Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Comment cela, demanda Alexandre, admirant, sans en être étonné, cette suprême audace.
– Je ne demande pas mieux que de causer, puisque, pour le moment, nous n’avons pas autre chose à faire.
» Je vous disais donc que Zouga qui est bien à lui tout seul plus malin que tous les contrebandiers catalans, a fait rapidement de moi un apprenti crocodile assez passable.
– Encore !... que diable voulez-vous dire ?
– C’est tout simple. Vous saurez que les Betchuanas se divisent en plusieurs tribus ayant pour emblème un animal quelconque, et que cet animal, est, en quelque sorte, une espèce de divinité.
» Ils imitent ses attitudes, ses cris, et en adoptent jusqu’au nom. Vous connaissez ceux du Lion, ceux du Serpent, ceux du Zèbre, que sais-je encore. Vous savez cela mieux que moi, puisque c’est vous qui me l’avez enseigné.
» Or donc, Zouga appartient à la tribu des Bakouénas, ce qui veut dire : ceux de l’Alligator. Vous devinez le reste. Zouga qui sait se déguiser en crocodile pour de vrai, a pensé à utiliser ses talents pour opérer, sans crainte d’être aperçu, une reconnaissance sur le fleuve. Son procédé est tout simplement étourdissant. Vous allez voir. C’est que, avant peu, vous deviendrez aussi des crocodiles numéro un.
» Où en étais-je ? Ah ! oui. Je disais que Zouga m’a conduit dans un endroit où le fleuve forme une espèce de bassin recouvert de plantes aquatiques empêchant absolument d’apercevoir les eaux qu’elles recouvrent. Il a écarté ces herbes, et esquissé une jolie grimace de contentement, en trouvant, amarrées à la sous-berge quelques lianes solides plongeant dans le fleuve.
» Je me dis : Té, ce sont des lignes de fond. Mon brave camarade craignant sans doute la famine a braqué ses engins de pêche. Il va m’offrir une matelote au vin de palme. Malgré ma curiosité, je ne l’interrogeai pas, ayant appris, surtout ici, que les démonstrations valent mieux que les discours.
» Zouga se mit à haler sur une liane. J’en fis autant. C’était assez lourd et j’éprouvai une certaine résistance. Le poisson devait être de taille. Je halais en conscience, quand, tout à coup, je lâchai tout en voyant émerger. Je vous le donne en cent. Devinez.
– Un crocodile, parbleu, répondit en riant Alexandre.
– Je le crus en effet. Mais je me rassurai, quand au lieu d’apercevoir en chair et en os un de ces énormes et horribles lézards, je me trouvai en présence d’un fin canot en bois dur figurant assez bien un alligator.
– Pas possible !
– Comme j’ai l’honneur de vous le dire. La tête de l’animal est assez habilement sculptée à l’avant, et l’arrière du canot rempli avec de la terre glaise le fait enfoncer comme un bâtiment sous le poids de sa poupe.
– C’est parfaitement imaginé.
– Oh ! ceci n’est rien encore. Mais la manœuvre !... Tour de reins, casse-poignets et torticolis mélangés... rien n’y manque.
– Explique-toi.
– Vous le comprendrez d’autant mieux quand vous serez crocodiles. N’est-ce pas, Zouga ?
– Oui.
– Tout n’est pas rose, allez, dans cette noble profession dont notre ami, le chef Bakouéna, est un des représentants les plus autorisés.
» Il faut d’abord se coucher tout du long, à plat ventre, dans cette espèce de périssoire, et figurer avec son dos, le dos du caïman.
– Mais, nos épidermes blancs s’accommodent mal de la couleur brune de tes lézards géants.
– Zouga m’a barbouillé d’une vase épaisse dont je ne pourrai me débarrasser qu’après plusieurs lessives prolongées.
– Bravo ! Vous avez réponse à tout.
– Amplement couvert de ce badigeon, le caïman amateur s’arme d’une pagaye, la plonge dans l’eau et la fait mouvoir à la godille, sans quitter sa position horizontale, sans presque agiter les bras, et à la seule force des poignets.
» Cette manœuvre est d’autant plus pénible, que la pagaye, sortant à l’avant de la tête sculptée du monstre, n’a d’autre point d’appui que la paume des mains du pagayeur.
» La courbature arrive bientôt, mais aussi comme on est dédommagé de ses peines !
– Je n’en doute pas, mon cher Joseph, et le procédé employé par notre brave Bakouéna, pour être des plus ingénieux, n’est pas complètement inédit.
» Certains Peaux-Rouges, riverains du fleuve des Amazones, l’emploient volontiers pour leurs embuscades. Ils se servent à cet effet de leurs légers canots, appelés ubas, auxquels ils donnent une forme analogue à ceux de Zouga.
– Il n’y a donc rien de nouveau sous le soleil, reprit sentencieusement Joseph.
» C’est d’ailleurs le meilleur système que je connaisse pour opérer sur les rivières une reconnaissance. On arrive ainsi jusqu’au milieu de ses ennemis, sans qu’ils se doutent aucunement de votre présence.
» Ainsi, pas plus tard que tout à l’heure, au moment où nous cherchions à rallier la côte, et non loin de l’endroit où ces sacripants voulaient vous pendre, nous avons aperçu ces deux gavaches de Boërs en compagnie de Sam Smith et du Révérend.
– Du Révérend ! Vous vous trompez, Joseph.
– Je vous demande pardon, monsieur Alexandre. J’ai vu et bien vu, sans erreur possible. Ils paraissaient s’entendre comme larrons en foire.
– Smith et les Boërs, passe encore, mais le Révérend !
– Ce doit être une franche canaille. Dans le genre de ce gredin que nous connaissons sous le nom de master Will et dont vous m’avez, bien à tort, empêché, de travailler la peau.
» Malheureusement, nous n’avons pas pu nous approcher suffisamment pour entendre ce qu’ils disaient. Ils se défiaient, les coquins ; et l’un d’eux m’a même envoyé un lingot de plomb qui, par bonheur, s’est logé à l’arrière de ma périssoire. Un peu plus, j’avais les jambes brisées.
» Comme j’étais en droit de supposer que le canot monté par nous en ce moment appartenait au bushranger, je n’ai fait aucune difficulté pour le lui emprunter. Nous sommes en compte et c’est à valoir sur les vingt mille francs qu’il m’a subtilisés.
» Le but de notre croisière était de vous retrouver. Nous nous sommes dirigés vers la lueur produite par les torches et Zouga, dont l’éducation comme crocodile est complète, a accompagné notre débarquement d’une musique dont l’effet ne s’est pas fait attendre.
» J’étudie d’après sa méthode, mais je n’ai pas encore l’embouchure. Ça viendra plus tard.
– Quel malheur, dit Alexandre tout pensif, que nous ne puissions aller aux informations du côté où se tient ce quatuor de gredins.
– C’est vrai, monsieur Alexandre, mais le temps nous manque.
– À propos, de quel côté nous conduisez-vous ?
– Oh ! soyez sans crainte. Zouga sait bien ce qu’il fait. Ils nous mène à l’endroit où sont immergés ses canots de réserve.
» Il en possède je crois deux ou trois. Avec ceux que nous traînons à la remorque, notre flottille sera suffisante.
– Bien. Et ensuite.
– Nous allons nous mettre sans plus tarder à la recherche de ce chariot de malheur où madame Anna est enfermée.
– Hâtons-nous, mes amis ! Hâtons-nous, s’écria Albert arraché par ces derniers mots aux pensées qui l’obsédaient comme un douloureux cauchemar.
IV
La fièvre du diamant. – Indiscrétion et regrets tardifs. – Limier et policier doivent chasser de race. – Après une nuit d’angoisse. – À cinq cents mètres de la prison roulante. – Impatience. – Du calme ! – Le Bushman fait une singulière trouvaille. – De l’importance que peut acquérir, au désert, la présence d’objets insignifiants. – Fragment d’aile de papillon ou morceau de papier. – Inductions merveilleuses opérées par Albert. – Le chemin du Petit Poucet. – Désespoir.