Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
La Bete Humaine - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La Bete Humaine

Электронная книга - «La Bete Humaine». Краткое содержание книги:

La Bete Humaine
1 ... 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105
Перейти на страницу:

Au sortir du Palais, Jacques fut rejoint par Philomène, qui était restée comme témoin; et elle ne le lâcha plus, le retenant, tâchant de passer cette nuit-là avec lui, à Rouen. Il ne devait reprendre son service que le lendemain, il voulut bien la garder à dîner, dans l'auberge où il prétendait avoir dormi la nuit du crime, près de la gare; mais il ne coucherait pas, il était absolument forcé de rentrer à Paris, par le train de minuit cinquante.

-Tu ne sais pas, raconta-t-elle, comme elle se dirigeait à son bras vers l'auberge, je jurerais que, tout à l'heure, j'ai vu quelqu'un de notre connaissance... Oui, Pecqueux, qui me répétait encore, l'autre jour, qu'il ne ficherait pas les pieds à Rouen, pour l'affaire... Un moment, je me suis retournée, et un homme, dont je n'ai aperçu que le dos, a filé au milieu de la foule...

Le mécanicien l'interrompit, en haussant les épaules.

-Pecqueux est à Paris, en train de nocer, trop heureux des vacances que mon congé lui procure.

-C'est possible... N'importe, méfions-nous, car c'est bien la plus sale rosse, quand il rage.

Elle se pressa contre lui, elle ajouta, avec un coup d'oeil en arrière:

-Et celui-là qui nous suit, tu le connais?

-Oui, ne t'inquiète pas... Il a peut-être bien quelque chose à me demander.

C'était Misard, qui, en effet, depuis la rue des Juifs, les accompagnait à distance. Il avait déposé, lui aussi, d'un air ensommeillé; et il était resté, rôdant autour de Jacques, sans se résoudre à lui poser une question, qu'il avait visiblement sur les lèvres. Lorsque le couple eut disparu dans l'auberge, il y entra à son tour, il se fit servir un verre de vin.

-Tiens, c'est vous, Misard! s'écria le mécanicien. Et, avec votre nouvelle femme, ça va?

-Oui, oui, grogna le stationnaire. Ah! la bougresse, elle m'a bien fichu dedans. Hein? je vous ai conté ça, à mon autre voyage ici.

Jacques s'égayait beaucoup de cette histoire. La Ducloux, l'ancienne servante louche que Misard avait prise pour garder la barrière, s'était vite aperçue, à le voir fouiller les coins, qu'il devait chercher un magot, caché par sa défunte; et une idée de génie lui était venue, pour se faire épouser, celle de lui laisser entendre, par des réticences, par de petits rires, qu'elle l'avait trouvé, elle. D'abord, il avait failli l'étrangler; puis, songeant que les mille francs lui échapperaient encore, s'il la supprimait comme l'autre, avant de les avoir, il était devenu très câlin, très gentil; mais elle le repoussait, elle ne voulait même plus qu'il la touchât: non, non, quand elle serait sa femme, il aurait tout, elle et l'argent en plus. Et il l'avait épousée, et elle s'était moquée, en le traitant de trop bête, croyant tout ce qu'on lui racontait. Le beau, c'était que, mise au courant, s'allumant elle-même à la contagion de sa fièvre, elle cherchait désormais avec lui, aussi enragée. Ah! ces mille francs introuvables, ils les dénicheraient bien un jour, maintenant qu'ils étaient deux! Ils cherchaient, ils cherchaient.

-Alors, toujours rien? demanda Jacques goguenard. Elle ne vous aide donc pas, la Ducloux?

Misard le regarda fixement; et il parla enfin.

-Vous savez où ils sont, dites-le-moi.

Mais le mécanicien se fâchait.

-Je ne sais rien du tout, tante Phasie ne m'a rien donné, vous n'allez pas m'accuser de vol, peut-être!

-Oh! elle ne vous a rien donné: ça, c'est bien sûr... Vous voyez que j'en suis malade. Si vous savez où ils sont, dites-le-moi.

-Eh! allez vous faire fiche! Prenez garde que je ne cause trop... Voyez donc dans la boîte à sel, s'ils y sont.

Blême, les yeux ardents, Misard continuait à le regarder. Il eut comme une brusque illumination.

-Dans la boîte à sel, tiens! c'est vrai. Il y a, sous le tiroir, une cachette où je n'ai pas fouillé.

Et il se hâta de payer son verre de vin, et il courut au chemin de fer, voir s'il pourrait encore prendre le train de sept heures dix. Là-bas, dans la petite maison basse, éternellement il chercherait.

Le soir, après le dîner, en attendant le train de minuit cinquante, Philomène voulut emmener Jacques, par des ruelles noires, jusqu'à la campagne prochaine. Il faisait très lourd, une nuit de juillet, ardente et sans lune, qui lui gonflait la gorge de gros soupirs, presque pendue à son cou. Deux fois, ayant cru entendre des pas derrière eux, elle s'était retournée, sans apercevoir personne, tant les ténèbres étaient épaisses. Lui, souffrait beaucoup de cette nuit d'orage. Dans son tranquille équilibre, cette santé parfaite dont il jouissait depuis le meurtre, il avait senti tout à l'heure, à table, un lointain malaise revenir, chaque fois que cette femme l'avait effleuré de ses mains errantes. La fatigue sans doute, un énervement causé par la pesanteur de l'air. Maintenant, l'angoisse du désir renaissait plus vive, pleine d'une sourde épouvante, à la tenir ainsi, contre son corps. Cependant, il était bien guéri, l'expérience était faite, puisqu'il l'avait déjà possédée, la chair calme, pour se rendre compte. Son excitation devint telle, que la peur d'une crise l'aurait fait se dégager de ses bras, si l'ombre qui la noyait ne l'avait rassuré; car jamais, même aux pires jours de son mal, il n'aurait frappé sans voir. Et, tout d'un coup, comme ils passaient près d'un talus gazonné, dans un chemin désert, et qu'elle l'y entraînait, s'allongeant, le besoin monstrueux le reprit, il fut emporté par une rage, il chercha parmi l'herbe une arme, une pierre, pour lui en écraser la tête. D'une secousse, il s'était relevé, et il fuyait déjà, éperdu, et il entendit une voix d'homme, des jurons, toute une bataille.

-Ah! garce, j'ai attendu jusqu'au bout, j'ai voulu être sûr!

-Ce n'est pas vrai, lâche-moi!

-Ah! ce n'est pas vrai! Il peut courir, l'autre! je sais qui c'est, je le rattraperai bien!... Tiens! garce, dis encore que ce n'est pas vrai!

Jacques galopait dans la nuit, non pour fuir Pecqueux, qu'il venait de reconnaître; mais il se fuyait lui-même, fou de douleur.

Eh quoi! un meurtre n'avait pas suffi, il n'était pas rassasié du sang de Séverine, ainsi qu'il le croyait, le matin encore? Voilà qu'il recommençait. Une autre, et puis une autre, et puis toujours une autre! Dès qu'il se serait repu, après quelques semaines de torpeur, sa faim effroyable se réveillerait, il lui faudrait sans cesse de la chair de femme pour la satisfaire. Même, à présent, il n'avait pas besoin de la voir, cette chair de séduction: rien qu'à la sentir tiède dans ses bras, il cédait au rut du crime, en mâle farouche qui éventre les femelles. C'était fini de vivre, il n'y avait plus devant lui que cette nuit profonde, d'un désespoir sans bornes, où il fuyait.

Quelques jours se passèrent. Jacques avait repris son service, évitant les camarades, retombé dans sa sauvagerie anxieuse d'autrefois. La guerre venait d'être déclarée, après d'orageuses séances à la Chambre; et il y avait déjà eu un petit combat d'avant-poste, heureux, disait-on. Depuis une semaine, les transports de troupes écrasaient de fatigue le personnel des chemins de fer. Les services réguliers étaient détraqués, de continuels trains imprévus amenaient des retards considérables; sans compter qu'on avait réquisitionné les meilleurs mécaniciens, pour activer la concentration des corps d'armée. Et ce fut ainsi qu'un soir, au Havre, Jacques, au lieu de son express habituel, eut à conduire un train énorme, dix-huit wagons, absolument bondés de soldats.

1 ... 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)