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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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Tous les détails de ce voyage viennent de m’être racontés par un témoin, qui justement accompagna aussi le modeste roi Louis-Philippe dans une tournée à peu près semblable.

Il est intéressant de comparer les divers procédés politiques du prince et de l’éminent républicain dans leurs voyages.

M. Gambetta, homme sans doute supérieur à Louis-Philippe, mais privé de cette éducation gouvernementale sucée avec le lait, arrive, conquérant audacieux, et il parle, espérant, selon l’admirable expression de Michelet, gagner les foules « de par la seule vertu d’une gueule retentissante ». Il parle avec de grands mots, jetant des sentiments généreux, des généralités entraînantes : « Patrie, République, industrie, progrès, démocratie, etc. » Une assemblée de voyageurs de commerce l’eût porté en triomphe. Les Normands attendaient des chiffres, des choses précises, des termes techniques. Ils ont gardé une froideur glaciale. A Quillebeuf, l’aventure est devenue réjouissante. Entraîné par son improvisation, l’illustre avocat, célébrant la Seine canalisée, proclame que, grâce à ce progrès, les pilotes cesseront d’être nécessaires. Or, à Quillebeuf, tout le monde est pilote : c’est la patrie du pilotage. Autant dire aux administrateurs de la Compagnie du gaz que, grâce à la lumière électrique, le gaz sera bientôt inutile. Immédiatement, une députation s’avance. En tête marche un gaillard à poitrine épaisse, qui se dandine sur ses jambes. Il arrête sans façon l’orateur en lui annonçant qu’il est pilote, maître pilote ! Il montre ensuite l’armée qui le suit : tous pilotes ; et il proteste au nom du pilotage méconnu. Interdit d’abord, l’habile avocat se retrouve bientôt et s’écrie avec enthousiasme que le pilotage est le plus beau jour de sa vie. Mais le Normand n’est pas du Midi !

Quand Louis-Philippe vint à Rouen, il appela immédiatement auprès de lui tous les hommes spéciaux qui pouvaient lui donner les renseignements les plus précis sur toutes les industries qu’il allait parcourir. Alors, dans chaque visite, sans phrases, interrogeant toujours en souverain désireux de tout connaître, plein de circonspection et parlant sobrement, pour prouver qu’il savait déjà, il étonnait et ravissait ces Normands sérieux et pratiques, grâce à cette érudition spontanée qu’un compère lui soufflait dans le dos. Un exemple est frappant entre tous. Louis-Philippe apprend qu’à Rouen vit un savant de grand mérite, M. Pouchet, le père de M. Georges Pouchet, l’éminent professeur actuel du Muséum d’histoire naturelle. En deux heures, le roi connaissait les travaux, les ouvrages, les découvertes, les luttes scientifiques de cet homme, et, quand il entra dans le laboratoire du professeur, celui-ci put croire que, de sa vie, le souverain ne s’était jamais occupé que d’histoire naturelle et principalement des études spéciales de M. Pouchet. On raconte encore dans le pays ce voyage royal. Celui-là savait séduire sans charlatanisme, bien qu’il fût incontestablement fort médiocre. Il connaissait son métier de roi.

L’autre jour, quand le grand orateur républicain quitta la Normandie, comprenant son insuccès, il ne put retenir, dit-on, cette parole : « Je suis un homme politique, moi ; je n’entends rien à toutes les questions spéciales. » N’aurait-il pas dû faire en sorte de les connaître, au moins cinq minutes ?

C’est qu’il n’est pas facile, ce métier d’enjôleur, d’entraîneur de peuples. Il faut saisir avec un tact infini les courants d’idées qui vous entourent, trouver le mot juste, le compliment nécessaire, ne blesser personne, rallier les mécontents, séduire toujours. Ces dons si divers, un seul peut-être les eut de naissance et poussés jusqu’à la perfection. C’est Napoléon Ier (que le Destin pourtant nous préserve de ses semblables). Outre que, sans emphase, il savait toujours trouver la phrase infailliblement entraînante, il possédait encore l’art d’interroger de telle sorte, qu’il vidait un homme en quelques minutes, extrayant de lui tout ce qu’il voulait, tout ce que l’autre savait, par des questions brusques, inattendues, singulièrement précises, qui désarticulaient le mauvais vouloir et perçaient les résistances.

Il fallait, pour lui tenir tête, une force d’âme presque surhumaine. Il était bien rare que, devant lui, on ne perdit point toute présence d’esprit. Un Normand justement eut cette chance de ne se point troubler en lui parlant. L’anecdote est presque inconnue. C’était un préfet de Rouen, esprit indépendant, bien qu’accompli, audacieux et railleur. Appelé à Paris avec tous ses collègues pour présenter ses compliments au roi de Rome qui venait de naître, il s’approcha, son tour venu, du berceau où bavachait l’enfant auguste, et, s’inclinant jusqu’à terre, il prononça ces paroles, au milieu du silence respectueux de l’armée des fonctionnaires qui venaient d’exprimer leurs vœux à cette larve impériale : « Monseigneur, je n’ai qu’une chose à vous souhaiter : puissiez-vous être plus tard aussi sourd aux compliments intéressés de vos flatteurs que vous l’êtes aujourd’hui à l’hommage de mon profond respect. »

L’empereur, présent, ne dit rien, mais n’oublia pas. Quelque temps après, se trouvant à Rouen, il se mit soudain à cribler son fonctionnaire de ces questions directes, terribles, dont il avait le secret et auxquelles il fallait répondre. « Combien de gens mariés dans votre département ? » Le préfet, impassible, jeta un chiffre. « Quelle est la longueur totale de vos routes ? » Le préfet n’hésita point. « Combien passe-t-il d’eau par jour sous le pont de Rouen, monsieur le préfet ? » L’autre indiqua la quantité d’eau. Alors, de cette voix ironique qui valait presque un arrêt de mort, l’empereur demanda. « Puisque vous savez tout, monsieur, combien avez-vous d’oiseaux de passage ici ? »

Le fonctionnaire salua de tout son corps : « Un seul, Sire, un aigle ! »

Napoléon ne continua pas.

C’étaient là, je ne le nie point, jeux de prince et de courtisan. Mais Napoléon, certes, n’aurait point oublié qu’il y a des pilotes à Quillebeuf !

Adieu mystères
(Le Gaulois, 8 novembre 1881)

Honte aux attardés, aux gens qui ne sont pas de leur siècle !

L’humanité est toujours divisée en deux classes, celle qui tire en avant et celle qui tire en arrière. Les uns quelquefois vont trop vite ; mais les autres n’aspirent — qu’à reculer, et ils arrêtent les premiers, ils retardent la pensée, entravent la science, ralentissent la marche sacrée des connaissances humaines.

Et ils sont nombreux, ces ankylosés, ces pétrifiés, ces empêcheurs de sonder les mystères du monde : vieux messieurs et vieilles dames bardés de morale enfantine, de religion aveugle et niaise, de principes grotesques, gens d’ordre de la race des tortues, procréateurs de tous ces jeunes élégants à cervelle d’oiseau, sifflant les mêmes airs de père en fils, pour qui toute l’imagination consiste à distinguer ce qui est chic de ce qui ne l’est pas. Un assassin, un soldat traître, tout criminel, quelque monstrueux qu’il soit me semble moins odieux, est moins mon ennemi naturel, instinctif, que ces retardataires à courte vue, qui jettent entre les jambes des coureurs en avant leurs préjugés antiques, les doctrines surannées de nos aïeux, la litanie des sottises légendaires, des sottises indéracinables, qu’ils répètent comme une prière.

Marchons en avant, toujours en avant, démolissons les croyances fausses, abattons les traditions encombrantes, renversons les doctrines séculaires sans nous occuper des ruines. D’autres viendront qui délaieront ; d’autres, ensuite qui reconstruiront ; puis d’autres encore qui redémoliront ; et d’autres toujours qui rétabliront. Car la pensée marche, travaille, enfante ; tout s’use, tout passe, tout change, tout se modifie. Les idées ne sont pas de nature plus immortelle que les hommes, les bêtes et les plantes. Et pourtant, comme elle vous tient souvent, cette tendresse coupable pour les croyances anciennes qu’on sait menteuses et nuisibles !

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