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Электронная книга - «Monsieur Lecoq». Краткое содержание книги:

Le précurseur, français, de Sherlock Holmes…
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Il s’arrêta, on ouvrait la porte de communication. Marie-Anne parut:

– Mon père, dit-elle, voici M. le marquis de Sairmeuse.

Ce nom, que Marie-Anne jetait d’une voix effrayante de calme, au milieu d’une explication brûlante, ce nom de Sairmeuse empruntait aux circonstances une telle signification, que M. d’Escorval fut comme pétrifié.

– Il ose venir ici, pensa-t-il. Comment ne craint-il pas que les murs ne s’écroulent sur lui!…

M. Lacheneur avait foudroyé sa fille du regard. Il la soupçonnait d’une ruse qui pouvait le forcer à se découvrir. En une seconde, les plus furieuses passions contractèrent ses traits.

Mais il se remit, par un prodige de volonté. Il courut à la porte, repoussa Marie-Anne, et s’appuyant à l’huisserie, il se pencha dans la première pièce, en disant:

– Daignez m’excuser, monsieur le marquis, si je prends la liberté de vous prier d’attendre; je termine une affaire et je suis à vous à l’instant…

Il n’y avait dans son accent ni trouble ni colère, mais bien une respectueuse déférence et comme un sentiment profond de gratitude.

Ayant dit, il attira la porte à lui et se retourna vers M. d’Escorval.

Le baron, debout, les bras croisés, avait assisté à cette scène de l’air d’un homme qui doute du témoignage de ses sens; et cependant il en comprenait la portée.

– Ainsi, dit-il à Lacheneur, ce jeune homme vient ici, chez vous?…

– Presque tous les jours… non à cette heure, mais un peu plus tard.

– Et vous le recevez, vous l’accueillez!…

– De mon mieux, oui, monsieur le baron. Comment ne serais-je pas sensible à l’honneur qu’il me fait!… D’ailleurs, nous avons à débattre des intérêts sérieux… Nous nous occupons de régulariser la restitution de Sairmeuse… J’ai à lui donner des détails infinis pour l’exploitation des propriétés…

– Et c’est à moi, interrompit le baron, à moi, votre ami, que vous espérez faire entendre que vous, un homme d’une intelligence supérieure, vous êtes dupe des prétextes dont se pare M. le marquis de Sairmeuse pour hanter votre maison!… Regardez-moi dans les yeux… oui, comme cela!… Et maintenant osez me soutenir que véritablement, dans votre conscience, vous croyez que les visites de ce jeune homme s’adressent à vous!…

L’œil de Lacheneur ne vacilla pas.

– À qui donc s’adresseraient-elles? dit-il.

Cette opiniâtre sérénité trompait toutes les prévisions du baron. Il n’avait plus qu’à frapper un grand coup.

– Prenez garde, Lacheneur!… prononça-t-il sévèrement. Songez à la situation que vous faites à votre fille, entre Chanlouineau qui la voudrait pour femme, et M. de Sairmeuse qui la veut…

– Qui la veut pour maîtresse, n’est-ce pas?… Oh! dites le mot. Mais que m’importe!… Je suis sur de Marie-Anne et je méprise les propos des imbéciles.

M. d’Escorval frémit.

– En d’autres termes, dit-il d’un ton indigné, vous faites de l’honneur et de la réputation de votre fille les enjeux de la partie que vous engagez!…

C’en était trop. Toutes les passions furieuses que Lacheneur comprimait éclatèrent à la fois; il ne songea plus à se contenir.

– Eh bien! oui!… s’écria-t-il avec un affreux blasphème, oui, vous l’avez dit: Marie-Anne doit être et sera l’instrument de mes projets… Ah! c’est ainsi. L’homme qui est où j’en suis ne s’arrête plus aux considérations qui retiennent les autres hommes. Fortune, amis, famille, la vie, l’honneur, j’ai d’avance tout sacrifié. Périsse la vertu de ma fille, périsse ma fille même, que m’importe! pourvu que je réussisse…

Il était effrayant d’énergie et de fanatisme, ses poings crispés menaçaient d’invisibles ennemis, ses yeux s’injectaient de sang.

Le baron le saisit par le revers de sa redingote comme s’il eût craint qu’il ne lui échappât…

– Vous l’avouez donc, lui dit-il… Vous voulez vous venger des Sairmeuse et vous avez fait Chanlouineau votre complice.

Mais Lacheneur, d’un mouvement brusque, se dégagea.

– Je n’avoue rien, répliqua-t-il… Et cependant je veux vous rassurer…

Il leva la main comme pour prêter serment, et d’une voix solennelle:

– Devant Dieu qui m’entend, prononça-t-il; sur tout ce que j’ai de sacré au monde, par la mémoire de ma sainte femme qui est en terre, je jure que je ne médite rien contre les Sairmeuse, que je n’ai jamais eu l’idée de toucher seulement un cheveu de leur tête… Je les ménage parce que j’ai absolument besoin d’eux. Ils m’aideront sans s’en douter.

Lacheneur disait vrai, cette fois; on le sentait; la vérité trouve à son service d’irrésistibles accents. Cependant M. d’Escorval feignit de douter. Il pensa qui si lui, de sang-froid, il attisait la colère de ce malheureux, il lui arracherait toute sa pensée. C’est donc d’un air de défiance insultante qu’il dit:

– Comment croire à vos serments, après vos aveux!… Calcul inutile!… Éclairé par une dernière lueur de raison, Lacheneur vit le piège; tout son calme lui revint comme par magie.

– Soit, monsieur le baron, dit-il, ne me croyez pas. Mais vous n’obtiendrez plus un mot de moi sur ce sujet; je n’en ai que trop dit. Je sais que votre seule amitié vous guide, ma reconnaissance est grande, mais je ne puis vous répondre. Les événements ont creusé un abîme entre nous, n’essayons pas de le franchir. Pourquoi nous revoir encore?… Il me faut vous répéter ce que je disais hier à M. l’abbé Midon. Si vous êtes mon ami, ne revenez plus ici, jamais, ni de nuit ni de jour, sous aucun prétexte… On irait vous dire que je suis à la mort, n’importe! ne venez pas, la maison est fatale. Et si vous me rencontrez, détournez-vous, évitez-moi comme un pestiféré dont le contact peut être mortel!… Le baron se taisait. C’était là, sous une forme nouvelle et bien autrement saisissante, ce que déjà lui avait dit Marie-Anne. Et son esprit s’épuisait à chercher le mot de cette effrayante énigme.

– Mais il y a mieux, poursuivait Lacheneur. Tout en ce pays est fait pour éterniser le désespoir de Maurice. Il n’est pas un sentier, pas un arbre, pas une fleur qui ne lui rappelle cruellement le rêve de ses amours perdues… Partez, emmenez-le, loin, bien loin…

– Eh!… le puis-je!… Ce misérable Fouché ne m’a-t-il pas emprisonné ici!…

– Raison de plus pour écouter mes conseils. Vous avez été l’ami de l’Empereur, donc vous êtes suspect. Vous êtes environné d’espions. Vos ennemis guettent dans l’ombre une occasion de vous perdre. Que leur faut-il pour vous jeter en prison?… Une démarche mal interprétée, une lettre, un mot… La frontière est proche, allez attendre à l’étranger des temps plus heureux…

– C’est ce que je ne ferai pas, dit fièrement M. d’Escorval.

Son accent n’admettait pas de discussion, Lacheneur ne le comprit que trop, et il parut désespéré.

– Ah!… vous êtes comme l’abbé Midon, fit-il d’une voix sourde, vous ne voulez pas croire… Qui sait cependant ce qui peut vous en coûter d’être venu ici ce matin? Enfin, il est dit que nul ne peut fuir sa destinée. Mais si quelque jour la main du bourreau s’abattait sur votre épaule, rappelez-vous que je vous ai prévenu, et ne me maudissez pas…

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