, d’habiletés campagnardes, d’intentions dissimulées.
D’un coup d’œil elle pénètre et connaît ses clients, elle les juge et les jauge. Et elle ne se contente pas de les servir selon son appréciation, mais elle leur parle comme il faut leur parler, et, avec un air superbe de franchise, flatte délicatement leurs opinions, les amuse et les séduit, les édifie au besoin.
Si quelque romancier voulait écrire un roman sur les paysans, elle serait un type absolument superbe à connaître et à décrire.
En sortant de chez Ernestine, on va voir la falaise de Saint-Jouin, la plus magnifique de la côte.
Ce n’est plus la muraille droite et blanche d’Étretat, mais un chaos étrange de roches éboulées, les unes accumulées comme des ruines de châteaux anciens, les autres gisant çà et là au milieu d’herbes hautes où bouillonnent des sources.
Et l’on sait, à n’en pouvoir douter, l’abbé Cochet, nouveau Faria, l’ayant écrit et raconté, l’abbé Cochet, ce père d’Étretat, l’antiquaire bien connu, mort aujourd’hui, on sait, dis-je, que dans ces roches bouleversées un gros trésor est caché.
Dans ce procès retentissant qui préoccupe en ce moment tous les esprits, un personnage attire particulièrement l’attention, c’est la femme Fenayrou.
Le public, exaspéré, la voudrait lapider, les hommes raisonnables restent confondus devant elle, la déclarant un problème moral ; enfin, beaucoup de journalistes ont affirmé simplement que « c’est une hystérique », se contentant de cette expression qui sert maintenant à tout expliquer.
Hystérique, madame, voilà le grand mot du jour. Êtes-vous amoureuse ? Vous êtes une hystérique. Êtes-vous indifférente aux passions qui remuent vos semblables ? Vous êtes une hystérique, mais une hystérique chaste. Trompez-vous votre mari ? Vous êtes une hystérique, mais une hystérique sensuelle. Vous volez des coupons de soie dans un magasin ? Hystérique. Vous mentez à tout propos ? Hystérique ! (Le mensonge est même le signe caractéristique de l’hystérie.) Vous êtes gourmande ? Hystérique ! Vous êtes nerveuse ? Hystérique ! Vous êtes ceci, vous êtes cela, vous êtes enfin ce que sont toutes les femmes depuis le commencement du monde ? Hystérique ! Hystérique ! Vous dis-je. Nous sommes tous des hystériques, depuis que le docteur Charcot, ce grand prêtre de l’hystérie, cet éleveur d’hystériques en chambre, entretient à grands frais dans son établissement modèle de la Salpêtrière un peuple de femmes nerveuses auxquelles il inocule la folie, et dont il fait, en peu de temps, des démoniaques.
Il faut être vraiment bien ordinaire, bien commun, bien raisonnable, pour qu’on ne vous classe point aujourd’hui parmi les hystériques. Les académiciens ne le sont pas ; les sénateurs non plus.
Tous les grands hommes le furent. Napoléon Ier l’était (pas l’autre), Marat, Robespierre, Danton, l’étaient. On entend dire fréquemment de Mme Sarah Bernhardt : « C’est une hystérique. » Messieurs les médecins nous apprennent aussi que le talent est une espèce d’hystérie, et qu’il provient d’une lésion cérébrale. Le génie, par conséquent, doit provenir de deux lésions voisines, c’est de l’hystérie double.
La Commune n’est pas autre chose qu’une crise d’hystérie de Paris.
Nous voilà bien renseignés.
Eh bien, à mon humble avis, la nommée Gabrielle Fenayrou n’est pas une hystérique. C’est tout simplement une femme pareille à beaucoup d’autres.
Nous restons éternellement stupéfaits devant les moindres actions des femmes qui déroutent sans cesse notre logique boiteuse. Nous sommes, en général, des êtres de raisonnement, même quand nous raisonnons mal ou faux. La femme est un être de sensation et de passion. Ce qu’a fait Mme Fenayrou, mille femmes le feraient en des occasions semblables. Aimait-elle ou n’aimait-elle pas Aubert ? Peu importe. Aubert ne l’aimait plus : elle était donc une femme abandonnée. Cela suffit.
Changeante, nerveuse jusqu’à la folie, bouleversée par les plus fuyantes impressions, prête à tous les actes extrêmes, aux plus grands dévouements comme aux plus grands crimes, la femme, pour qui l’amour est tout (amour d’un homme, amour de ses enfants, amour du vice, amour de Dieu) est capable de tout dans un dépit d’amour. Combien s’empoisonnent en une heure de fièvre inexplicable ! Combien d’autres, des filles appartenant souvent au premier venu, poignardent et vitriolisent à bout portant un amant quelconque qui les abandonne !
Si l’on recherchait toutes les vengeances obscures, mais plus odieuses qu’un meurtre, des femmes délaissées, on demeurerait épouvanté à ne plus oser jamais dire une parole de tendresse.
D’où viennent les lettres anonymes, les délations, les révélations criminelles qui font battre deux hommes, ou assommer l’un d’eux, les calomnies mortelles, toutes les perfidies dont on est frappé par derrière ? Presque toujours d’une femme dont on fut las avant qu’elle ne fût lasse de vous.
La femme, dans ses colères d’amour, déjoue toutes nos suppositions. Nous ne la comprenons pas, nous ne la pressentons pas ; nous ne l’expliquons jamais. Et les autres femmes demeurent surprises de choses qu’elles-mêmes auraient faites en des occasions semblables.
Toutes heureusement ne sont point ainsi, mais elles restent nombreuses, celles dont l’âme surexcitée à la moindre impulsion est capable des plus cruelles violences.
Si nous pouvions interroger les femmes qui ont aimé, qui ont souffert par l’amour, qui ont vu s’éloigner d’elles l’homme à qui elles s’étaient données, combien nous avoueraient qu’elles ont médité des vengeances aussi terribles que celles de Fenayrou contre Aubert ? Elles ne les ont point accomplies, direz-vous ? Mais pourquoi ? Parce que la femme n’est pas un être d’action. Supposez maintenant à son côté un homme, un mari outragé qui la terrasse, qui la domine, qui la pousse encore à cette vengeance rêvée. Alors elle ne reculera plus, et l’aidera jusqu’au bout, en demeurant en arrière à l’heure de l’exécution.