La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Ta tendre amie cousine, URSULE R**.
Lettre 84. Réponse.
[Elle lui répond d’après les vues de Gaudet, qu’elle savait.].
Même jour.
J’irais t’embrasser, chère amie, au lieu de te répondre par écrit, si je n’étais pas retenue chez moi pour la maladie de ma mère: mais je ne veux pas que ma réponse en soit différée. Le parti de te marier, avec le consentement donné pour un autre est mauvais, absolument mauvais; et pour te marquer qu’il n’y a aucune animosité dans ma façon de voir, je vais te donner un autre conseil, qui ne te flattera pas moins. Disparais avec Lagouache, et force ton frère à faire ton mariage, par cette démarche hardie! surtout aie soin qu’il ne puisse pas douter que tu es avec lui, et que as tout accordé. Voilà mon avis. Je t’aime de tout mon cœur.
LAURE.
Lettre 85. Laure, à Gaudet.
[Cette lettre, par son langage, découvre la trame de Gaudet.].
13 décembre.
URSULE sort de chez moi. D’après un conseil que je lui avais donné par écrit, elle est venue me voir: elle va disparaître avec Lagouache; n’est-ce pas ton avis! Mais il me semble que cela pourrait nuire aux vues sur le marquis, et aux projets que tu formes? Il est nécessaire que tu sois bientôt ici: car, à parler vrai, je ne vois pas la fin de tout cela. Elle en est folle, et je crois que tout est dit entre eux. N’était-ce pas là tout ce que tu prétendais! Va, je te réponds qu’elle est aguerrie à présent, pour recevoir tes insinuations! il ne s’agit plus que d’éteindre cette passion, ce qui, je crois, ne sera pas difficile. J’ai vu son automate; il y travaille lui-même: car il la traite fort lestement; mais l’expression est impropre, c’est grossièrement qu’il fallait dire. Elle en rit, et regarde cela comme des naïvetés charmantes. Il est avantageux qu’elle en rie; car si elle les prenait sérieusement bien, elle serait plus éloignée de sa guérison; mais elle les sent, puisqu’elle en rit, autant peut-être pour les excuser aux autres qu’à elle-même. Je deviens profonde, comme tu vois, depuis que tu m’as appris à chercher les causes de tout. Maman va mieux, sans être bien. Moi, je m’ennuie: les amis d’ici ne sont pas récréatifs, avec tout ce qu’il faudrait pour l’être. Edmond, par exemple, sera charmant, quand il n’aura plus d’inquiétudes pour sa sœur. Tire-le de ce mauvais pas. Réponse, et viens; à moins que tu ne fusses aussitôt arrivé qu’une réponse.
Lettre 86. Réponse.
[Gaudet n’est pas toujours le maître d’arrêter, où il veut, le mal qu’il fait.].
20 décembre.
Je réponds, et j’arriverai dans peu. Il ne faut pas que l’escapade d’Ursule avec Lagouache s’effectue, mais qu’elle soit prête à s’effectuer, et qu’Edmond averti par toi, en empêche. Instruis-le par un mot d’écrit, à l’instant où Ursule sera sur le point de s’évader. Si c’était un enlèvement qui n’eût pas son aveu, à la bonne heure, cela ferait notre affaire dans un sens. Jusqu’à ce moment, tout va selon mes désirs; mais voici la crise! J’espère que tout ira bien. J’écris au marquis: cela vaut peut-être mieux que de lui parler, et je tâcherai de tirer parti de mon absence. Du côté de ce seigneur, à présent qu’il n’est plus question de mariage, un peu plus ou moins d’honnêteté, ou de vertu, comme tu voudras, n’est pas une chose à laquelle il regardera: pourvu que Lagouache soit expulsé, et qu’Ursule lui reste, il sera content. Or je connais Lagouache, et je suis sûr qu’il donnera dans le piège que je lui fais tendre par le marquis. J’écris aussi à Edmond, et tu feras rendre ces deux lettres, après les avoir lues.
P.-S. – Je travaille beaucoup! j’ai de grands desseins, et je suis ici avec des hommes qui peuvent les faire réussir. Que de choses sur le tapis! je souffre loin de vous tous, mais à peine ai-je le temps de sentir que je souffre.
Lettre 87. Gaudet, au Marquis de***.
[Il veut perdre Ursule tout à fait.].
Même jour.
Monsieur,
À l’instant où vous recevrez ma lettre, vous serez fort agité, sans doute, et vous croirez qu’Ursule est perdue? C’est tout le contraire. Il n’est pas possible qu’une fille d’esprit comme elle supporte deux jours de suite le tête-à-tête d’un Lagouache, faraud du dernier ordre, brutal, et capable, au bout de vingt-quatre heures de la traiter en fille. Ursule est à vous, après cette escapade, si vous savez vous y prendre. Mon conseil serait qu’après avoir découvert la fugitive (ce qui ne sera pas difficile), vous la fissiez cacher avec son frère dans une pièce, d’où elle pourrait entendre la proposition suivante, faite par vous à Lagouache: «Ah ça, mon ami, tu sais que j’aime Ursule: il s’agit de me la céder, que ce soit entre nous une affaire de finances?» Le sot vous répondra quelque bêtise, mais sûrement désagréable à Ursule que la bassesse révolte, parce qu’elle a l’âme haute et fière. S’il se fait; valoir, et qu’il vous dise l’équivalent du mot de Pécour, serrez-lui le bouton, et vous verrez bientôt le plat personnage. en venir à tout ce que vous exigerez. Il faudra que la manière dont il vous cédera Ursule soit bien insultante pour elle. Quand tout cela sera fait, montrez les plus belles, les plus; généreuses dispositions; et vous aurez enfin à souhait une fille parfaite, autant que femme peut l’être. Vous savez nos conventions pour le frère; c’est un jeune homme capable de tout: il faut le pousser. J’ai changé d’avis pour le militaire: cela aurait été bon, si vous eussiez fait la folie du mariage avec sa sœur! il aurait bien fallu illustrer votre paysanne par ce brillant jeune homme; car il aurait fait son chemin, je vous le jure; mais le frère de votre maîtresse serait déplacé, où votre beau-frère aurait été vu de bon œil. Je pense à la robe. C’est une autre carrière qui a ses illustres, et surtout un pouvoir, qui m’a souvent tenté: cela est sans prétention, et il n’y aura pas de déboire à craindre.