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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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« Il a l’intention de maintenir l’Ordonnance sur Calyxa ! ai-je protesté.

— À ce qu’il dit. Mais elle est en sécurité pour le moment, Adam, et nous avons suffisamment de temps pour mettre une stratégie au point.

— Une stratégie !… Ça m’a l’air un peu léger ! C’est comme s’il la tenait en otage !

— Exactement : il veut qu’elle soit son otage, et même si je capitule, je pense qu’elle le restera, comme garante de ma conduite.

— À quoi sert une stratégie, dans ce cas ?

— De toute évidence », a répondu Julian en tirant sur sa barbe blonde, ce qui a fait danser au même rythme la cicatrice sur sa joue, « il nous faut nous-mêmes prendre un otage. »

J’ignorais ce qu’il entendait par là et il n’a pas voulu me l’expliquer. Il m’a demandé de garder secrets les détails de cette rencontre (surtout vis-à-vis de Calyxa) jusqu’à ce qu’il eût résolu certains points sur la manière de procéder. Il m’a affirmé être déterminé à faire abroger l’Ordonnance et assuré que Calyxa ne courrait aucun danger.

J’ai essayé très fort de le croire.

Le 1er janvier 2175, un détachement de Gardes républicains a cerné le vieux bâtiment sur la Cinquième Avenue dans lequel le Dominion entreposait les anciens livres et documents interdits. Il en a expulsé manu militari le conservateur et son équipe avant de prendre possession des lieux. Par un décret officiel publié dans l’édition du jour du Spark et d’autres quotidiens new-yorkais, Julian a annoncé que des « problèmes de sécurité » avaient rendu nécessaire de « fédéraliser » les Archives du Dominion. « Bien que dignes de louanges, les efforts du Dominion pour protéger le public des erreurs des Profanes de l’Ancien Temps en fermant les portes de cette grande Bibliothèque sont devenus stériles en notre époque moderne où la connaissance elle-même est une arme de guerre, a-t-il écrit. J’ai donc ordonné à l’armée de prendre le contrôle de cette institution, et le moment venu de la rendre accessible aux spécialistes tant civils que militaires, afin d’assurer de manière indéfectible le succès et la prospérité des États-Unis. »

Nous avions notre contre-otage, autrement dit, sauf qu’il s’agissait d’un bâtiment et non d’une personne.

Le lendemain, Hollingshead a expédié par messager à Julian une violente protestation sur papier à en-tête du Dominion. Julian l’a lue avec le sourire, puis l’a froissée et lancée par-dessus son épaule.

3

Bien que je les eusse surtout passés sur le domaine du palais présidentiel et dans des conditions perturbantes, les mois de Noël à Pâques ont été heureux à bien des égards.

En premier lieu parce que je pouvais rester auprès de Calyxa. L’Ordonnance ecclésiastique, toujours en vigueur, l’empêchait de quitter le domaine, mais sa grossesse aurait de toute manière grandement limité ses déplacements. Julian nous avait de surcroît promis qu’il la protégerait des hommes de main du Dominion et qu’elle recevrait les meilleurs soins des médecins de la classe eupatridienne.

Je travaillais dans le même temps au roman promis à M. John Hungerford, l’éditeur du Spark. Je m’étais décidé à lui donner comme titre Un garçon de l’Ouest sur l’Océan, ou : Perdu et Retrouvé dans le Pacifique. J’avais en partie suivi le conseil donné par Theodore Dornwood après la bataille de Mascouche, « écrire ce qu’on connaît », aussi mon héros était-il un jeune homme qui me ressemblait beaucoup, bien qu’un peu plus ingénu et plus confiant. Le récit parlait toutefois principalement d’îles du Pacifique, de pirates et d’aventures maritimes en général. Pour ces passages, j’ai puisé dans ce que j’avais appris de la navigation à bord du Basilisk tout en empruntant largement à l’œuvre de Charles Curtis Easton, dont les histoires m’avaient enseigné tout ce que je connaissais sur la piraterie asiatique.

Le livre, qui a été très agréable à écrire, m’a paru à la fois bon et original, même si ce qu’il avait d’original n’était pas forcément bon et ce qu’il avait de bon n’était pas toujours original. M. Hungerford a trouvé à son goût les chapitres que je lui ai montrés et affirmé que le produit fini se vendrait sans doute comme des petits pains, « étant donné le goût du public pour ce genre de choses ».

Le matin, j’écrivais en général jusqu’au déjeuner, que je prenais avec Calyxa avant de sortir marcher, histoire de prendre de l’exercice, parfois dans les rues de Manhattan, mais le plus souvent dans les jardins du palais, puisque le temps devenait plus clément. L’ancien « Parc », comme l’appelaient encore certains des jardiniers, regorgeait de bizarreries qui éveillaient l’intérêt du flâneur, telle cette vieille Girafe mâle, dernière descendante d’une famille de ces improbables créatures offerte par un Premier ministre africain à l’époque des Présidents Pieux. L’animal, qu’on laissait déambuler à sa guise, mangeait les feuilles des arbres et le foin au grenier des écuries. Mieux valait ne pas trop en approcher, car son mauvais caractère l’incitait à charger quiconque l’importunait. Mais de loin, son aspect misérable et son irascibilité devenaient moins apparents, aussi était-il magnifique. Il appréciait particulièrement la Pelouse aux Statues et cela me fascinait de le voir rester à l’ombre de l’aiguille de Cléopâtre ou à côté de la torche en cuivre du Colosse de la Liberté comme s’il s’attendait à voir pousser dessus des plantes vertes et comestibles, ce qui ne s’est bien évidemment jamais produit.

Les jours de pluie, il s’abritait dans le bosquet d’ailantes près du Pond. Des clôtures le tenaient à l’écart des Terrains de Chasse afin qu’il ne fût pas abattu par accident. À ce que m’ont dit les jardiniers, il s’appelait Otis. C’était une noble Girafe célibataire et elle faisait mon admiration.

À plusieurs occasions au cours de l’hiver, Julian, las des distractions de la présidence, est venu dans notre pavillon d’amis me prier de me promener avec lui. Nous avons passé plusieurs après-midi glacés et ensoleillés à arpenter la réserve le fusil à la main, en faisant semblant de chasser quand nous nous contentions en réalité de revivre les plaisirs simples partagés à Williams Ford. Julian continuait à parler de Philosophie, du Destin de l’Univers et de ce genre de choses… centres d’intérêt ravivés par son exploration des Archives du Dominion et approfondies par les tragédies qu’il avait vécues à la guerre. Un ton bien particulier que je ne lui avais jamais entendu – mélancolique, presque élégiaque – apparaissait désormais dans sa conversation. J’ai imputé cela à la campagne de Goose Bay, qui l’avait beaucoup endurci.

Il se rendait souvent aux Archives libérées. Un samedi de mars, sur son invitation, je l’ai accompagné. Des gardes armés protégeaient encore sa façade de marbre, une des plus anciennes structures encore debout à New York, de toute tentative de réoccupation par la Police ecclésiastique. Nous sommes arrivés sous escorte prudente de la Garde républicaine, mais une fois à l’intérieur, nous avons pu déambuler seuls dans ce que Julian appelait « les Piles » : des pièces et des pièces de rayonnages serrés et bondés d’un nombre stupéfiant d’ouvrages des Profanes de l’Ancien Temps.

« Par chance, les Profanes publiaient énormément, a dit Julian d’une voix qui résonnait entre les croisées poussiéreuses. Durant la Chute des Villes, les livres ont souvent servi de combustible. On a dû en perdre ainsi des millions… et des millions encore du fait de négligences, de moisissures, d’inondations et cætera. Mais il en existait tellement que beaucoup en ont réchappé, comme tu le vois. Le Dominion nous a rendu un fameux service en les conservant, et commis un crime odieux en les gardant cachés. »

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