Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Les trois hommes tressaillirent.
– Pas bouger. Moi venir.
Un léger frémissement agita les herbes, et la voix reprit :
– Moi, voilà, chef !
Une face noire surmontant un torse démesurément large, porté sur deux jambes arquées, apparaît et les deux amis, au comble de la surprise, reconnaissent leur ami le Bushman.
Le brave Africain paraît radieux. Un large rire dilate sa bouche, et ses gros yeux, toujours en mouvement, inventorient curieusement la clairière.
– Bon ! dit-il dans son patois. Les pickakolous sont toujours là. Les blancs sont partis. C’est l’inondation qui a chassé les serpents de leur retraite. Ils sont venus sur le banian. J’ai tout vu. J’étais là quand le blanc a été mordu.
» Suivez-moi sans crainte. Ils ne nous attaqueront pas. Je connais l’herbe qui les éloigne.
– Mais, les caïmans !
– Oh ! Ils ne sont guère à craindre, allez, monsieur Alexandre, s’écrie à quelques pas en français une voix bien connue.
– Joseph !... C’est Joseph !...
– En chair, en os, en personne lui-même pour vous servir.
» Avec Zouga ! Eh !... Zouga !... Avaï !... Avaï !... mon camarade.
– Mon cher Joseph ! Que fais-tu ? D’où viens-tu ? Par quel hasard miraculeux te trouves-tu près de nous ?
– Eh ! Caraï ! je viens de là, répond-il en montrant le fleuve. Le hasard qui nous amène ?... il n’y en a pas, nous vous cherchions. Quel limier, que ce Zouga !
» Ce que je fais... je suis depuis ce matin apprenti crocodile.
– Mais, tu es fou.
– Oui bien. Fou du bonheur de vous revoir. Un peu plus je danserais le fandango, si j’avais des castagnettes.
» Caraï !...
– Qu’y a-t-il ?
– Des serpents ! Pas de plaisanteries. Ça mord, ces vermines-là.
» Tiens ! L’Anglais... gavache !... Il faut que je te saigne. Chose promise, chose due.
– Laisse-le. Vois donc en quel état l’a mis la terreur que lui inspirent les serpents.
» Il est fasciné. Il n’ose plus faire un mouvement. Sa bouche ne peut plus proférer un son. Il va tomber évanoui au milieu de ces hideuses bêtes.
– Monsieur Alexandre, par humanité et aussi pour être bien sûr qu’il ne reviendra pas, permettez-moi de lui envoyer mon couteau à travers les côtelettes, insista le vindicatif Catalan.
– Vous perdrez votre couteau. Car, vous n’espérez pas aller le chercher à l’endroit où vous l’aurez lancé.
– En retraite, messieurs, en retraite, fit l’Ingénieur, il est grand temps.
Le Bushman présentait à ce moment aux cinq compagnons une poignée de feuilles vert-pâle comme celles du saule, et leur faisait signe de s’en frotter vigoureusement la figure et les mains.
Les torches qui allaient s’éteindre ne lançaient plus que des lueurs saccadées, au moment où la petite troupe se mettait en marche dans la direction opposée à celle qu’avaient prise les Lyncheurs :
– Joseph se retourna une dernière fois et jeta un long regard de haine à master Will pétrifié.
– Ah ! çà, il ne crèvera donc pas, cet hérétique. À la bonne heure ! Le voilà proprement affalé... Je plains les serpents qui vont mordre sa peau.
Le policeman avait laissé échapper un sourd gémissement et était tombé à la renverse, anéanti par la terreur ou foudroyé peut-être par la morsure d’un pickakolou.
– Et maintenant, où allons-nous ? demanda Albert.
– Du côté du fleuve, parbleu, retrouver le bateau qui va nous transporter où nous avons affaire.
– Comment, tu as un bateau.
– Et bien d’autres choses encore. Ah ! nous nous sommes crânement débrouillés avec Zouga, depuis ce matin, allez.
– Je n’en doute pas, mon brave ami, répondit Alexandre en lui serrant la main. Puis, s’adressant à l’ingénieur :
» J’ignore, monsieur, dit-il, quels sont actuellement au kopje vos espérances et vos moyens. La façon dont vous vous êtes conduit vis-à-vis de nous, est celle d’un galant homme et d’un digne cœur. Vous l’avez dit tout à l’heure, le temps presse. Ce n’est pas le moment de faire des phrases. Voulez-vous rester avec nous, vous associer à une bonne action, et partager ensuite fraternellement les bénéfices d’une entreprise dont la réalisation ne peut tarder ?
» Si d’autre part vous avez là-bas des intérêts nécessitant absolument votre présence, je vous dis, non pas adieu, mais au revoir. Souvenez-vous, en quelque endroit que vous soyez que vous avez acquis à notre reconnaissance des droits imprescriptibles, et que nous vous appartenons corps et âmes.
– Vous ne sauriez croire, monsieur, répondit de sa voix lente et grave l’ingénieur attendri, combien vos sympathiques paroles m’émeuvent. Mais, je ne puis, à mon grand regret, accepter aujourd’hui d’être des vôtres.
» Je dois, dans votre intérêt même, retourner au kopje pour deux motifs. N’est-il pas indispensable, que je fasse, dans la limite de mes moyens, éclater la vérité, prouver votre innocence. Il est impossible en effet que vous viviez ainsi en état d’hostilité permanente avec les diggers, surtout, si votre centre d’opérations doit se trouver dans les environs des mines de Diamants.
» D’autre part, vous n’avez plus d’armes. Je vous en procurerai, à tout prix. La nuit prochaine, vous trouverez derrière le tronc de ce banian que nous venons de quitter, trois armements complets. Je les déposerai moi-même.
» Ne me remerciez pas. J’aurai plus tard l’occasion de vous demander service à mon tour.
» Votre main, messieurs, et au revoir.
Il s’orienta ensuite rapidement, descendit le cours du fleuve, et gagna le chemin suivi précédemment par les mineurs.
– À nous, messieurs, dit Joseph après un moment de silence. Voici le bateau en question. Embarquez. Le temps d’amarrer nos crocodiles à l’arrière, et je prends place près de vous.
» Zouga, les pagayes.
– Voilà.
– Tout va bien. C’est paré ?...
– Nous sommes prêts.
– Nage !
La légère embarcation poussée par les bras vigoureux du Cafre et du Bushman, glissa lentement sur les vases molles et se trouva bientôt à flot. Elle côtoya la berge où le courant était bien moins rapide, et remonta silencieusement sans quitter la partie sur laquelle les arbres projetaient d’épaisses ténèbres, et interceptaient jusqu’au pâle rayonnement des étoiles.
– Et Anna ? demanda brusquement à son frère de lait Albert toujours en proie à cette sombre préoccupation qui ne l’avait même pas quitté au moment le plus critique de cette nuit terrible.
» Quelles nouvelles ?
– Ni bonnes, ni mauvaises, monsieur Albert. Le chariot que nous avons vu au moment où le coquin d’Anglais vous faisait empoigner, flotte comme une chaloupe.
» Nous l’avons aperçu, Zouga et moi ce matin. Nous ne pouvions le suivre en plein jour sans donner l’éveil au païen qui le conduit, mais il ne peut être bien loin, et nous allons le retrouver bientôt, j’espère.
» Puis, vous comprenez que nous ne voulions guère nous éloigner du lieu où vous vous trouviez. Nous étions résolus à tenter l’impossible pour vous sauver, sinon, à mourir avec vous, mais, caraï !... pas sans ouvrir quelques poitrines.
– Bon Joseph ! c’était superbe, mais insensé.
– Superbe, je ne sais pas. Insensé, faudrait voir, pas vrai, Zouga.
Le Cafre, sans cesser de s’arc-bouter sur sa pagaye, fit entendre un grognement de satisfaction pouvant passer pour un assentiment.