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Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:

Ismaël, attiré par la mer et le large, décide de partir à la chasse à la baleine. Il embarque sur le Pequod, baleinier d'un capitaine nommé Achab, amputé d'une jambe, qui emmènera Ismaël autour du monde à la poursuite du cachalot blanc…
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
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CHAPITRE LXXVIII Seaux et citerne

Souple comme un chat, Tashtego grimpe dans la mâture et, toujours debout, rejoint en courant la fusée de la grande vergue là où elle surplombe exactement la tête du cachalot. Il porte un léger cartahu, c’est-à-dire un cordage passant par une poulie simple, aiguilleté de façon à pendre au bout de la vergue, et jette un brin du cordage à une main qui le tiendra solidement à bord. Puis, main sur main, l’Indien descend à travers les airs, jusqu’à ce qu’il atterrisse adroitement sur le sommet de la tête d’où il domine le reste de l’équipage qu’il interpelle avec entrain. On dirait quelque muezzin turc invitant les fidèles à la prière du haut d’un minaret. On lui a envoyé une pelle tranchante à manche court et il cherche avec application l’endroit précis où pratiquer l’ouverture de la boîte, travaillant prudemment, tel un chercheur de trésor sondant les murs d’une vieille maison pour découvrir où est caché l’or. Lorsqu’il a trouvé, un robuste seau de fer, pareil à celui d’un puits, est attaché à une extrémité du cartahu tandis que l’autre bout, se déroulant à travers le pont, est tenu par deux ou trois matelots attentifs. Ils hissent le seau à portée de l’Indien à qui un autre a tendu une longue perche. Tashtego, introduisant cette perche dans le seau, le guide dans la boîte jusqu’à ce qu’il y disparaisse complètement, puis, à son signal, les hommes au cartahu le hissent et le seau réapparaît tout écumant comme celui de la laitière à l’heure de la traite. Abaissé délicatement de ses hauteurs, le récipient débordant est saisi par l’homme affecté à le vider rapidement dans une grande cuve. Cette navette s’accomplit jusqu’à l’épuisement de la citerne. Vers la fin, Tashtego doit pousser sa longue perche toujours plus fort et toujours plus profond à l’intérieur de la boîte jusqu’à l’engloutir de près de vingt pieds.

Les hommes du Péquod avaient ainsi puisé depuis un bon moment, plusieurs cuves étaient pleines d’odorant spermaceti, lorsque se produisit un singulier accident. Ce sauvage Indien de Tashtego fut-il assez étourdi et insouciant pour lâcher un instant les filins des caliornes où il s’assurait d’une main, l’endroit où il se tenait était-il traîtreusement glissant, ou bien le Malin le voulut-il ainsi sans fournir ses raisons personnelles? Comment cela se passa-t-il, on ne saurait le dire, mais soudain, alors que remontait pour la quatre-vingtième ou la quatre-vingt-dixième fois le seau pompeur, Seigneur! le pauvre Tashtego, tel le seau jumeau de va-et-vient d’un véritable puits, tomba la tête la première dans cet immense foudre d’Heidelberg et disparut à la vue dans un horrible gargouillis d’huile!

– Un homme à la mer! s’écria Daggoo qui fut le premier à reprendre ses esprits dans la consternation générale. Envoyez le seau par ici! Il posa un pied dedans afin d’affermir sa prise sur le cartahu glissant, et les hommes le hissèrent au sommet de la tête presque avant que Tashtego ait eu le temps d’en atteindre le fond. Une grande agitation régna; regardant par-dessus bord, les hommes virent la tête jusque-là inerte palpiter violemment et se soulever au-dessus de l’eau, comme traversée d’une idée importante, alors que ces soubresauts révélaient seulement à son insu à quelle profondeur dangereuse le pauvre Indien avait sombré.

Au même moment, tandis que Daggoo, au sommet de la tête dégageait le cartahu embarrassé dans les caliornes, on entendit un craquement sonore, et à l’inexprimable horreur de chacun, l’un des deux énormes crocs, auxquels était suspendue la tête, lâcha et avec une immense oscillation, celui-ci se balança latéralement tant et si bien que le navire ivre roula et trembla comme s’il avait été heurté par un iceberg. Le croc restant devait maintenant soutenir tout le poids et semblait devoir céder à chaque instant, d’autant plus que la tête accomplissait des mouvements désordonnés.

– Descendez! descendez! crièrent les matelots à Daggoo qui se cramponnait d’une main aux lourdes caliornes, de façon à rester suspendu si la tête venait à se décrocher, mais le nègre, ayant dégagé le filin, poussa le seau vers le fond affaissé du puits, dans l’espoir que le harponneur enseveli pourrait le saisir et être tiré du gouffre.

– Au nom du ciel, homme, s’écria Stubb, vous croyez-vous en train de bourrer une cartouche? Baste! À quoi lui servira-t-il qu’on lui cogne sur la tête avec un seau de fer? Baste, compris!

Un hurlement fusa: – Gare la caliorne!

Presque au même instant, avec un fracas de tonnerre, la masse énorme tomba dans la mer, comme la table rocheuse du Niagara dans le tourbillon des chutes. La coque brutalement soulagée roula en s’en écartant jusqu’à montrer le doublage de cuivre brillant de la carène. Tous retinrent leur souffle, tandis qu’ils regardaient Daggoo qui, accroché à la caliorne balancée tantôt au-dessus de leurs têtes, tantôt au-dessus de l’eau, disparaissait à demi dans la brume épaisse de l’embrun, pendant que le pauvre Tashtego, enseveli vivant, coulait jusqu’au fin fond de la mer! À peine ce brouillard s’était-il dissipé, qu’on vit le temps d’un éclair une silhouette nue, un sabre d’abordage à la main, bondir par-dessus bord. Puis un éclaboussement d’eau indiqua que mon brave Queequeg avait plongé; tous se ruèrent de ce côté et tous les yeux se rivèrent sur le moindre frémissement de l’eau, mais le temps passait et rien ne trahissait la présence ni du noyé ni de son sauveteur. Quelques hommes sautèrent alors dans une pirogue et débordèrent quelque peu.

– Ha! Ha! s’écria tout à coup Daggoo du sommet de son perchoir maintenant immobile et, regardant plus au loin, nous vîmes un bras dressé, tout droit au-dessus des vagues bleues, vision aussi étrange qu’un bras qui aurait jailli de l’herbe d’une tombe.

– Deux! deux! il est deux! fut son cri joyeux. Bientôt après, on vit Queequeg luttant hardiment d’une main de l’autre tirant l’Indien par ses longs cheveux. Repêchés par la baleinière, ils furent promptement hissés sur le pont, mais Tashtego fut long à revenir à lui et Queequeg n’était guère plus florissant.

Comment ce noble sauvetage avait-il été accompli! Eh bien, plongeant après la tête qui coulait lentement Queequeg l’avait entamée par le fond sur les côtés afin d’y pratiquer avec son sabre d’abordage effilé une large ouverture puis, abandonnant sa lame, il y avait enfilé profondément son bras et avait tiré le pauvre Tash par les cheveux. Il déclara avoir tout d’abord saisi une jambe, mais que sachant bien que cela n’était pas ce qu’il fallait et pourrait occasionner de graves difficultés, il la repoussa à l’intérieur puis, d’une adroite secousse, il avait fait faire la culbute à l’Indien de sorte qu’à la tentative suivante il se présenta à la bonne vieille manière… par la tête. Quant à la grande tête elle-même, elle se portait aussi bien que possible.

Ainsi, grâce au courage et aux talents d’obstétricien de Queequeg, la délivrance, ou plutôt l’accouchement de Tashtego se passa fort bien, malgré les circonstances adverses et apparemment désespérées. C’est une leçon à ne jamais oublier. Le métier de sage-femme devrait être enseigné au même titre que l’escrime et la boxe, l’équitation et l’aviron.

Je sais que cette curieuse aventure survenue au Gay-Header paraîtra à coup sûr invraisemblable à certains terriens, bien qu’ils aient vu tomber de leurs propres yeux ou entendu parler de quelqu’un tombé dans un puits, accident qui n’est point si rare et se justifie moins aisément que celui de l’Indien si l’on pense à quel point est glissante la margelle de la citerne du cachalot.

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