Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
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En effet, vous n’en avez pas le droit. Aussi bien, puisque vous me parlez sur ce ton, réglons cette question une fois pour toutes, car je n’aime pas les sous-entendus.
Vous avez, paraît-il, la mémoire courte. Mais je vais venir à votre aide. Soyez franc. Vous ne pensez plus aujourd’hui, par suite de je ne sais quelles circonstances, comme vous pensiez il y a deux ans. Rappelez-vous bien ce qui s’est passé. Comme vous me négligiez visiblement, je suis devenue inquiète, puis j’ai su, on m’a dit, j’ai vu, que vous aimiez Mme de Servières… Je vous ai confié mon chagrin… ma douleur… j’ai été jalouse ! Qu’avez-vous répondu ? Ce que tous les hommes répondent quand ils n’aiment plus une femme qui leur fait des reproches. Vous avez d’abord haussé les épaules, vous avez souri, avec impatience, vous avez murmuré que j’étais folle, puis vous m’avez exposé, avec toute l’adresse possible, je le reconnais, les grands principes du libre amour adoptés par tout mari qui trompe et qui compte bien cependant n’être pas trompé. Vous m’avez laissé entendre que le mariage n’est pas une chaîne, mais une association d’intérêts, un lien social, plus qu’un lien moral ; qu’il ne force pas les époux à n’avoir plus d’amitié ni d’affection, pourvu qu’il n’y ait pas de scandale. Oh ! vous n’avez pas avoué votre maîtresse, mais vous avez plaidé les circonstances atténuantes. Vous vous êtes montré très ironique pour les femmes, ces pauvres sottes, qui ne permettent pas à leurs maris d’être galants, la galanterie étant une des lois de la société élégante à laquelle vous appartenez. Vous avez beaucoup ri de la figure de l’homme qui n’ose pas faire un compliment à une femme, devant la sienne, et beaucoup ri de l’épouse ombrageuse qui suit de l’œil son mari dans tous les coins, et s’imagine, dés qu’il a disparu dans le salon voisin, qu’il tombe aux genoux d’une rivale. Tout cela était spirituel, drôle et désolant, enveloppé de compliments et pimenté de cruauté, doux et amer à faire sortir du cœur tout amour pour l’homme délicat, faux et bien élevé qui pouvait parler ainsi.
J’ai compris, j’ai pleuré, j’ai souffert. Je vous ai fermé ma porte. Vous n’avez pas réclamé, vous m’avez jugée intelligente plus que vous n’auriez cru et nous avons vécu complètement séparés. Voici deux ans que cela dure, deux longues années qui, certes, ne vous ont pas parues plus de six mois. Nous allons dans le monde ensemble, nous en revenons ensemble, puis nous rentrons chacun chez nous. La situation a été établie ainsi par vous, par votre faute, par suite de votre première infidélité, qui a été suivie de beaucoup d’autres. Je n’ai rien dit, je me suis résignée, je vous ai chassé de mon cœur. Maintenant c’est fini, que demandez-vous ?
M. DE SALLUS
Ma chère, je ne demande rien. Je ne veux pas répondre au discours agressif que vous venez de me tenir. Je voulais seulement vous donner un conseil — d’ami — sur un danger possible que pourrait courir votre réputation. Vous êtes belle, très en vue, très enviée. On suppose vite une aventure…
MADAME DE SALLUS
Pardon. Si nous parlons d’aventure, je demande à faire la balance entre nous.
M. DE SALLUS
Voyons, ne plaisantez pas, je vous prie. Je vous parle en ami, en ami sérieux. Quant à tout ce que vous venez de me dire, c’est fortement exagéré.
MADAME DE SALLUS
Pas du tout. Vous avez affiché, étalé toutes vos liaisons, ce qui équivalait à me donner l’autorisation de vous imiter. Eh bien ! mon cher, je cherche…
M. DE SALLUS
Permettez.
MADAME DE SALLUS
Laissez-moi donc parler. Je suis belle, dites-vous, je suis jeune, et condamnée par vous à vivre, à vieillir, en veuve. Mon cher, regardez-moi.
Elle se lève.
Est-il juste que je me résigne au rôle d’Ariane abandonnée pendant que son mari court de femme en femme, et de fille en fille ?
S’animant.
Une honnête femme ! Je vous entends. Une honnête femme va-t-elle jusqu’au sacrifice de toute une vie, de toute joie, de toute tendresse, de tout ce pour quoi nous sommes nées, nous autres ? Regardez-moi donc. Suis-je faite pour le cloître ? Puisque j’ai épousé un homme, c’est que je ne me destinais pas au cloître, n’est-ce pas ? Cet homme, qui m’a prise, me rejette et court à d’autres… Lesquelles ! Moi je ne suis pas de celles qui partagent. Tant pis pour vous, tant pis pour vous. Je suis libre. Vous n’avez pas le droit de m’adresser un conseil. Je suis libre !
M. DE SALLUS
Ma chère, calmez-vous. Vous vous méprenez complètement. Je ne vous ai jamais soupçonnée. J’ai pour vous une profonde estime et une profonde amitié ; une amitié qui grandit chaque jour. Je ne peux pas revenir sur ce passé que vous me reprochez si cruellement. Je suis peut-être un peu trop… comment dirais-je ?
MADAME DE SALLUS
Dites Régence. Je connais ce plaidoyer pour excuser toutes les faiblesses et toutes les fredaines. Ah oui ! le XVIIIe siècle ! le siècle élégant ! Que de grâce, quelle délicieuse fantaisie, que de caprices adorables ! C’est une rengaine, mon cher.
M. DE SALLUS
Non, vous vous méprenez encore. Je suis, j’étais surtout, trop… trop Parisien, trop habitué à la vie du soir, en me mariant, habitué aux coulisses, au cercle, à mille choses… on ne peut pas rompre tout de suite… il faut du temps. Et puis, le mariage nous change trop, trop vite. Il faut s’y accoutumer… peu à peu… Vous m’avez coupé les vivres quand j’allais m’y faire.
MADAME DE SALLUS
Grand merci. Et vous venez, peut-être, me proposer une nouvelle épreuve ?
M. DE SALLUS
Oh ! quand il vous plaira. Vrai, quand on se marie après avoir vécu comme moi, on ne peut s’empêcher de regarder d’abord un peu sa femme comme une nouvelle maîtresse, une maîtresse honnête… ce n’est que plus tard qu’on comprend bien, qu’on distingue bien, et qu’on se repent.
MADAME DE SALLUS
Eh bien ! mon cher, il est trop tard. Comme je vous l’ai dit, je cherche de mon côté. J’ai mis trois ans à m’y décider. Vous avouerez que c’est long. Il me faut quelqu’un de bien, de mieux que vous… C’est un compliment que je vous fais et vous n’avez pas l’air de le remarquer.
M. DE SALLUS
Madeleine, cette plaisanterie est déplacée.
MADAME DE SALLUS
Mais non, car je suppose que toutes vos maîtresses étaient mieux que moi, puisque vous les avez préférées à moi.
M. DE SALLUS
Voyons, dans quelle disposition d’esprit êtes-vous ?
MADAME DE SALLUS
Mais je suis comme toujours. C’est vous qui avez changé, mon cher.
M. DE SALLUS
C’est vrai, j’ai changé.
MADAME DE SALLUS
Ce qui veut dire ?
M. DE SALLUS
Que j’étais un imbécile.
MADAME DE SALLUS
Et que ?…
M. DE SALLUS
Que je reviens à la raison.
MADAME DE SALLUS
Et que ?…
M. DE SALLUS
Que je suis amoureux de ma femme.
MADAME DE SALLUS
Vous êtes donc à jeun ?
M. DE SALLUS
Vous dites ?
MADAME DE SALLUS
Je dis que vous êtes à jeun.