Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
– Oh! que cela n’arrête point Votre Majesté, elle a du temps devant elle.
– Comment cela?
– On dit La Vallière fort rigoureuse.
– Tu me piques, Saint-Aignan, il me tarde de la retrouver. Allons, allons.
Le roi mentait, rien au contraire ne lui tardait moins; mais il avait un rôle à jouer.
Et il se mit à marcher vivement. Saint-Aignan le suivit en conservant une légère distance.
Tout à coup, le roi s’arrêtant, le courtisan imita son exemple.
– Saint-Aignan, dit-il, n’entends-tu pas des soupirs?
– Moi?
– Oui, écoute.
– En effet, et même des cris, ce me semble.
– C’est de ce côté, dit le roi en indiquant une direction.
– On dirait des larmes, des sanglots de femme, fit M. de Saint-Aignan.
– Courons!
Et le roi et le favori, prenant un petit chemin de traverse, coururent dans l’herbe.
À mesure qu’ils avançaient, les cris devenaient plus distincts.
– Au secours! au secours! disaient deux voix.
Les deux jeunes gens redoublèrent de vitesse.
Au fur et à mesure qu’ils approchaient, les soupirs devenaient des cris.
– Au secours! au secours! répétait-on.
Et ces cris doublaient la rapidité de la course du roi et de son compagnon.
Tout à coup, au revers d’un fossé, sous des saules aux branches échevelées, ils aperçurent une femme à genoux tenant une autre femme évanouie.
À quelques pas de là, une troisième appelait au secours au milieu du chemin.
En apercevant les deux gentilshommes dont elle ignorait la qualité, les cris de la femme qui appelait au secours redoublèrent.
Le roi devança son compagnon, franchit le fossé, et se trouva auprès du groupe au moment où, par l’extrémité de l’allée qui donnait du côté du château, s’avançaient une douzaine de personnes attirées par les mêmes cris qui avaient attiré le roi et M. de Saint-Aignan.
– Qu’y a-t-il donc, mesdemoiselles? demanda Louis.
– Le roi! s’écria Mlle de Montalais en abandonnant dans son étonnement la tête de La Vallière, qui tomba entièrement couchée sur le gazon.
– Oui, le roi. Mais ce n’est pas une raison pour abandonner votre compagne. Qui est-elle?
– C’est Mlle de La Vallière, Sire.
– Mlle de La Vallière!
– Qui vient de s’évanouir…
– Ah! mon Dieu, dit le roi, pauvre enfant! Et vite, vite un chirurgien!
Mais, avec quelque empressement que le roi eût prononcé ces paroles, il n’avait pas si bien veillé sur lui-même qu’elles ne dussent paraître, ainsi que le geste qui les accompagnait, un peu froides à M. de Saint-Aignan, qui avait reçu la confidence de ce grand amour dont le roi était atteint.
– Saint-Aignan, continua le roi, veillez sur Mlle de La Vallière, je vous prie. Appelez un chirurgien. Moi, je cours prévenir Madame de l’accident qui vient d’arriver à sa demoiselle d’honneur.
En effet, tandis que M. de Saint-Aignan s’occupait de faire transporter Mlle de La Vallière au château, le roi s’élançait en avant, heureux de trouver cette occasion de se rapprocher de Madame et d’avoir à lui parler sous un prétexte spécieux.
Heureusement, un carrosse passait; on fit arrêter le cocher, et les personnes qui le montaient, ayant appris l’accident, s’empressèrent de céder la place à Mlle de La Vallière.
Le courant d’air provoqué par la rapidité de la course rappela promptement la malade à l’existence.
Arrivée au château, elle put, quoique très faible, descendre du carrosse, et gagner, avec l’aide d’Athénaïs et de Montalais, l’intérieur des appartements.
On la fit asseoir dans une chambre attenante aux salons du rez-de-chaussée.
Ensuite, comme cet accident n’avait pas produit beaucoup d’effet sur les promeneurs, la promenade fut reprise.
Pendant ce temps, le roi avait retrouvé Madame sous un quinconce; il s’était assis près d’elle, et son pied cherchait doucement celui de la princesse sous la chaise de celle-ci.
– Prenez garde, Sire, lui dit Henriette tout bas, vous ne paraissez pas un homme indifférent.
– Hélas! répondit Louis XIV sur le même diapason, j’ai bien peur que nous n’ayons fait une convention au-dessus de nos forces.
Puis, tout haut:
– Savez-vous l’accident? dit-il.
– Quel accident?
– Oh! mon Dieu! en vous voyant, j’oubliais que j’étais venu tout exprès pour vous le raconter. J’en suis pourtant affecté douloureusement; une de vos demoiselles d’honneur, la pauvre La Vallière, vient de perdre connaissance.
– Ah! pauvre enfant, dit tranquillement la princesse; et à quel propos?
Puis, tout bas:
– Mais vous n’y pensez pas, Sire, vous prétendez faire croire à une passion pour cette fille, et vous demeurez ici quand elle se meurt là-bas.
– Ah! madame, madame, dit en soupirant le roi, que vous êtes bien mieux que moi dans votre rôle, et comme vous pensez à tout!
Et il se leva.
– Madame, dit-il assez haut pour que tout le monde l’entendît, permettez que je vous quitte; mon inquiétude est grande, et je veux m’assurer par moi même si les soins ont été donnés convenablement.
Et le roi partit pour se rendre de nouveau près de La Vallière, tandis que tous les assistants commentaient ce mot du roi: «Mon inquiétude est grande.»
Chapitre CXVII – Le secret du roi
En chemin, Louis rencontra le comte de Saint-Aignan.
– Eh bien! Saint-Aignan, demanda-t-il avec affectation, comment se trouve la malade?
– Mais, Sire, balbutia Saint-Aignan, j’avoue à ma honte que je l’ignore.
– Comment, vous l’ignorez? fit le roi feignant de prendre au sérieux ce manque d’égards pour l’objet de sa prédilection.
– Sire, pardonnez-moi; mais je venais de rencontrer une de nos trois causeuses, et j’avoue que cela m’a distrait.
– Ah! vous avez trouvé? dit vivement le roi.
– Celle qui daignait parler si avantageusement de moi, et, ayant trouvé la mienne, je cherchais la vôtre, Sire, lorsque j’ai eu le bonheur de rencontrer Votre Majesté.
– C’est bien; mais, avant tout, Mlle de La Vallière, dit le roi, fidèle à son rôle.
– Oh! que voilà une belle intéressante, dit Saint-Aignan, et comme son évanouissement était de luxe, puisque Votre Majesté s’occupait d’elle avant cela.
– Et le nom de votre belle, à vous, Saint-Aignan, est-ce un secret?
– Sire, ce devrait être un secret, et un très grand même; mais pour vous, Votre Majesté sait bien qu’il n’existe pas de secrets.